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jeudi 31 mars 2016

Radio Judaïques : Traitement médiatique de l'affaire du soldat Elior



RADIO JUDAÏQUES FM

Traitement médiatique de l'affaire du soldat de Tsahal inculpé pour meurtre

Jacques BENILLOUCHE

Au micro de

Eva SOTO
            

          
          La controverse bat son plein en ce qui concerne le soldat qui a tué un terroriste neutralisé. Elior A., binational né à Nice, a fait son alyah avec ses parents. Il fait partie de la brigade KFIR actuellement déployée en Cisjordanie avec pour mission de mener des opérations de contre-terrorisme. Après une formation de base de trois mois, les recrues se spécialisent durant les quatre mois suivants dans la guerre urbaine. Elior connaissait donc les règles précises de l’armée face à un terroriste armé :
     1. L’avertir verbalement 
     2. Tirer un coup de semonce en l’air pour le menacer 
     3. le neutraliser sans nécessairement le tuer.
            Ces mesures ne s’appliquent pas bien sûr au cas de légitime défense et de danger immédiat car alors le tir mortel est permis, sans condition, s’il faut sauver une ou des vies humaines.

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            Le cas d’Elior est en cours d’enquête par la police militaire et nous n’avons pas à commenter les décisions de l’État-Major. Nous sommes un pays en guerre et, par principe et discipline, nous faisons totalement confiance à l’armée qui est avant tout une armée populaire. Il ne s’agit pas pour nous de justifier cet acte mais de comprendre ce qui a pu conduire à cette extrémité. 
          On ne sait pas ce qui peut arriver dans la tête d’un jeune de 20 ans lorsqu’il voit son ami blessé au couteau par un terroriste. Certains jeunes sont fragiles et n’ont pas le comportement froid et réfléchi des membres commandos aguerris. Avec l’expérience, l’armée a des techniques pour mesurer la capacité psychologique d'un jeune face au danger et a l’obligation, le cas échéant, de l’écarter des premières lignes pour le protéger et l’empêcher de commettre un acte répréhensible de sang-froid.

            Mais cette affaire est gênante parce qu’elle a été politisée par les extrémistes de droite qui se sont emparés de l’affaire pour la transformer en opération politique. Certains sites nationalistes se sont permis de publier des photos non floutées du jeune qui avait droit à l’anonymat. Ils pensaient lui rendre service en affichant des photos de lui, dont l’une avec le drapeau du mouvement de Betar. Cet affichage accrédite l’idée que le jeune avait un compte à régler. Or l’armée n’est pas un regroupement de mercenaires ou de tueurs. C’est une armée de jeunes conscrits qui défend le pays avec éthique. 
            Le sujet a débordé des milieux nationalistes qui défendent le soldat jusqu’au sein du gouvernement. On a frôlé le clash en conseil des ministres entre le Premier ministre Benjamin Netanyahou et le ministre de l’Éducation Naftali Bennet à propos de la controverse qui fait rage sur le soldat de Hébron.
            Naftali Bennett a lourdement critiqué la réaction de l’armée qui a, d’emblée selon lui, sans autre forme de justice, condamné la réaction du soldat : «Quel message voulons-nous diffuser à tous les soldats dans le combat contre le terrorisme? Vous confondez entre les bons et les méchants!!»
            Visiblement irrité, le Premier ministre lui a répondu violemment : «Ne me faites pas une leçon sur l’éthique. J’ai commandé et soutenu des soldats plus que vous. La politique n’est pas tout». Dans cette triste affaire il faut dire qu’au début, il y a eu une certaine hésitation du premier ministre sur la position à adopter. Il n’a pas été ferme sur l’éthique d’un militaire en général et a fluctué en fonction des manifestations de l'extrême-droite nationaliste et des milieux extrémistes religieux.

            En revanche, le ministre de la Défense, Moshe Yaalon, a eu un comportement responsable en fustigeant à la tribune de la Knesset ceux qui désignent le militaire de Hébron comme un héros. Il a carrément posé à l’extrême droite la question de savoir si elle veut transformer Tsahal en un ramassis de brutes immorales.
            L’attitude du chef d'État-major de Tsahal, le général Gadi Eizenkot, a été empreinte de dignité et le chef de l’État l’a qualifiée aux mieux en déclarant que sachant Eizenkot aux commandes, il pouvait dormir sur ses deux oreilles sans aucune crainte pour la moralité de notre armée.
            Cet incident aura pour effet de confirmer que Tsahal ne peut être un repaire de tueurs qui assouvissent leur haine de l’Arabe sachant qu’il n’est bon que mort. Il faut se comporter sans pitié contre ceux qui tuent les civils et les enfants. Mais les terroristes connaissent les règles du jeu face à l’armée car ils jettent leurs armes ou leurs couteaux dès qu’ils se sentent cernés. Ils savent qu’ils ne seront pas abattus s'ils sont désarmés. La question consiste à mesurer l’étendue du danger et certains jeunes ne sont pas capables d’appréhender la menace à sa juste valeur, sans haine. Le risque est que, sans éthique, on risque de favoriser des crimes de haine alors que nous ne devons pas être des bêtes comme eux. Ces crimes de haine que certains jeunes nationalistes pourraient justifier à posteriori puisque l’exemple serait donné par l’institution la plus noble du pays, Tsahal.
Yaalon à la Knesset

            Le début du procès a eu lieu le 29 mars et le procureur a demandé à prolonger la détention provisoire du soldat jusqu’au 7 avril pour les besoins de l’enquête. Ses avocats ont exigé et obtenu la censure sur l’affaire estimant que la couverture de l’événement a compromis les chances d’un procès équitable. En définitive, le procureur militaire, le lieutenant-colonel Adoram Rigler a demandé à la cour une inculpation d’homicide volontaire, plus grave que l'homicide involontaire.
          L’incident a même débordé dans les colonnes de certains sites palestiniens francophones : «On aimerait connaître la position du gouvernement français, de toute la classe politique sur le traitement du cas des djihadistes français qui s'engagent dans l'armée terroriste sioniste»Les sites francophones israéliens ne sont pas mieux. Voilà comment un site sioniste qui défend le soldat voit la question d'un éventuel jugement du soldat Elor : "Si Elor est jugé défavorablement, les futures familles françaises pour Israël, pourraient s’identifier à la famille A. et renoncer à l’Alya pour ne pas envoyer leur enfant à l’armée…C’est un dilemme pour le gouvernement israélien et qui doit être pris en compte !" On est en plein délire.
          Ce n'est pas la première fois que l'armée israélienne doit subir  les retombées d'un incident mais les cas sont traités de manière interne.  Il y a environ six mois, des officiers supérieurs de Tsahal ont exprimé leur inquiétude sur la conduite des soldats face aux attaques terroristes. Avec les appels lancés par des ministres, des députés et des rabbins pour tuer tout terroriste qui attaque les Israéliens, on veut créer un nouveau code moral utilisant la force incontrôlée.
Oren Hazan


          Une démonstration à l'extérieur du tribunal ce 29 mars pour faire pression sur la justice militaire. Ce qui est grave c’est que des anciens et des actuels députés rivalisent dans les agressions verbales contre le chef d'Etat-major et le ministre de la défense. Parmi les centaines de manifestants on retrouve les gens de l'extrême-droite Lehava, les militants du Betar et le reliquat du groupe Kahana. On y a vu le noyau dur : le député Avigdor Lieberman est venu en force avec le député extrême droite Oren Hazan (Likoud), les anciens députés Sharon Gal et Michael Ben-Ari, et l’ancien militant du parti kahaniste Baruch Marzel.
          Une affaire triste à suivre.

2 commentaires:

Daphna Poznanski a dit…

En tant que Franco-israélienne, cette "triste affaire" me touche profondément. C'est à la justice militaire de trancher. Je fais confiance à Tsahal pour faire prévaloir les valeurs sur lesquelles il s'est bâti.

Yaakov NEEMAN a dit…

Israël est frappé par le virus du masochisme.