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vendredi 4 mars 2016

Rohani : un conservateur pragmatique par Gérard AKOUN



ROHANI : UN CONSERVATEUR PRAGMATIQUE

Par Gérard AKOUN

            

          Des élections se sont déroulées la semaine dernière en Iran pour renouveler le Parlement et une institution spécifique à  la République Islamique : l’Assemblée des experts  composée de 86 membres religieux élus pour huit ans au suffrage universel direct et dont la fonction principale est d’élire ou de révoquer, mais cela ne s’est  jamais produit jusqu’à présent, le Guide de la Révolution. Le renouvellement du Parlement, sa composition, constituaient l’enjeu principal de ces élections dont dépendra l’équilibre des forces entre les réformateurs, les conservateurs libéraux et les ultra conservateurs. 



Majlis

            Les élections législatives en Iran, sont  démocratiques, mais le dépôt de candidature n’est pas libre ! Une commission ad hoc, composée en majorité d’ultra conservateurs  filtre les  candidatures si bien qu’un grand nombre de candidats réformistes ou réformateurs  n’ont  pas été  autorisés à se présenter. Cette élection était importante, le peuple devait se prononcer pour ou contre l’accord sur le programme nucléaire iranien conclu le 14 juillet 2015 avec les grandes puissances, un  accord qui avait permis la  levée  d’une grande partie des sanctions financières qui pesaient sur l’Iran. Il devait aussi se prononcer pour ou contre l’ouverture économique à l’Occident, qui permettrait de sortir du sous-développement industriel dans lequel se trouve le pays ;  en fait, il devait  voter pour ou contre  Rohani. 
Conservateurs et réformistes

            En 2012, les réformistes avaient boycotté les élections ; cette fois,  ils n’ont pas fait la même erreur. À défaut d’être majoritaires, il leur  fallait affaiblir les ultras conservateurs. Ils ont donc choisi de soutenir la politique centriste d’Hassan Rohani, en l’occurrence une alliance, une coalition entre les réformateurs, pris au sens large du terme, et les conservateurs libéraux. Ils ont donc mis en veilleuse leurs revendications sur l’élargissement des libertés publiques. Résultat : les modérés ne disposent pas encore de la majorité au Parlement, mais  leur nombre a augmenté de manière significative car ils ont conquis tous les sièges à Téhéran ainsi que dans  d’autres grandes villes, les campagnes restant plus conservatrices.
            Un vent nouveau souffle sur l’Iran, mais Hassan Rohani va avancer à petits pas. Le  guide suprême Ali  Khamenei l’avait  nommé Président de la République  islamique en  2013  pour négocier avec les cinq plus un, mandatés par l’ONU, un compromis honorable sur le programme nucléaire de l’Iran et il l’a soutenu tout le temps qu’aura  duré la négociation à laquelle les ultras conservateurs  étaient opposés. Cet accord devait permettre une ouverture économique pour sortir le pays de la crise  mais il n’était pas question de l’accompagner  d’une ouverture démocratique. Bien au contraire.  

            Durant ces trois années, sous l’autorité de Rohani, on a continué à bafouer, en paroles, les États-Unis et Israël, on a continué à brûler leurs drapeaux, on a continué les pendaisons publiques. Dans la dénomination République islamique, Rohani retient en priorité : islamique ;  c’est un  mollah. Il ne veut pas changer le régime mais il se rend compte que les jeunes, les couches moyennes éduquées qui sont  nombreuses, supportent de moins en moins la pression religieuse des mollahs. Il est  pragmatique, il veut donc faire évoluer le régime.  Le vote qui s’est exprimé, en sa faveur en  particulier dans les villes, lui donne une marge de manœuvre plus importante pour le faire. Son élection à l’Assemblée des experts, pour huit ans, renforce sa position dans l’échiquier politique et lui permettra de participer à l’élection  du successeur d’Ali Khamenei qui est âgé de 76 ans et serait atteint d’un cancer.
Moussavi


            Rohani se trouve à la croisée des chemins, pourra-t-il, voudra-t-il assurer la transition de l’Iran vers un régime plus démocratique, plus pacifique vis-à-vis de ses voisins. Remettra-t-il en liberté les réformateurs Moussavi et Karoubi, en résidence surveillée depuis de nombreuses années ? Cessera-t-il de soutenir le terrorisme ? Cessera-t-il de déclarer : «L’État actuel d’Israël n’est pas légitime». Les décisions qu’il prendra, à petits pas bien sûr, nous éclaireront sur la voie qu’il aura choisie. 

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