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jeudi 5 mai 2016

Un gouvernement d'union en Israël pour quoi faire ?



UN GOUVERNEMENT D'UNION EN ISRAËL POUR QUOI FAIRE ?
Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps
            

          Tel un «serpent de mer», le projet d’un gouvernement israélien d’union nationale revient périodiquement dans l'actualité alors que sa mise en application, son développement et son aboutissement sont systématiquement repoussés. Les rumeurs d’une entrée de l’Union sioniste dans la coalition se répandent malgré le déni du parti travailliste. Ces atermoiements donnent l’impression que les dirigeants des deux partis ne visent pas l’intérêt suprême du pays mais leur intérêt personnel.



            Itzhak Herzog, travailliste et chef de l’opposition, est convaincu aujourd’hui qu’il n’a pas le charisme ni l’envergure pour mener son parti à la victoire, même s’il est arrivé second aux dernières élections de 2015. Les sondages annoncent une bérézina en cas d’élections anticipées. Sa passivité a effrité son électorat. Il est même probable qu’il risque d’être débarqué aux prochaines élections internes. Sa seule chance de devenir ministre et de peser politiquement pour les années à venir est de rejoindre le gouvernement actuel.  Personne ne croit plus à sa volonté d’en découdre avec le Likoud et de «continuer à se battre pour remplacer le gouvernement de Netanyahou».
            Le premier ministre a assimilé cette situation et c’est pourquoi il entre dans son jeu en lui proposant des postes ministériels qu’il peut difficilement refuser. Netanyahou voit loin. Pour lui, la restauration de relations apaisées avec les États-Unis priment sur les autres relations. Elles risquent de ne pas s’améliorer si Hillary Clinton venait à la Maison Blanche. Il est probable qu’elle suivra la même politique qu’Obama puisqu’elle l’avait cautionnée durant son premier mandat. Le premier ministre est convaincu qu’il aura du mal à ignorer plus longtemps les pressions de ses amis américains et européens qui le poussent à modifier son attitude face au processus de paix moribond. 

            Or, ni son parti, ni aucun membre du gouvernement ne semble prêt à prendre en charge une question aussi épineuse qui met en danger la coalition étriquée actuelle. Cette question est pourtant la seule qui envenime les relations d’Israël avec les Occidentaux, entraînant un isolement diplomatique total d’Israël que l’absence d’un ministre des affaires étrangères en titre aggrave. Netanyahou a pu retarder la décision mais pas indéfiniment. Fin politique, il sent d’autre part que l’économie du pays risque de subir des conséquences irréversibles au moment où tous les appétits internationaux sont tournés vers le nouveau marché iranien.

            Le chef du Likoud a proposé six à sept postes de ministres ou de présidents de commission aux travaillistes avec, en prime, la responsabilité totale de la négociation de paix avec les Palestiniens pour donner l’impression que la situation n’est pas bloquée. Il a surtout compris que son alliance avec la droite nationaliste l’éloignait des États-Unis et menait à l’impasse tandis qu’une certaine lassitude se fait sentir au sein de la population israélienne. Le virage à l’extrême-droite du Likoud n’est pas véritablement dans l’Adn du parti de Menahem Begin.
            Par ailleurs beaucoup de compétences de l’opposition, dont le pays a besoin pour contrer la levée de boucliers contre Israël, ne sont pas exploitées, en particulier au niveau des relations avec l’étranger. La France organise une conférence où des décisions unilatérales graves risquent d’être prises à l’encontre d’Israël. Herzog serait comblé dans un poste de ministre des affaires étrangères qui lui donnerait une aura internationale. 

          Tsipi Livni, de son côté, boude pour l’instant car on lui enlèverait toutes ses attributions de négociatrice avec les Palestiniens. Le premier ministre finira bien par lui trouver une responsabilité à la hauteur de ses prétentions. Le parti Hatnoua qu’elle dirige pèse peu, a fortiori depuis qu’il a perdu l’une de ses étoiles, Amir Peretz, retourné à son parti d’origine.  On parle d’elle comme ministre de la justice ce qui serait un casus belli pour Naftali Bennett qui menace de quitter la coalition. Ses menaces ne prêtent pas à conséquence parce qu’il ne le fera jamais sous peine d’être définitivement marginalisé dans l’opposition. Il n’a aucun poids électoral puisque le Likoud et le Travaillistes disposent ensemble déjà de 54 sièges, à sept voix de la majorité facilement comblées par Moshé Kahlon. Netanyahou ne lèverait pas son petit doigt pour Bennett tant il a subi à plusieurs reprises des affronts et des chantages de la part de son jeune protégé. Il se ferait un plaisir de se débarrasser d’un concurrent encombrant.

            Ce n’est pas la première fois que des rumeurs de remaniement circulent mais aujourd’hui elles se font de plus en plus probables. Cependant, la question fondamentale est de savoir pourquoi constituer un tel gouvernement d’union qui pourrait tendre vers un gouvernement d’inertie nationale. Les Travaillistes ne sont pas prêts à jouer les potiches et insisteraient pour infléchir la politique du nouveau gouvernement, au moins sur les questions économiques et sur les constructions dans les implantations qui sont décriées à l'étranger. La solution sur  le gaz au large de Haïfa est suspendue  à une décision ministérielle consensuelle, dans un délai d’un an selon les directives de la Cour Suprême.
Shlomo Avineri

            Netanyahou ne peut pas se contenter de chanter le requiem pour les Accords d’Oslo ;  c’est pour cela qu’il veut chercher à parvenir à une solution de paix. Il sait qu’il peut encore compter sur le toujours jeune et dynamique Shimon Peres qui a toujours misé sur ces accords. Et pourtant tout le monde, à droite comme à gauche, reconnaît l’échec de ces accords. Shlomo Avineri, professeur de sciences politiques à l'université hébraïque de Jérusalem et ancien directeur général du ministère des Affaires étrangère, homme de la gauche sioniste ayant travaillé avec Itzhak Rabin, avait énuméré les raisons des deux côtés qui ont contribué à l’échec. Sur l’une d’elle, il a accusé les Palestiniens de ne pas chercher un consensus territorial parce qu’ils «considéraient tout Israël comme un implant colonial qui devait être déraciné. Il n'y a aucun moyen pour Israël d’obtenir un accord de paix mutuellement acceptable dans un avenir prévisible».
Yossi Beilin et Mahmoud Abbas

            L’un des architectes des Accords d’Oslo, Yossi Beilin,  a abondé dans ce sens en déclarant explicitement que les accords d'Oslo étaient terminés : «Nombreux sont les Israéliens qui craignent que le mariage en un seul État détruise notre identité en tant qu'État juif et notre prétention à la démocratie. Et un divorce à deux États est peu susceptible de produire une Palestine prospère et stable. En conclusion la meilleure solution serait maintenant une confédération israélo-palestinienne». Il n’est pas impossible que Itzhak Herzog creuse dans ce sens,  lui qui a effectivement rejoint le consensus israélien estimant que dans les circonstances actuelles, la «création d'un État palestinien indépendant n’est même pas à l'horizon».
Mur de séparation côté israélien

            La solution est inextricable et en cas de gouvernement d’union il faudra bien des idées originales pour la dénouer. Peu nombreux sont ceux qui souhaitent l’annexion des territoires parce qu’ils reconnaissent qu'ils ne peuvent pas conserver leur identité juive en absorbant des millions d'Arabes supplémentaires. La séparation semble la seule solution envisageable. Herzog a donné l’impression un instant de tituber vers la droite en réclamant une extension de la barrière de séparation pour protéger les grands blocs d’implantations qui resteraient acquis à Israël. Mais il s’est repris depuis.
            Les dirigeants politiques ont trop tendance à agir pour leur propre ambition politique. Or le consensus est obligatoire dans l’intérêt national devant les échéances qui attendent le pays. De nombreux défis sont à relever. On ne connaît pas encore le nom du prochain président américain ni la politique qu’il suivra.  On ne pourra plus compter indéfiniment sur les États-Unis et sur leur veto car ils plongent de plus en plus dans l’égoïsme et semblent à présent vouloir abandonner Israël dans les débats à l’ONU. Même les Juifs américains commencent à réviser leur soutien inconditionnel à l’État juif ; la tendance a été exprimée par l’ambassadeur américain en Israël, Dan Shapiro, qui ne cesse d’envoyer des signaux clairs pour expliquer que l’Administration américaine pourrait changer sa politique.
Défilé du Hezbollah

            Par ailleurs, le Moyen-Orient en effervescence subit des troubles et une barbarie qui nous fait régresser à l’âge des ténèbres. Daesh est à notre porte tandis que le Hezbollah aiguise ses armes à notre frontière nord. L’Iran va retrouver sa vitalité économique avec la fin des sanctions et son intention de rayer Israël de la carte est toujours d’actualité. L’Europe, en plein chaos avec ses milliers de migrants et sa situation économique inquiétante, persiste à harceler Israël comme s’il était l’unique coupable des maux du monde, même si cela engendre un nouvel antisémitisme.
Assemblée de l'AIPAC

            Ainsi en fin politique, Netanyahou a compris que la seule arme dissuasive à opposer aux Américains et au Européens serait la formation d’un gouvernement d’union qui serait capable, d’une part de justifier des concessions éventuelles et d’autre part de ne pas reporter sur la droite israélienne la seule responsabilité d’un éventuel échec. Les Juifs américains, qui sont actuellement divisés, apporteraient à nouveau leur soutien inconditionnel à un gouvernement uni et pousseront tout le peuple américain à soutenir Israël. 
Netanyahou et les Européens

          Mais dans ce consensus, le rôle de Yaïr Lapid ne peut pas être oublié. Il a déjà beaucoup travaillé avec Moshé Kahlon pour une large union. Tous les dirigeants israéliens se savent concernés par le combat politique à mener sachant que le combat militaire est parfaitement pris en charge par Tsahal. Ils  savent surtout qu’ils seront soumis au jugement de l’Histoire si la situation politique stagnait ou empirait. 

3 commentaires:

Yaakov NEEMAN a dit…

Excellente analyse de la situation en ce 26ème jour du mois de Nissan 5776. A partir de là, le Maître de l'Histoire a plusieurs scénarii à sa disposition. S'Il estime qu'une Union nationale est vitale pour le peuple juif résidant sur Sa terre, il peut par exemple provoquer un événement climatique, écologique, géologique, sécuritaire impliquant d'y faire face par une mobilisation collective, toutes sensibilités politiques confondues. S'Il estime qu'une Union nationale n'est qu'un nouveau "serpent de mer", comme l'écrit Jacques, il abandonne cette option aux journaleux et autres victimes du média-washing. Pour ma modeste part, je pense qu'Il est en train de passer en revue tous les successeurs potentiels de Bibi (dont la meilleur alternative est Netanyahou lui-même). Ganz se verrait bien dans le rôle. Reste à savoir si le fait d'avoir été général en bas lui assurera le feu vert d'En-Haut...

Georges KABI a dit…

Il y a un petit probleme dans cette analyse brillante, il faut le reconnaitre: la societe israelienne a majoritairement glisse a droite, et le Likoud a l'extreme-droite. Et je ne suis pas tres sur que l'ADN du Likoud ne soit pas la-bas.
Et il y a aussi un gros probleme: aucune composante de la classe politique israelienne n'a la moindre idee comment faire avancer le processus de paix, meme l'extreme-gauche est en panne.

Elizabeth GARREAULT a dit…

Si l'objectif de l'Union Nationale est de faire cesser l'emprise des religieux et de poser enfin les bases claires d'une séparation religion-état, ce pourrait être intéressant. A part la résolution du conflit et la question des monopoles et des inégalités sociales, il s'agit là aussi d'une des questions qui divise le plus la société israélienne.