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jeudi 17 mars 2016

Les défis du nouveau patron du Shin Beth



LES DÉFIS DU NOUVEAU PATRON DU SHIN BETH

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps

            

          Nadav Argaman, 55 ans, laïc, vient de prendre la tête des services de renseignement intérieur, dont il était le numéro 2, connus par leurs initiales hébraïques Shin Beth (SB, Sherout Bitahon). Ce service est l'équivalent du FBI aux États-Unis, du MI5 en Grande-Bretagne et de la DGSI en France. Argaman a tous les atouts dans cette nouvelle fonction, après avoir été le représentant du Shin Beth aux États-Unis, pour assurer la liaison avec le FBI et pour coordonner des opérations conjointes dans la guerre contre le terrorisme international.




Kibboutz Hamadia

            Il a grandi dans les années 1960 au kibboutz Hamadia situé dans la vallée de Beit She'an. Il a hérité des gènes sécuritaires de son père Amiram, grièvement blessé dans les combats pendant la Guerre d'Indépendance à Mishmar Hayarden, alors qu’il était à l'époque chef de la sécurité dans la région.
            Le kibboutz fut une pépinière de futurs combattants d’élite puisque cinq de ses jeunes avaient rejoint, avec Nadav Argaman, l'unité des forces spéciales de l'armée israélienne Sayeret Matkal. Il a terminé son service militaire dans l'unité de renseignement et de reconnaissance des parachutistes pour retourner dans les champs de son kibboutz. Relancé par le SB, il décida en 1983 d’y servir pendant huit ans. Après avoir quitté le kibboutz, il a «disparu» pendant quatre ans pour subir la formation de base du Shin Beth, allant des techniques d’infiltration aux méthodes de déminage.
Sigle du Shin Beth

            Argaman fut nommé en 1987 à la tête du département tactique de la Division des opérations, constitué d’une petite équipe de combattants aux compétences différentes pour des missions complexes. Cette équipe fut chargée de s’infiltrer au cours de la première Intifada parmi les manifestants avec la tâche principale de capturer 400 hommes recherchés. En deux ans, 380 terroristes avaient été neutralisés grâce à une coopération étroite avec Tsahal.
            En 1991, Argaman avait été promu chef adjoint à la division des opérations ; il y fut plus manager qu’opérationnel mais cela lui permit de réfléchir à l’évolution du service. Pendant les trois années de cette fonction, quand le SB se préparait à quitter Gaza et certains territoires, en particulier après les accords d’Oslo, il a compris qu’il devait préparer dorénavant la collecte de renseignements «à distance» puisque la présence physique israélienne devenait exclue sur le terrain. Dans cette division il fit ainsi preuve de ses capacités  d’infiltration et technologiques. Argaman était un spécialiste des déguisements en vieillard barbu qui lui permirent d’infiltrer certains milieux dans plusieurs missions secrètes.

            En 1998, il décida d’une pause pour entreprendre des études universitaires de maîtrise à l’École Nationale de Sécurité. Il fut rappelé à ses fonctions opérationnelles lors de la deuxième Intifada. Il organisa alors, en coopération avec Tsahal, des «groupes de prévention»  composés d’agents de renseignement de l'armée, du personnel du SB et des membres des opérations de la force aérienne pour collationner et recouper les données provenant de sources différentes. À la tête de ces groupes, il se montra comme un homme de terrain, toujours présent dans les grandes opérations et proches de ses hommes.
            En 2007, pour changer d'air et pour réfléchir loin des opérations du service, il s’exila avec sa femme Ruth et leurs trois enfants. Il fut envoyé aux États-Unis en tant que représentant du Shin Beth, responsable de la sécurité des missions diplomatiques israéliennes aux États-Unis et au Canada, et des avions d'El Al qui circulaient entre Israël et l'Amérique du Nord.
Ambassade à Washington

            Celui qui a grandi dans les années 1960 au kibboutz Hamadia situé dans la vallée de Beit She'an, s’est distingué dans deux opérations ayant eu des répercussions internationales. En tant que chef de l’unité opérationnelle du SB, il a organisé l’élimination, le 5 janvier 1996 à Gaza, de «l’ingénieur» Yahya Ayyash, l'artificier et l'un des principaux chefs des Brigades Ezzedine al-Qassam. Le SB avait fait exploser une mini bombe placée dans son téléphone portable. En tant que directeur adjoint, il avait commandité l’assassinat, le 14 novembre 2012, du chef militaire de la branche armée du Hamas, Ahmed Jabari, tué lors d’une frappe aérienne. 
Elimination d'Ahmed Jabari

            Dans ses nouvelles fonctions de directeur du Shin Beth, Argaman sera confronté à quatre défis. Le premier consiste à maintenir le calme à la frontière avec Gaza en surveillant la construction du réseau de tunnels du Hamas, prévus pour des attaques surprises, en Égypte et en Israël. Il doit préparer Israël à tout éventuel conflit avec le Hamas en tant que responsable du renseignement intérieur israélien. Gaza ne doit avoir aucun secret pour les dirigeants israéliens bien que l’infiltration du Hamas soit de plus en plus difficile après l’exécution de nombreux «collaborateurs». 

            Le deuxième défi concerne la Cisjordanie où il devra maintenir une bonne coopération sécuritaire avec l'Autorité palestinienne dont il doit évaluer l’avenir en cas de remplacement de Mahmoud Abbas. L’inquiétude en Cisjordanie concerne les groupes du Hamas et les nouvelles cellules de Daesh, en formation, qui risquent d’être activées. Argaman doit résoudre les problèmes liés à la vague d’attentats au couteau, ces attentats qui ont causé la mort de 28 Israéliens. Chaque partie y voit sa propre explication. Les Palestiniens imputent cette vague d’attentat au désespoir de la jeunesse face au statu quo tandis que les Israéliens estiment que les jeunes sont sous influence néfaste des chefs palestiniens. À lui de fournir une explication tangible qui permettra, peut-être, de résoudre ce problème qui déstabilise la vie dans les cités.  
Attaque terroriste en Egypte

            Le troisième défi concerne la situation au Sinaï car Daesh y est installé depuis plusieurs mois en menant des attaques contre les forces égyptiennes et en revendiquant l’accident d’avion ayant tué plus de 200 personnes. Ces djihadistes menacent de plus en plus la frontière sud d’Israël. Argaman devra organiser des opérations secrètes de renseignement pour préparer Tsahal à prendre, par anticipation, toutes les mesures adéquates pour éviter les infiltrations et les provocations frontalières des djihadistes.
            Enfin, le quatrième défi est totalement israélien puisqu’il concerne les terroristes fanatiques juifs de Cisjordanie qui sont de plus en plus actifs et sous influence de certains partis nationalistes. Leurs actions contre les Arabes attisent les tensions et entraînent des représailles qui pourraient mener à la guerre comme ce fut le cas en 2014. Certes, le terrorisme juif joue à petite échelle mais ses conséquences sont aussi dramatiques que le terrorisme arabe parce qu’il divise la population juive.


            Argaman connaît son métier car sa vie a été entièrement consacrée au renseignement, après avoir grimpé tous les échelons. Mais sa réussite dépend de la latitude qui lui sera donnée par le pouvoir politique, à la fois dans ses contacts politiques mais aussi dans ses échanges sécuritaires.

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