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jeudi 12 mai 2016

Evelyne Gougenheim, à l'assaut du Consistoire juif



EVELYNE GOUGENHEIM, À L’ASSAUT DU CONSISTOIRE JUIF


Par Jacques BENILLOUCHE

Copyright © Temps et Contretemps

            

          C’est tellement exceptionnel qu’il fallait le souligner. Une femme, Evelyne Gougenheim, ose affronter les suffrages d’une assemblée foncièrement machiste en se portant candidate à la présidence du Consistoire Central, à l’occasion des élections du 19 juin 2016. Une chape de plomb recouvre ces élections car la candidate modifie l’ordre établi avec un sortant qui fait tout son possible pour communiquer le moins possible à ce sujet. 



Joêl Mergui au centre

          Nous qui avons demandé à plusieurs reprises de «l’air»  dans les institutions juives sclérosées et de plus en plus désuètes ainsi qu’un renouvellement des dirigeants, on ne pouvait pas avoir mieux avec cette candidature originale qui bouleverse l’assurance d’un président qui pense avoir le droit d’être élu à vie. Joël Mergui, président du Consistoire de Paris depuis 2006, a été élu en 2008 puis réélu en 2012 président du Consistoire central israélite de France, succédant ainsi à Jean Kahn.
            Il a tout fait pour modifier les statuts à son gré face à des conseillers béni-oui-oui inertes qui ne savent pas lire les textes ou qui feignent de ne pas les comprendre. En effet, tous les statuts ont été modifiés pour transformer le Consistoire en une république bananière entièrement dévouée au chef suprême qui a droit de vie politique sur tous ses conseillers. La démocratie est une illusion au Consistoire. En effet les nouvelles règles, votées en catimini, permettent à 26 conseillers de gérer le Consistoire. Mais l’originalité vient du fait que les membres du Conseil ne sont pas élus mais sont désignés par le Président qui a droit de vie ou de mort politique.

            Ce Conseil est fondamentalement important car seuls ses 26 membres peuvent être candidats à la présidence. Aucun article n’a prévu que les anciens présidents siègent dans ce comité Théodule, en charge de l’évacuation des problèmes embarrassants, au moins pour  crédibiliser son existence et ses pouvoirs illusoires. En effet Moïse Cohen président du Consistoire de Paris de 1994 à 2006 et Dov Zerah en 2010 ne siègent pas de droit parmi les 26 conseillers. Ils avaient en effet combattu, le 29 novembre 2015, le projet de fusion des deux Consistoires en regrettant la fin de l’élection des administrateurs parisiens au suffrage direct des 35.000 membres. Le projet prévoyait une cooptation par de grands électeurs. Ils y voyaient «une atteinte à la démocratie».
Réunion du Consistoire le 29 novembre 2015 lors du "Coup d'Etat" raté de Joel Mergui

            Le Consistoire central est censé être l'institution officiellement représentative de la religion juive de France or il ne semble exister que pour satisfaire l’ambition d’un seul homme, Joël Mergui, qui a tout balayé sur son passage. Le Consistoire Central est réparti en 15 Sections Régionales, couvrant un réseau de plus de 500 synagogues et oratoires à travers l’Hexagone.  Il «représente et défend les intérêts du judaïsme partout en France avec une collaboration étroite et quotidienne avec les pouvoirs publics sur tous les sujets essentiels et sensibles du judaïsme et de la vie juive».
Evelyne Gougenheim au centre

             Evelyne Gougenheim, n’est pas une néophyte ; elle a fait partie du sérail du président actuel qui l’a cooptée au sein du Conseil ce qui explique son droit aujourd’hui d’être candidate. Mais elle s’est écartée de Joël Mergui lorsqu’elle a découvert ses méthodes et certaines opérations nébuleuses qui feront l’objet d’un prochain article. Titulaire d’un DESS en relations de travail et du CAPM (certificat d’aptitude à la profession de médiateur), elle a occupé dans le civil le poste de directrice des ressources humaines d’une grande entreprise paraétatique. Evelyne Gougenheim a été administrateur élue du Consistoire israélite de Paris de 2009 à 2017 et ordonnateur des dépenses de 2013 à 2014. Elle a décidé de sauter tous les obstacles pour se porter candidate contre Joël Mergui.
            Mais c’était sans compter sur la mauvaise volonté du directeur général du Consistoire qui a multiplié tous les blocages pour la dissuader de porter une voix dissonante. En effet, selon Evelyne Gougenheim, peu de publicité publique a été faite pour cette élection du 19 juin 2016 : «concernant l'information sur les élections et les candidats, un bref communiqué dans la newsletter aurait permis d'informer non seulement les électeurs mais également plus largement la Communauté consistoriale. Une élection à la Présidence du Consistoire qui représente tous les Juifs de France, une fois tous les quatre ans ne mérite-t-elle pas un minimum de communication, sans surcoût et sans travail supplémentaire?»
Consistoire du Haut-Rhin

          Elle a reçu des listes incomplètes, tronquées et parfois obsolètes ce qui ne lui permet pas d’atteindre  individuellement les 300 électeurs issus des Consistoires régionaux. Le directeur général a donné son explication : «la date des élections ayant été fixée lors du  Conseil d’administration du 12 janvier 2016, il revient également aux délégués régionaux de transmettre cette information aux communautés dépendant de leur région». Drôle de démocratie que celle de sous-traiter une information aussi importante.
            Quoi qu’il en soit, Evelyne Gougenheim a décidé de braver un adversaire coriace qui a tout verrouillé dans son Consistoire puisqu’il cumule les fonctions de président du Consistoire Central et du Consistoire de Paris. Les prestigieux Rothschild, avec leur aura et leurs moyens financiers illimités, n’ont jamais sauté ce pas. Elle a des convictions solides mais elle se lance dans un combat inégal d’abord parce c’est une femme et ensuite, parce qu’elle devra obtenir les voix d’électeurs conservateurs qui n’aiment pas trop faire de bruit au sein de leur communauté. Ils ont leur sinécure, ils obtiendront un jour leur Légion d’Honneur, ils sont censés être des bénévoles donc ils n’ont aucun intérêt à une révolution de Palais. Ils mènent leur petite vie de "chefs" dans leurs provinces et préfèrent laisser aux Parisiens le soin d’en découdre entre eux.

          Le changement au Consistoire Central, ce n’est pas pour demain, peut-être après-demain. A l'heure où les "femmes du Kotel" bravent l'interdiction et récitent la prière des Cohanim au Mur, l'élection d'une femme à la tête du Consistoire serait pour certains une révolution et pour d'autres le juste retour de la place des femmes dans la communauté.  


7 commentaires:

Gilles ORSELY a dit…

Une precision : non le consistoire ne représente pas tous les juifs de France malgré des prétentions abusives. Il ne représente ni les massoetis, ni les libéraux ni les juifs qui ne vont jamais à la synagogue même a nippour. C'est dire combien il est minoritaire

MG a dit…

Que vient faire ici cette allusion aux Rothschild auxquels on pourrait ajouter d'autres familles? Tous, sans exception, ont été au service de la Communauté et jamais le contraire.
Autres temps, autres moeurs !

Ps : petite anecdote; entre les deux guerres, un employé indélicat avait détourné de l'argent. Le trésorier de l'époque, qui n'avait qu'une fonction plutôt honorifique, a comblé le trou de sa poche puis a démissionné, estimant avoir failli.
C'était cela les notables !

Jacques BENILLOUCHE a dit…

@MG

Pourquoi les Rothschild ? Parce qu'ils ont été souvent président du Consistoire avec un seul intermède :
1873-1911 : Alphonse de Rothschild
1911-1940 : le baron Édouard de Rotschild (passe la frontière espagnole le 23 juin 1940 et se réfugie aux États-Unis avec son cousin Robert Philippe de Rothschild, président du consistoire de Paris)
1940-1943 : Jacques Helbronner (ancien conseiller d’État, proche du Maréchal Pétain, déporté et mort à Auschwitz)
1944-1949 : Léon Meiss
1949-1962 : Guy de Rothschild
1963-1967 : l’amiral Louis Kahn
1967-1982 : Alain de Rothschild

Gad WEIL a dit…

Il serait effectivement temps que le consistoire évolue et sente le souffle d'une nouvelle époque.
Ayant rejoins le MJLF par choix délibéré je me sens peu concerné mais cette femme â bien du courage

Véronique ALLOUCHE a dit…

Enfin une femme qui serait à la tête des innombrables machistes environnants! Comme en politique, la parité viendra peut-être un jour chez nous... L'espoir fait vivre. Bon courage Madame, ça ne doit pas être facile pour vous d'être du sexe féminin dans un tel milieu, pas le seul du reste!
Merci à Jacques Benillouche de lui avoir consacré un article.
Bien cordialement.
Véronique Allouche

Georges KABI a dit…

La nouvelle epoque du judaisme francais est caracterise par le succes grandissant des courants religieux orthodoxes et accessoirement liberaux. Le Consistoire ne represente probablement encore moins la religion juive qu'auparavant, mais il a le merite d'exister, specialement dans une communaute juive dechiree par de trop nombreux conflits.

Janie Cheraki a dit…

ET ALORS VOUS LES MACHISTES POURQUOI PAS UNE FEMME ?