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dimanche 10 avril 2016

Le Likoud court après l'extrême-droite



Le Likoud court après l’extrême droite

par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps

            

          Menahem Begin  doit se retourner dans sa tombe à la vue de ce qu’ont fait ses amis du parti ; un parti qu’il avait patiemment construit sur une base démocratique. Le leader «terroriste de 1947» s’était avéré être un homme politique de consensus qui avait réconcilié les séfarades et ashkénazes et qui avait un grand respect pour ses adversaires arabes. La photo du ministre de la défense Moshé Yaalon, présentée sur une cible de tir, rappelle la triste histoire d’Yitzhak Rabin visé par les extrémistes de droite pour avoir signé les accords d’Oslo. 




          L’histoire bégaie parce que des membres de la centrale du Likoud, le propre parti du ministre de la défense, l’ont condamné pour avoir pris une position courageuse contre le tireur de Hébron. Une cabale est lancée pour le descendre en flèche lors des prochaines élections primaires du Likoud. Il s’agit purement et simplement d’un meurtre politique, organisé à haut niveau, par un clan extrémiste.
            Benjamin Netanyahou devrait y prendre garde car son parti se radicalise progressivement en écartant ceux, parmi les militants, qui ont une vue modérée de leur parti, celui de Menahem Begin, le chef militaire irréductible mais l’homme politique bourré de principes. Le parti s’éloigne de sa position centriste de droite pour rejoindre les tenants d’une ligne dure qui n’a jamais été dans l’Adn du parti. D’ailleurs des militants historiques l’ont quitté, ou se sont mis en réserve, à l’instar de Benny Begin, Dan Meridor, Michael Eitan et Limor Livnat parce qu’ils condamnaient l’identification de leur mouvement avec l’extrême-droite. Ils avaient affirmé haut et fort leur attachement aux fondements libéraux du parti. Netanyahou les a ignorés alors qu’il aurait dû avoir en tête les piètres résultats des élections de 2009 où il était arrivé en seconde position parce que les militants n’avaient pas apprécié le placement de Moshé Feiglin, l’homme des implantations, à une place éligible. Feiglin représentait ouvertement  la frange radicale de la droite et d'ailleurs, il a fait perdre quatre sièges au parti.
Dan Meridor

            Netanyahou a réédité cette situation aux élections de 2013 en offrant à nouveau à Feiglin une place de choix qui a fait partir les militants historiques, fondamentalement attachés à la primauté du droit. Ce fut alors la porte ouverte à la mise en avant de tous les radicaux impliqués parmi les militants des implantations. Ce fut le cas de Zeev Elkin, ministre de l’immigration, Yariv Levin ministre du tourisme, Danny Danon muté à l’ONU, et Tsipi Hotovely vice-ministre des affaires étrangères. La radicalisation était en marche. Les modérés et partisans centristes ont été alors totalement éliminés des places éligibles.
            Les attentats au couteau n’ont pas arrangé les choses. Ils ont poussé le Likoud à virer encore plus à droite avec une volonté de singer Israël Beiteinou et HaBayit Hayehudi pour ne pas perdre les militants qui lorgnent vers les partis concurrents. Jamais les dirigeants historiques, très attachés aux règles de droit, n’auraient permis ces attaques répétées contre la Cour Suprême, bastion de la défense de la démocratie et de la loi constitutionnelle, accusée à tort de ne défendre que le droit des Arabes. Le populisme s’est installé au Likoud avec une préférence pour un dirigeant à la Trump.

            Le ministre de la défense Moshe Yaalon et le chef d’État-Major Gadi Eizenkot ont été attaqués sans scrupules par le parti de Netanyahou. Aucun dirigeant Likoud ne s’est élevé pour les défendre alors qu’ils représentent le sommet de la hiérarchie de la sécurité du pays.  Le silence du Likoud était approbateur alors que le pays, quelle que soit la situation politique, a toujours appuyé ceux qui avaient en charge la défense nationale. 
          Les extrémistes de droite ont pris fait et cause pour le jeune soldat de Hébron pour des raisons strictement politiques qui n’avaient rien à faire avec l’éthique de Tsahal. Le premier ministre, qui avait eu une attitude mitigée au départ, s’est engouffré dans les thèses radicales des militants des implantations, jusqu’à appeler le père du soldat, une façon pour désavouer le ministre et le chef d’État-major. La politique a pris le dessus sur la loi et sur l’exigence du droit.

            Et pourtant l’histoire du Likoud prouve que le parti a été un parti libéral et populaire sous la conduite de Menahem Begin, respectueux du droit. Il s’était toujours éloigné de ceux qui menaient le parti vers l’extrémisme. Il avait compris où était l’intérêt du pays en signant les accords avec l’Égypte en 1979 et en accordant les mêmes droits aux Juifs et aux Arabes d’Israël. Au gouvernement, les guerres de clans priment à présent sur l’intérêt politique. Le Cabinet de sécurité est devenu une caisse de résonnance des querelles internes entre partis parce que les amis de Naftali Bennett veulent le hisser au sommet de la pyramide pour être le prochain premier ministre.
            La guerre de position est entamée pour les prochaines élections sous le regard d’un observateur intéressé, Avigdor Lieberman, qui n’a rien cédé de ses prérogatives et de son ambition. Certains ministres, comme Zeev Elkin ou Israël Katz, trahissent ouvertement les secrets des délibérations et font des déclarations publiques qui enveniment la position gouvernementale. Ils ne parlent que de blocus, de punitions collectives, de nouvelles barrières de sécurité à l’encontre de la population palestinienne pour avoir les faveurs des extrémistes des implantations. 
          Combattre le terrorisme est une nécessité impérieuse qui s’explique et se justifie mais il ne faut pas pour autant emprunter les chemins d’un populisme qui change l’ADN du Likoud. Tout ne peut pas être permis au nom de la défense d’une minorité agissante qui veut faire du terrorisme l’alibi pour imposer son idéologie et ses vues.
Les tenants de la droite du Likoud

            Netanyahou profite de l’atonie de l’opposition et de la présence d’un leader de gauche peu charismatique. La population est à la recherche d’une nouvelle personnalité qui se distinguerait pour prendre l’avenir du pays en mains. Mais là encore, la guerre d’ego fait rage. Tout le monde veut être chef, tout le monde veut être tête de liste. Mais à gauche et au centre, il n'y a pas foule. Tous les espoirs reposent à nouveau sur le centriste Yaïr Lapid à présent que Moshé Kahlon a fait illusion. Les sondages le créditent de 21 sièges mais c'est insuffisant pour être le nouveau chef de gouvernement. Il doit trouver autour de lui une équipe crédible sur le plan sécuritaire sachant que l'ex général Yoav Galant a été totalement inaudible chez Koulanou. 

5 commentaires:

Gilles ORSELY a dit…

le plus triste est que cette dérive satisfait la communauté francophone en israël

AMMONRUSQ a dit…

Les partis traditionnels de droite comme de gauche subissent les mêmes érosions qu'en europe et pourtant on pourrais penser comme ce fut souvent le cas ces dernières années que le monde politique fait bloc devant l'adversité.

Pour l'histoire du soldat,je soutiens ce dernier car ayant effectuer ma période militaire en France dans une unité de combat (3è Rima),nos formateurs qui avaient fait plusieurs guerres,nous expliquer régulièrement le dilemme de l'individu qui vous loupe,mais qu'il est important de faire le nécessaire !

Bernard Meyer a dit…

Le likoud n'a jamais été un parti centriste et son leader Menahem Begin n'a jamais était un homme du centre comme vous souhaitez nous les présenter.
Begin était un homme de droite de la droite pure et dure et qui a su, poussé par les événements, défendre les intérêts de son pays.
Cela prouve bien que l'histoire n'est qu'événements et qu'il est nécessaire pour le pays de choisir un leader qui saura répondre aux exigences de cette histoire et cela ne nous importe de quel parti démocratique il en sera issu.
Bernard Meyer

Jacques BENILLOUCHE a dit…

@Bernard Meyer

Le Likoud, parti de droite, a toujours été composé d’une aile centriste et d’une aile plus droitière. Il n’a jamais été d’extrême-droite.

L’extrême-droite israélienne a été représentée par :
Brit Ha’Birionim, Lehi, Kach, Le Foyer juif, Parti national religieux, Israël Beitenou,
L’Union nationale, moledet, Eretz Yisrael Shelanu, Tkuma, Hatikva, Front national juif,
Otzma LeYisrael et Lehava

邓大平 עמנואל דובשק Emmanuel Doubchak a dit…

Si l'armée française et la guerre d'Algérie devaient nous servir de modèle, ce n'est pas à l'Évian qu'on devrait se mettre.