ARTICLES LES PLUS LUS SUR LE SITE DEPUIS JUIN 2010 - LE BEST DU BEST OFF - CLIQUER UNE IMAGE POUR LIRE OU ARRÊTER LE DEROULEMENT


ARTICLES LES PLUS LUS SUR LE SITE - Cliquer l'image pour lire ou arrêter le déroulement

 

lundi 18 avril 2016

Moshé KAHLON a fait illusion



MOSHÉ KAHLON A FAIT ILLUSION

Par Jacques BENILLOUCHE

copyright © Temps et Contretemps



       
          On attendait tout de lui. Moshé Kahlon représentait l’espoir des classes défavorisées et  moyennes qui attendaient un coup de pouce du gouvernement pour améliorer leur niveau de vie. Aux élections de 2015, il avait ainsi réuni sur son nom à la fois les déçus du Likoud et ceux du parti travailliste. Il avait arraché au centriste Yaïr Lapid une partie de ses électeurs qui s’étaient portés avec surprise sur lui aux élections de 2013 pour placer son parti deuxième, avec 19 sièges à la Knesset. Yaïr Lapid avait lui aussi fait illusion à son poste peu convaincant de ministre des finances et il avait immédiatement été sanctionné aux élections de 2015. Il faut croire qu’il existe en Israël une malédiction des partis centristes qui n’arrivent pas à s’installer dans la durée pour casser le monopole du Likoud et des Travaillistes. À moins que ce ne soit le poids du premier ministre qui bloque les initiatives.



            Bien sûr les résultats d’une politique économique ne peuvent pas être mesurés en quelques mois mais l’orientation qui est déjà donnée ne prête pas à l’optimisme. L’économie israélienne est dynamique, le pays est riche mais 22% de la population vit sous le seuil de pauvreté. Ces chiffres proviennent de rapports officiels qui peuvent étonner. Jusqu’à présent, la pauvreté touchait les communautés orthodoxes et arabes mais elle touche à présent les classes moyennes et, ce qui est le plus grave, certains nouveaux immigrants dont l’accès à l’emploi devient difficile.
            Le paradoxe provient du fait que les indicateurs économiques d’Israël sont bons avec un taux de chômage qui frôle les 5%, une croissance maintenue et un déficit contenu. Mais ces résultats ont été obtenus grâce à des coupes gouvernementales dans les dépenses publiques. Les travailleurs pauvres sont plus nombreux ; les prix ne cessent d’augmenter avec une surévaluation du shekel ; les loyers atteignent des sommets et le prix de l’immobilier est à l’avenant.  L’immobilier en Israël est en plein essor depuis une quinzaine d’années ce qui explique l'augmentation des prix de 5% en 2014 mettant Tel-Aviv au niveau de Paris avec des prix moyens à 7.500€/m².
            On attendait Moshé Kahlon sur ses thèmes développés pendant sa campagne électorale. Koulanou était devenu le parti charnière capable de ratisser large, parce qu’il se situait à la limite du Likoud historique, celui de Begin de 1977 qui avait fait la part belle aux séfarades et aux questions concernant les classes défavorisées. Moshé Kahlon symbolisait le renouveau, l’homme qui devait réduire les inégalités, qui devait apporter aux classes moyennes un nouveau souffle et aux classes défavorisées le coup de pouce pour les sortir, non pas de la misère, mais d’une vie sans soleil.
La cour suprême qui conteste le contrat du gaz

            Mais Kahlon a déçu parce qu’il a été phagocyté par Netanyahou. Il avait été élu pour briser les monopoles mais il a préféré transiger avec eux. Il a laissé faire l’accord-cadre nébuleux sur le gaz naturel après une opposition de principe. L’accord sur l’exploitation gazière en Israël a été bâclé parce qu’il n’a pas répondu aux promesses de la campagne électorale. Le monopole gazier n’a pas été démantelé. Le prix du gaz vendu aux producteurs d’électricité, plafonné à 4,7 dollars l’unité, est supérieur au prix du gaz sur les marchés mondiaux. 
            Kahlon avait promis de développer la construction de logements à des prix abordables en puisant sur les terres domaniales, mais rien n’a été engagé sachant que les résultats ne peuvent se mesurer qu’après plusieurs années. En revanche les constructions dans les implantations se sont développées. Il n’a pas pu enrayer la chute de la croissance qui a été plombée par une baisse de la consommation des ménages. Le rapport 2015 de la Banque d’Israël a évalué cette croissance à 2,5% montrant que l’économie stagne depuis la guerre de Gaza de 2014, année où le PIB avait atteint 6,6%.
Lapid Kahlon

            Israël semble souffrir de la malédiction des partis centristes et de leurs ministres des finances. Après le centriste Yaïr Lapid qui a subi un échec retentissant pour s’être fourvoyé dans un ministère dont il n’avait pas la compétence, Moshé Kahlon est sur les traces de l'échec de son prédécesseur. Mais lui avait exigé ce ministère comme condition de son entrée dans la coalition. Il vient d'hypothéquer son avenir électoral à la grande satisfaction de Benjamin Netanyahou qui voit un autre de ses concurrents sérieux disparaître de la scène politique.
            Un comble selon le dernier rapport de l’OCDE : l’économie d’Israël est solide sur fond d’inégalités et de pauvreté. Ce rapport souligne qu’investir davantage dans les infrastructures et améliorer les compétences des populations défavorisées, pourraient être facteurs à la fois de cohésion sociale et de croissance à long terme. Le rapport montre que si Israël obtient de bons résultats et figure parmi les pays les mieux classés de l’OCDE pour ce qui est du bien-être, de la santé et du niveau d’instruction, ses résultats sont inférieurs à la moyenne de l’OCDE s’agissant de la pauvreté, du logement et de la qualité de l’air. Il pointe du doigt le niveau relativement élevé des prix, imputable au manque de concurrence, notamment dans le secteur alimentaire. Encore un monopole que Kahlon n'a pas pu briser. Cela impacte le niveau de vie des populations  défavorisées. En plus des orthodoxes et des Arabes, la pauvreté atteint des sommets parmi les personnes âgées en raison des faibles pensions de base. 
Compagnie d'électricité

            Le monopole des banques n’a pas été effleuré. Il ressort de l’étude de l’OCDE que le secteur bancaire est concentré et peu efficient. Cette étude préconise l’entrée de nouveaux acteurs dans le secteur des services bancaires.  Par ailleurs pour remédier aux faiblesses d’un marché de l’électricité dominé par une entreprise publique lourdement endettée, Israel Electricity Corporation, l’OCDE suggère de la transformer en société privée et de créer une entité distincte chargée de gérer les infrastructures. Le seul moyen d’attaquer les monopoles consiste à créer des autorités de régulation indépendantes dans les secteurs des télécommunications, des services postaux et du gaz. Encore faut-il que le gouvernement décide.
            L’OCDE recommande de rationaliser les obligations administratives à remplir pour la planification et la construction d’un logement, de poursuivre le développement des infrastructures de transports publics pour faciliter l’installation dans les zones où l’immobilier est plus abordable et d’inciter les personnes vivant dans des zones reculées à exercer une activité. Des mesures doivent être prises pour accroître le financement de l’éducation en faveur des populations défavorisées et pour imposer l’enseignement des matières profanes dans les écoles talmudiques, à savoir les mathématiques, les sciences et les langues étrangères pour permettre une entrée active des élèves dans le marché du travail.

            C’est à Moshé Kahlon de prendre des mesures concrètes car un danger guette en Israël : l’émigration des jeunes et des diplômés et le ralentissement de l’alyah en provenance des pays riches. Beaucoup d’Israéliens diplômés quittent le pays, sans perspective de retour en même-temps que des immigrants fraîchement arrivés, qui abandonnent leur rêve de se fixer dans le pays. Cette émigration a un coût humain, le déséquilibre de la majorité juive en Israël. Sur une population de plus de 6 millions de Juifs, on évalue à 700.000 citoyens le nombre d’Israéliens qui se sont expatriés pour des raisons non pas sécuritaires ou politiques, mais économiques : les prix sont trop élevés et les salaires trop bas.
            Il faut rappeler que dans les années 1990, alors que le pays n’avait pas une économie aussi prospère, le taux de pauvreté d’Israël n’était que de 14 % contre 22% aujourd’hui. C'est le paradoxe de la richesse mal répartie. Les cerveaux fuient. Entre 2015 et 2016, l’État d’Israël a accueilli 28.000 nouveaux immigrants, de France (25 %), d’Ukraine (24 %), de Russie (23 %) et des États-Unis (9 %). Mais les chiffres officieux montrent que 30% de ces immigrants retournent dans leur pays d’origine pour raison économique. On ne peut pas leur demander de vivre uniquement de conviction sioniste. Kahlon ne fait rien pour dissuader les Israéliens de ne pas s’expatrier.
            La question de la pauvreté n’est pas une question d’idéologie de gauche ou de droite mais un problème de moralité. On ne peut pas laisser sur le bord du chemin 22% de la population alors qu’une poignée de privilégiés se goinfrent. On ignore quand auront lieu les prochaines élections législatives, mais il est fort probable que Kahlon rejoindra la liste des grands noms politiques qui ont fait illusion. Son parti, à n’en point douter, subira la sanction des électeurs qui ont eu le culot de croire en 2015 à ses promesses.

2 commentaires:

Georges KABI a dit…

Le paysage politique en Israel est complique a cause du systeme electoral. Personnellement, je n'ai jamis vote pour une liste qui s'est formee en se scindant d'une liste existente. Koulanou, avec Khaloun en tete, venait du Likoud. Il n'a donc pas recu ma voix. J'ai un deuxieme principe, je ne vote jamais pour des prestigitateurs, ceix qui promettent tput et leur contraire, les prophetes et les messies.
Je prefere voter pour une liste qui dure, qui s'est construit lentement et surement. Des listes pareilles existent en Israel, chacun avec son programme et ses leaders.
Question economique: "la crise" du logement ne se resoudra que par l'effondrement du marche et ce n'est pas demain la veille. Il y dans cette crise deux grands gagnants: les promoteurs immobiliers et l'Etat, surtout l'Etat qui s'ingenie a ne pas liberaliser le marche foncier afin de faire augmenter les prix et rafler du meme coup plus d'impots.
En ce qui concerne les banques, toutes sont nationalisees sauf une. Si bien que les profits des banques reviennent directement a l'Etat. L'Etat est aussi tres interesse a ce qu'il n'y ait pas de concurrence, ce qui permet de maintenir les prix du detail a un niveau tres eleve et du coup de faire entrer plus de taxes dans les caisses de l'Etat.
Il y actuellement une "crise" agricole ou le Ministre de l'Agriculture a entrepris deux grandes reformes: liquider l'agriculture israelienne non rentable, et la remplacer par l'importation des produits laimentaires frais ou non. Le principal importateur, un Arabe des Territoires, n'a pas su maintenir un niveau minimal de qualite et s'est vu confisquer ses produits. Qu'a cela ne tienne, un juge de la Cour Suprema a casser les decisions sanitaires et l'importateur pourra recommencer son business. Et la sante des consommateurs dans tout cela?
Bref, la theorie marxiste qui explique la vie politique parla vie economique se revele en Israel inversee: tout commence et se termine dans le cabinet du Premier Ministre.

Jackie KAHANA a dit…

Merci de nous apporter tous ces éléments et informations récentes par des synthèses reflétant la vie quotidienne et politique de notre pays.c'est toujours un plaisir de vous lire et d'être informée à chaque situation de l'évolution des partis concernés. Merci