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mercredi 27 avril 2016

Etrange dérive de la nouvelle génération juive américaine


ÉTRANGE DÉRIVE DE LA NOUVELLE GÉNÉRATION JUIVE AMÉRICAINE

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps


            


          Bernie Sanders, avec ses prises de positions iconoclastes, n’a pas mis en évidence que la partie émergée de l’iceberg concernant la nouvelle idéologie de la communauté juive américaine. Ce qui ne touchait au départ que les campus universitaires s'étend à présent au sein de toute la communauté. La nouvelle génération juive, celle des enfants, s’offre un nouveau combat où l’ennemi n’est plus uniquement le militant arabe pro-palestinien mais le Juif militant sioniste. 
          Si Israël n’y prend pas garde et n’organise pas sa nouvelle stratégie de communication, alors il n’est pas impensable d’imaginer un réalignement total de la politique américaine vis-à-vis d’Israël dans les prochaines années. En cause, la montée en influence des mouvements juifs antisionistes qui se réclament, et c’est nouveau, de la majorité silencieuse de la communauté juive qui n'est pas encore antisioniste. Ils refusent d’être traités de radicaux, qualification qu’ils réservent à la vieille garde au pouvoir dans les institutions juives américaines. Ce réalignement a commencé avec Barack Obama et ira en s’amplifiant car la minorité active prend du poids.
Voir la vidéo de juifs antisionistes


            Les mouvements JVP (Jewish Voice for Peace) et IfNotNow, qui s’affichent comme «cool» exercent un fort pouvoir d’attraction auprès d’une jeunesse juive à majorité très assimilée. Ils estiment qu’il y a plusieurs façons d’être Juif. Certains attribuent cette nouvelle tendance à une conséquence de leur assimilation. Bernie Sanders n’avait pas innové en faisant appel à ses côtés à Simone Zimmermann, une juive antisioniste qui a brisé son élan auprès des électeurs. Il s’en est d’ailleurs très vite séparé dès les premiers jours, face aux dégâts qu’elle lui a causés dans sa campagne. Elle faisait partie de cette nouvelle vague qui veut utiliser les thèses de la tradition juive pour pousser son programme anti israélien. De nombreux jeunes Juifs ont alors critiqué la mise à l’écart de Zimmermann pour l’unique raison qu'elle contestait avec passion la politique de division de Benjamin Netanyahou.
Simone Zimmermann

            Le mouvement IfNotNow prend prétexte de Pessah, fête de la libération de l’esclavage pour appeler à «défendre la liberté et la dignité pour toutes les personnes». Il conteste le droit des dirigeants de l’establishment juif à parler pour l’ensemble de la communauté juive américaine. Il pense que la seule façon d’assurer la sécurité juive est de refuser «tout compromis au sujet de l’occupation des territoires palestiniens». Il ne s’agit pas d’un mouvement minoritaire mais d’une véritable vague de fond qui secoue aujourd’hui la communauté juive. Selon IfNotNow, les dirigeants juifs refusent systématiquement le tikkoun olam (réparation du monde) s’il comporte des critiques envers Israël. Ce concept issu de la philosophie et de la littérature juives, recouvre en grande partie la conception juive de la justice sociale. Plus grand est le nombre de prescriptions religieuses réalisées, plus le monde se rapproche de la perfection. Le tikkoun olam déclencherait ou accomplirait les prophéties concernant la venue du Messie.
            Ces jeunes juifs contestent à la communauté sa logique d’appel à l’union «indépendamment d’un système de violence étatique qui créé des obstacles cauchemardesques à la vie palestinienne». Ils se rassemblent à présent en criant «Dayenou», (c’est assez) parce que les dirigeants juifs sont selon eux dans l’erreur. Ils pensent que cette nouvelle génération justifie son judaïsme par «son attachement à la liberté et la dignité de toutes les personnes - Israéliens et Palestiniens» et qu’elle veut construire «une communauté juive qui parle contre l'injustice dans notre propre communauté et se lève pour la justice partout». Ils ne veulent pas que «les jeunes Juifs aient à choisir entre l'identité juive et leur propre boussole morale».
Meetings de Zimmermann

            Ces Juifs progressistes utilisent à présent l’argumentation de Pessah, fête de la libération, pour la transposer au peuple palestinien. Alors, dans toutes les grandes villes américaines, Boston, New York, Washington, Chicago et la baie de San Francisco, les membres juifs de IfNotNow se réunissent pour protester «avec passion et un amour profond et le respect de notre tradition, pour exiger que les organisations et institutions qui prétendent parler en notre nom cessent leur soutien à l'occupation. Des dirigeants comme Simone Zimmermann ont déjà tracé cette voie».
            Ces actions ne parviennent pas encore jusqu’à nous, en France et en Israël. Elles ont tendance à être traitées par le mépris alors qu’elles ont une réelle capacité de nuisance politique. Elles sont dangereuses car avec une dialectique mobilisatrice, les militants arrivent à se persuader que les vrais anti-israéliens sont ceux qui permettent à l’État juif de maintenir l’occupation contraire aux valeurs juives et qu’il faut donc choisir entre eux et le gouvernement israélien. Ils en sont arrivés à défendre, avec ambiguïté, le droit au retour des réfugiés palestiniens dans une sorte de réinterprétation de la tradition juive inspirée de la Pâque : «Si je ne suis que pour moi, que suis-je? Comme nous étions déshumanisés par l'oppression à laquelle nous avions fait face, nous sommes maintenant déshumanisés par ce que nous infligeons». 
            La dialectique est dramatique car elle cherche à jouer de la corde sensible chère aux Juifs : «L'occupation est un cauchemar quotidien pour ceux qui vivent en dessous et un désastre moral pour ceux qui soutiennent et administrent. Les souffrances des Juifs et des Palestiniens ne sont pas égales ou comparables. Et pourtant, elles sont profondément liées». Ce phénomène a pris racine dans les universités. A Harvard, les Juifs antisionistes ne se cachent plus et n'ont plus honte. Ils estiment défendre les valeurs juives en luttant contre toute forme d'oppression dont Israël se rend seul coupable, selon eux. Ne viennent-ils pas d'attaquer l'ancienne ministre Tzipi Livni en l'accusant de «sentir mauvais». 


            Le seul problème de ces mouvements est qu’ils se placent avec sensibilité uniquement sur le terrain de la liberté et de la dignité, sans aborder les problèmes concrets politiques. Ils s’inspirent du «traumatisme de notre passé pour apporter notre tradition à la vie dans le présent». Les Juifs orthodoxes accusent l’assimilation d’avoir fait des ravages dans les milieux juifs mais ceux de la tendance libérale conservatrice rétorquent au contraire que, sans leur action et leur présence, les dégâts auraient été encore plus dramatiques. La communauté juive aurait complètement disparu en tant que telle, déjudaïsée comme à une certaine époque en URSS.




            Mais on peut dire aussi qu’il s’agit de la part de cette jeunesse d’une certaine naïveté  consistant à s’auto-flageller pour soulager sa conscience. Il n’y a aucun intérêt à offrir des arguments aux ennemis d’Israël et des justificatifs aux militants BDS. Ces jeunes qui agissent, avec conviction certes, doivent comprendre que la politique est faite d’échanges et de concessions mutuelles et pas d’incantations stériles. Ils ne peuvent pas vivre que d’attaques systématiques contre Israël pour faire plaisir à un certain auditoire qui se délecte face aux luttes intestines entre Juifs.


4 commentaires:

Michael B. a dit…

Très bon article qui devrait faire jaser! Je ne pense pas que ces militants juifs anti-occupation soient tant que cela à date, et les institutions juives sont encore au main de la vieille garde pro-israélienne affiliée à AIPAC. Par contre ces militants sont très mobilises, font beaucoup de bruit et gagnent en influence auprès d'une certaine branche progressiste du parti Démocrate. C'est un peu des Neturei Karta "new look", car dans le fond ils font bloc avec les ennemis d'Israël tout en se réclamant authentiquement juifs, eux.

Jean CORCOS a dit…

Cher Jacques, tu as bien posé le problème : où se situe le curseur entre l'opposition à la politique de ce gouvernement israélien, et l'antisionisme pur et simple ? Ceux qui défendent le "droit au retour" acceptent de facto le démantèlement du seul Etat juif dans le monde, et c'est très grave ; idem pour le BDS, qui vise à étrangler le pays.

Jacques Sicherman a dit…

Je me demande si ces positions d'une partie de la jeunesse juive ne vient pas de l'énorme pression qui s'exerce sur eux dans les campus et autres lieux où ils exercent leurs activités. Cette pression, qui désigne comme méprisables au regard d'une morale sensée être admise par chacun, tous ceux qui défendent Israël, et qui désignent comme nationalistes au pire sens du terme, voir racistes, ceux qui affirment le droit aux juifs d'avoir un pays à eux en tant que tels, doit être psychologiquement très difficile à supporter.
Une façon d'y échapper consiste précisément à adopter les attitudes que l'article décrit.
Mais alors, quelles solutions?

דוב קרבי a dit…

La remarque de Jacques Sicherman est très pertinente. Nous l'observons chez les Juifs honteux et antisionistes en France et ailleurs ; je ne les cite pas, vous les connaissez. La honte d'être Juif, le désir de se faire accepter, la crainte de l'exclusion ne peuvent se résoudre que par une longue réflexion sur soi-même (souvent initiée par ce ressenti de honte).
Il faut du courage et sans doute pas mal de maturité, voire de coups durs, pour retrouver et accepter ces racines et ce nouveau sentiment d'appartenance.