ARTICLES LES PLUS LUS SUR LE SITE DEPUIS JUIN 2010 - LE BEST DU BEST OFF - CLIQUER UNE IMAGE POUR LIRE OU ARRÊTER LE DEROULEMENT


ARTICLES LES PLUS LUS SUR LE SITE - Cliquer l'image pour lire ou arrêter le déroulement

 

mercredi 4 mai 2016

Le renouveau argentin par Dov ZERAH



LE RENOUVEAU ARGENTIN

Le point économique de Dov ZERAH

            

          Mardi 1er décembre 2015, il y a cinq mois, j’analysais en ces termes le résultat de l’élection présidentielle argentine : «La victoire de Mauricio Macri en Argentine est peut-être la fin du péronisme, un tournant dans l'histoire de ce pays et, peut-être de l'Amérique latine. Ce nouveau chapitre de l’histoire de l’Argentine mérite d’être suivi et analysé».




Juan Domingo Perón

            Le mouvement national justicialiste ou le péronisme a été créé dans les années quarante par Juan Perón à la suite du coup d’État de 1943 mené par un groupe d’officiers qui refusaient d’entrer en guerre aux côtés des Alliés. Le parti a été interdit de 1955 à 1972. Ce courant politique aux accents très populistes est hétérogène, difficile à définir compte tenu des politiques très différentes qu’il a suivies. Ce mouvement est caractéristique de ceux qui ponctuent régulièrement la vie politique des pays latino-américains.
          Le péronisme est marqué par deux dynasties :
-           les Perón avec Juan Domingo Perón, sa seconde épouse, Maria Eva Duarte de Perón, communément appelée Evita, sa troisième épouse, Isabel Maria de Perón
-           les Kirchner, Nestor Kirchner, président de 2003 à 2007, et son épouse Cristina Fernandez de Kirchner, présidente depuis 2008.
            Les coups d’État militaires, le péronisme, la dictature, et les crises financières ont ponctué l’histoire de l’Argentine depuis soixante-dix ans. Grand comme cinq fois la France (2.766.890 km² étiré sur 3.700 km, et 1.400 km sur la largeur) pour quarante millions d’habitants, disposant d’énormes ressources agricoles, énergétiques et minérales, l’Argentine a connu plusieurs crises financières. 
          Alors qu’au lendemain de la seconde guerre mondiale, le pays faisait partie du groupe des dix pays les plus riches de la planète, ce n’est aujourd’hui que la 24ème puissance mondiale. L’Argentine est la troisième puissance économique d’Amérique latine après le Brésil et le Mexique, que ce soit par le PIB en nominal ou par le PIB en parité de pouvoir d’achat (PPA).

            Avec des politiques très interventionnistes, l’Argentine a connu un processus de croissance de 7 % en moyenne annuelle de 2003 à 2011. Mais cette dynamique a été enrayée avec l’inflation : 23 % en 2012, 26 % en 2013, de 30 en 2014 et de 25 % en 2015 ! Les généreux programmes sociaux en faveur de l'éducation, de la santé et des mères pauvres ont accentué le déficit budgétaire financé par la planche à billets, ce qui a contribué à alimenter l’inflation.
            L’interventionnisme a aussi conduit les autorités à des mesures extrêmes comme l’utilisation de l’épargne destinée au paiement des retraites, la rupture avec les marchés financiers, la confiscation des actifs appartenant à des étrangers, la mise en place d’un contrôle des changes... S’ensuivit une décroissance des investissements étrangers, les réserves de changes ont fondu comme neige au soleil, et le peso s’est déprécié…
            Pendant la campagne électorale, le nouveau président Mauricio Macri a bien évidemment promis de relancer la croissance économique, de juguler l'inflation et d'en finir avec la corruption. Mais, il a également a annoncé qu'il ouvrirait le pays aux capitaux en levant les mesures de contrôle des changes, éliminerait les taxes sur les exportations de maïs et de blé, réduirait progressivement les droits perçus sur les chargements de soja, mettrait fin au bras de fer entre l'Argentine et les détenteurs d'obligations souveraines du pays qui ont rejeté par deux fois, en 2005 et 2010, des rééchelonnements de la dette nationale…
Cristina Fernandez de Kirchner

            Les Kirchner ont permis à l’Argentine de sortir de la faillite de 2001, l’une des plus importantes de l’histoire financière portant sur une défaillance de 100 Milliards$. En 2005 et 2010, 93 % des créanciers ont accepté d’abandonner 70 % de leurs actifs. Le 2 septembre 2014, j’ai abordé le sujet des 7 % restants détenus par quatre fonds spéculatifs qui refusent les abandons de capital et ont engagé des procédures contre l’Argentine devant la justice américaine pour récupérer leur investissement de 1,5 Milliard$.
            Une des priorités de la nouvelle administration était de mettre fin au conflit avec les créanciers. Elle a accepté de payer les 4 Milliards$ réclamés et a atteint son objectif puisque les marchés ont accepté de prêter à nouveau au pays 16,5 Milliards$. Le pays a annoncé avoir besoin de 70 Milliards$.
            Dans un monde de taux d’intérêt négatifs, 7,5 % sur 10 ans est attractif. Mais les marchés ont la mémoire courte. Ils ont oublié que le pays a été huit fois défaillant et a obtenu des annulations de capital dans les années récentes. Les marchés sont myopes, car une élection n’efface pas les problèmes structurels du pays. Les marchés sont téméraires car cette élection de Mauricio Macri peut être remise en cause par son implication dans l’affaire des Panama Papers ou par la détérioration du climat social.
            La nouvelle administration a affronté sa première grève le 24 février à l’initiative de la Confédération générale des Argentins et l’Association des fonctionnaires qui réclament des augmentations de salaires de 30 à 35 % pour compenser l’inflation qui s’est envolé de 4 % en janvier. Ces syndicats refusent les licenciements massifs en cours. Dans ce contexte, la stratégie de la Confédération générale du travail, de tendance péroniste de négocier avec le pouvoir constitue un élément positif. Mais le pays n’est qu’au début de la potion libérale annoncée par Mauricio Macri.
          Sacrés marchés !

Aucun commentaire: