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vendredi 1 avril 2016

Manœuvres pré-électorales en Israël



MANŒUVRES PRÉ-ÉLECTORALES EN ISRAËL

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps

            

          Les manœuvres ont déjà commencé pour la préparation des prochaines élections législatives en Israël. Le jeune soldat A. est la victime collatérale du combat politique feutré entre factions de droite. L’exploitation de cette affaire par certains dirigeants politiques n’est pas le fruit du hasard. Dans un autre temps, on aurait laissé l’armée régler en interne le geste du soldat, sans intervention d’aucune pression populaire parce que l’on connaît la rigueur démocratique et l’éthique de Tsahal. On se souvient d'ailleurs que l'armée israélienne avait déjà ouvert cinq enquêtes criminelles internes sur de possibles bavures de sa part commises lors de la guerre de Gaza. Ces enquêtes n’ont pas eu de développement médiatique exigeant une prise de position politique de la part de la population et des dirigeants.



Soldats israéliens en opération

            Aujourd’hui il semble que l’affaire du soldat A. soit pour la droite nationaliste un moyen pour déstabiliser le premier ministre et pour Naftali Bennett pour se démarquer de Netanyahou. Bennett veut prendre date. Le clash, volontairement suscité au cours du Conseil des ministres avec la publicité qui en a été faite, était prémédité pour mettre en évidence la faiblesse du premier ministre face au terrorisme. Bennett a voulu ainsi couvrir les gesticulations de l’extrême-droite pour amener à lui les opposants au Likoud et les fédérer dans son parti qui ne décolle pas dans les sondages. 
          Il a eu peur des effets de l’entrée en scène des centaines de manifestants d’extrême-droite des groupes Lehava, des militants du Betar et des Kahanistes, dont plusieurs font partie de son électorat. Ainsi on y a vu le noyau dur nationaliste constitué par le député Avigdor Lieberman venu en force avec le député extrême droite Oren Hazan (Likoud), et les anciens députés Sharon Gal et Michael Ben-Ari, et même l’ancien militant du parti kahaniste Baruch Marzel.
Marzel et Ben-Ari 

            En effet ces extrémistes s’étaient regroupés en 2015 avec le parti Yahad d’Eli Yshaï,  transfuge du Shass, pour constituer Otzma Yéhoudit (Force juive), incluant Arie Eldad et Michael Ben-Ari, qui s’étaient séparés de l'Union nationale fondue dans le parti de Bennett. Ils avaient manqué de peu d’atteindre le seuil éligible de 2%, 3 à 4 députés qui ont manqué à Bennett pour le faire passer avant les partis Koulanou et Yesh Atid.  Il bataille donc pour ne pas que cette péripétie se renouvelle.
            Le soldat A. paie le conflit mettant en jeu Naftali Bennett et le nouveau couple de l’opposition israélienne qui souhaite écarter Netanyahou du pouvoir. Le président du parti Israël Beiteinou, Avigdor Lieberman, se prépare à faire équipe avec le président de Yesh Atid, Yaïr Lapid, au firmament dans les sondages. Cela a commencé lors de la conférence organisée le 29 février sous le thème «Se battre pour réputation internationale d'Israël» tenue à la Knesset.  

          Les deux opposants n’ont cessé d’y lancer des attaques contre Benjamin Netanyahou bien qu’ils aient cherché à faire comprendre qu’il ne s’agissait pas pour eux d’attaques partisanes. Ils se sont placés sur le seul domaine de la politique internationale et ils voulaient sauver ce qu’ils pouvaient encore sauver de la diplomatie israélienne. Ils ont joué sur le fait que le premier ministre est en charge des Affaires étrangères, qui sont selon eux «le domaine privé de personne, pas même la famille Netanyahou. Le premier ministre tente de s’approprier le service extérieur d'Israël et de le détruire physiquement. Le gouvernement n'a pas de politique étrangère».
            Le premier ministre a riposté avec mépris et surtout avec légèreté : «j’ai entendu dire que les partis de gauche ont tenu une conférence politique d'urgence d'aujourd'hui. Ainsi, il y a ceux qui choisissent de se promener sans cesse et de participer à des conférences politiques et il y a ceux qui repoussent les pressions sur l'État d'Israël et renforcent ses alliances internationales pour sauvegarder notre avenir ici». Le nationaliste Lieberman et le centriste Lapid ont peu apprécié d’être catalogués de gauche, une accusation d'ailleurs déplacée. Cette boutade de Netanyahou est contre-productive car elle dénote au contraire une absence d'arguments percutants.

            Ce nouveau couple d'opposants pourrait fonctionner si chacun mettait son ego de côté. Certains lui voient un grand avenir s’il arrivait à intégrer parmi eux un général de prestige ; les yeux se tournent bien sûr vers Gabi Ashkénazi. Cette alliance met le premier ministre sur des charbons ardents car elle frappe là où cela fait mal. Il a compris que l’un de ses opposants veut se défaire d’une image faussée de gauche tandis que l’autre veut se donner l'allure de centriste. Cette alliance a cependant deux objectifs, préparer les prochaines élections et marginaliser les travaillistes d’Yitzhak Herzog qui d’ailleurs n’a pas été invité à la conférence. Ils lui laissent à la rigueur la responsabilité de rejoindre ultérieurement le couple, mais avec l’option de n’être qu’une force d’appoint, presque passive.
            Effectivement le thème des affaires étrangères est peu mobilisateur par rapport aux questions de sécurité. C’est pourquoi les nationalistes ont engagé leurs militants avec l’affaire du soldat A. et ils estiment que Lapid et Lieberman ne constituent pas une menace sérieuse pour Netanyahou alors qu'ils représentent une preuve que l’alternance peut être envisagée en dehors des partis de gauche.  Avigdor Lieberman vient d'annoncer qu'il était certain que des élections se tiendraient avant la fin de 2016. Cqfd.

2 commentaires:

Pascale CHATELUS a dit…

Qu' a de commun un Lapid avec un Lieberman .. à part le goût du pouvoir ?

andre a dit…

Je pense que c'est un article écrit à partir d'une supposition : celle que le tir du soldat sur un palestinien au sol ait été exploité à des fins électorales.

Il y a une autre explication, bien plus rationnelle : il fallait que la justice israélienne soit saisie de l'affaire , que l'instruction ait lieu et que des juges décident de ce qu'il convient de faire : assassinat, meurtre sans préméditation ..Bref, il fallait que la justice passe sinon c'est le Tribunal International de La Haye qui pouvait évoquer cette affaire car il devient compétent si la justice nationale ne se saisit pas de l'affaire.. Une fois de plus, le gouvernement a réagi dans le respect des lois et dans l'intérêt du pays...et tous les autres commentaires ne sont que littérature.