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mardi 12 avril 2016

Les Palestiniens peu surpris par Panama Papers



LES PALESTINIENS PEU SURPRIS PAR PANAMA PAPERS

Par Jacques BENILLOUCHE

copyright © Temps et Contretemps

            

          Les Palestiniens n’ont pas attendu Panama Papers pour mesurer l’étendue de la corruption qui touche l’Autorité palestinienne et ses protégés. L’évasion fiscale concerne des fonds attribués par les Européens et les Américains qui ferment les yeux pour avoir la tranquillité. Ils achètent ainsi l’effort palestinien pour prévenir le déclenchement d'une Intifada qui ajouterait encore plus de malheurs aux malheurs de la région.



            Mahmoud Abbas est coupable de beaucoup d’anomalies au sein de son organisation et fait mine parfois de vouloir secouer les consciences de son peuple pour masquer les extravagances de ses fonctionnaires. Le problème de l'utilisation des fonds publics est une constante récurrente qui hante les esprits. Les sommes mal utilisées sont légions.
            Ainsi, l’un de ses conseillers avait envoyé une demande de subvention au ministre des affaires étrangères du Bahreïn pour obtenir une «aumône» de 4 millions de dollars pour la construction de logements à destination des cadres dirigeants palestiniens. L’argent a été reçu mais la construction n’a jamais été engagée. Le gouvernement vénézuélien avait attribué  en 2014 un millier de bourses à des étudiants en médecine. Les fonds ont disparu entre les mains du ministre de l’éducation, du ministre des Affaires étrangères, et de l’ambassade palestinienne au Venezuela. Les quelques étudiants qui en ont profité n’avaient pas les qualifications requises pour suivre ce genre d’études parce qu’ils n’étaient inscrits qu’au titre d’une récompense politique du parti Fatah.
            Il n’y a pas de jour sans accusation de détournements de fonds. Des auditeurs experts ont constaté que 40% du budget est gaspillé, poussant le procureur général de l’Autorité à engager une action contre des fonctionnaires qui ont détourné 700 millions de dollars. Pire, il a été constaté que le secteur public distribuait des salaires à des «employés fantômes» tandis que les fonds étaient redirigés vers des ministres et des hauts cadres. Par ailleurs, l’Autorité a attribué un budget de 6 millions de dollars à une prétendue société italo-palestinienne chargée de construire une usine de tuyaux qui n’a jamais vu le jour.
Fayyed Abbas

            Les Occidentaux étaient conscients de ces débordements puisqu’ils avaient exigé, en 2007, la nomination de Salam Fayyed, économiste réputé et ancien du FMI, comme premier ministre. Il n’a pu faire qu'illusion face aux blocages de son administration. Il a certes réussi à récupérer plusieurs millions de dollars mais ses méthodes ont déplu à la haute administration, privée de bakchich, qui a réussi à l’éjecter de son poste en 2013. Ces affaires arrivées sur la place publique ont déconsidéré l’Autorité au point que les Palestiniens ont désigné la corruption comme premier fléau avant «l’occupation israélienne». D’ailleurs les pays arabes  refusent de verser les sommes promises tandis que les Occidentaux continuent d’alimenter les caisses palestiniennes sous forme de financement de projets suspects.
            La corruption en Palestine fait partie intégrante du corps politique palestinien bien avant la création de l’Autorité. Les détournements de fonds publics, l’appropriation illicite de ressources et surtout le népotisme résultent d’une habitude de corruption du système politique palestinien. En Palestine, le clientélisme est enraciné dans les valeurs sociales de la parenté et de la famille ce qui permet à l’oligarchie au pouvoir de contrôler les électeurs et de redistribuer les ressources publiques dans le but d’acheter des loyautés politiques avec, à la clef, le maintien du statu quo et la mainmise sur les avoirs politiques et économiques.
            Israël n’est pour rien dans l’évolution de cette situation ancrée dans les gènes des dirigeants palestiniens, bien avant les accords d’Oslo. L’Autorité palestinienne a simplement trouvé une structure officielle pour récompenser ceux qui lui étaient serviles. Elle fait la pluie et le beau temps et il n’est pas question pour elle de renoncer à une manne financière, même s’il faut favoriser le statu quo et enterrer tout projet de création d’État palestinien. C’est pourquoi aucune initiative concrète de résolution du conflit israélo-palestinien n’a été proposée par les dirigeants palestiniens. La gabegie peut encore perdurer aussi longtemps que des dirigeants corrompus sont au pouvoir en Cisjordanie.
Tariq Abbas

            Les Palestiniens ne sont pas surpris par les révélations de Panama Papers. Ils connaissent les pots de vin, les salaires gonflés, les bakchichs versés aux cadres des ONG et les voyages à l’étranger en reconnaissance de services rendus. Cet état de fait a alimenté la rivalité entre Mahmoud Abbas et son concurrent à l’OLP Mohamed Dahlan qui lorgne vers la présidence. 

          Le scandale a commencé il y a quelques mois par une série d'interviews accordées par Mohammed Rachid à la chaîne de télévision saoudienne Al-Arabiya. Cet ancien conseiller financier de Yasser Arafat, le raïs palestinien décédé en novembre 2004, s'y livrait à une série d'attaques contre Mahmoud Abbas, président de l'Autorité palestinienne, et ses deux fils, Yasser et Tareq, menaçant de dévoiler des secrets sur les circonstances qui lui ont permis de succéder au chef historique de l'Olp (Organisation de libération de la Palestine).
Mohamed Rachid

          Mais Panama Papers a mis en cause ouvertement le fils d’Abbas, Tariq, qui a des intérêts importants dans une société privée ayant des liens avec l’Autorité palestinienne. Cependant, il n’était pas nécessaire d’attendre les révélations de Panama car la corruption  avérée s’exprime par des éléments tangibles : une grande maison privée, une résidence secondaire, des voitures de luxe officielles dont l’usage est à des fins personnelles. Le paradoxe est que des organisations créées pour combattre Israël, le Fatah, l’Olp et le Hamas, agissent de manière frauduleuse en détournant l’argent du peuple palestinien. Aucune mesure n’est prise contre les dirigeants qui s’accrochent à leurs sièges avec la complicité passive des bienfaiteurs étrangers.
            Les hauts responsables de l'Autorité palestinienne songent plus à s’enrichir qu’à défendre les intérêts de leur peuple. Les fuites de Panama Papers n’ont pas tout dévoilé et d’autres surprises sont à attendre. Les documents du cabinet Mossack Fonseca révèlent que le fils de Mahmoud Abbas détient près d'un million de dollars d'actions dans les Caraïbes. Enregistrée, en septembre 1994, la Compagnie d'investissement arabo-palestinienne (Arab Palestinian Investment Company ou APIC), administrée depuis Dubaï par un gérant saoudien, le cheikh Omar Aggad, intervient dans de nombreux pans de l'économie en Cisjordanie. Le Fonds d'investissement palestinien, créé en 2003 et qui dépend directement de l'Autorité palestinienne, détient 18 % du capital de cette société.
Cheikh Omar Aggad


            Mahmoud Abbas ne semble pas inquiet par ses révélations qui portent un coup sévère à son intégrité et à celle de son gouvernement. Il se sent intouchable car la gangrène de la corruption a contaminé le système palestinien. Sa mise en cause écroulerait toute la pyramide. C’est pourquoi les Palestiniens, passifs ou résignés, ne semblent pas vouloir remettre en question leurs leaders. Seul Mohamed Dahlan est en embuscade depuis son exil dans les Émirats Arabes Unis. Panama Papers pourrait le forcer à réagir plus tôt que prévu bien que, lui aussi, ne soit pas plus blanc que ses anciens amis. 

1 commentaire:

Gérard GROSJEAN a dit…

Excellent diagnostic de la situation catastrophique qui perdure au sein de l'AP, avec la complicité active de l'ONU, des Etats européens, de la Commission européenne et des Etats-unis
sans oublier les sponsors du terrorisme islamo-fasciste tels que l'Iran, le Qatar, l'Arabie séoudite, les pays de la Conférence islamique, la Turquie, etc.....
Et cela n'a rien à voir avec "l'occupation israélienne" (comme ils disent), les "implantations" et la frustration supposée générée par l'absence de perspective politique !!!
Gérard Grosjean