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mercredi 16 mars 2016

La Turquie : l'homme malade par Dov ZERAH



LA TURQUIE : L’HOMME MALADE ?


Le point de Dov ZERAH


            
          En 1853, le Tsar Nicolas 1er qualifiait l’Empire ottoman comme «un homme malade, un homme très malade». Pendant soixante ans, cette expression a été régulièrement reprise pour désigner le Grand Turc. Alliée de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie durant la 1ère guerre mondiale, la Turquie va perdre son Empire. Mustafa Kemal Atatürk a transformé cette défaite en opportunité pour modifier radicalement le pays, et le faire entrer dans la modernité, dans le XXème siècle.



            La doctrine kémaliste repose sur six principes fondamentaux, également dénommés les «six flèches» :
- un État républicain qui a assuré le passage de l’État multinational ottoman en un État–nation turc
- des accents populistes avec le refus de la lutte des classes et des privilèges
- une laïcité «à la française» avec la préoccupation d’empêcher la religion de s’immiscer dans la vie publique, et la promotion des droits pour les femmes
- une démarche révolutionnaire sans aucune possibilité de retour en arrière, avec pour modèle la révolution française
- un nationalisme exacerbé. Pour créer une nation turque, Kemal Atatürk va jusqu’à interdire l’usage de la langue kurde, et à forcer l’assimilation des Kurdes à la communauté nationale. Cette orientation va avoir des effets perceptibles encore aujourd’hui
- une recherche de la modernité avec une économie dirigée par l’État.


            L’installation de la démocratie en 1950 va progressivement remettre en cause certains principes kémalistes, et conduire régulièrement l’armée à intervenir dans la vie publique. Mais, depuis une dizaine d’années, le pouvoir islamo-conservateur de Recep Tayyip Erdogan ne cesse de remettre en cause le kémalisme, avec :
- Des atteintes régulières à la démocratie, comme la mise sous tutelle récente du plus grand journal d’opposition
- Des manifestations du culte de la personnalité comme la construction du palais présidentiel sur 200.000 m² avec 1.000 chambres, ou une université et un stade de football au nom du président
-  Des intrusions régulières de la religion dans le champ politique…


            Mais; le pays est aussi confronté au terrorisme et à la guerre. Dimanche dernier, Ankara, a été à nouveau frappée par un attentat terroriste en plein centre-ville. 34 morts. En cinq mois, c’est le 3ème attaque suicide dans la capitale turque. Au regard des événements qui secouent la région, la Turquie est à la fois :
- Victime, avec l’arrivée sur son territoire depuis quatre cinq ans de 2,5 millions de réfugiés
- Cible des terroristes kurdes ou des agents de l’État islamique
-  Mais également actrice, avec une stratégie qui interpelle.


            Dans la guerre civile syrienne, la Turquie a son propre ennemi, les Kurdes. Les Turcs ont leur propre guerre dans cette guerre ! La crainte de voir les Kurdes obtenir leur État dans l’espace irakien en recomposition pousse les Turcs à combattre les Kurdes au risque d’aider l’État islamique, au risque d’un conflit avec la Russie. Les Turcs n’ont pas hésité dernièrement à abattre un avion russe qui aurait pénétré leur espace aérien, ce qui a conduit la Russie à prendre des sanctions économiques contre la Turquie.
            Ce parti pris guerrier met le pays en fragilité. La guerre, les sanctions, les attentats terroristes affaiblissent une économie encore sur un sentier de croissance de 4 % grâce à une politique de grands travaux publics. Au prix d’un accroissement de l’endettement public, les autorités ont lancé la construction de milliers de kilomètres de voie de chemin de fer, de trois centrales nucléaires, de grands ports, du plus grand aéroport du monde avec le 3ème aéroport d'Istanbul, le tunnel sous le Bosphore, le gazoduc Trans anatolien entre l’Azerbaïdjan et l’Europe...
            Malgré cette croissance qui a fait de la Turquie un émergent, elle a mis en lumière certaines faiblesses de l’économie turque :
- Avec un indice de développement humain à 0,699 en 2011, la Turquie est classée 92ème
-  L’accentuation des disparités entre les catégories sociales et les régions a créé une Turquie à deux vitesses entre les grandes villes de l’ouest et l’est
-          La structure de la production de la Turquie est caractérisée par une trop grande importance des services, près des deux tiers de la richesse nationale, contre un quart pour l’industrie, et moins d’un dixième pour l’agriculture
-  Une recherche et développement insuffisante avec seulement 0,73 % du PIB
-   Une inflation difficilement maîtrisable, avec un taux proche de 9 % en 2015. L’an dernier, la livre turque a atteint son plus bas record face au dollar, après avoir perdu 50% de sa valeur au cours des deux dernières années, ce qui a conduit à des interventions de la Banque centrale.



            La principale vulnérabilité de la Turquie étant sa dépendance aux capitaux et financements étrangers, les autorités doivent gérer avec soin l’endettement, l’inflation, et faire en sorte que guerre et terrorisme ne s’éternisent pas. Sinon, la Turquie risque de redevenir «l’homme malade». Question : l’homme malade de l’Europe ou du Proche-Orient ?

4 commentaires:

Jacques GUGENHEIM a dit…

et oui voila ce que Hollande et sa clique veulent faire entrer dans l'UE, un pays dirigé par un fou .

bakoun a dit…

pauvre Hollande il est même responsable quand c'est madame Merkel
qui est allée négocier toute seule avec Erdogan et qui a remis à l'ordre du jour une reprise des négociations sur l'adhésion à l'Union Européenne!!!

Marianne ARNAUD a dit…

"Homme malade" certes, et c'est tout à l'honneur de monsieur Zerah de se porter à son chevet. Encore faudrait-il ne pas passer sous silence le chantage éhonté auquel Erdogan soumet l'UE et qui fait dire à Johanna Miki Leitner, ministre autrichienne de l'Intérieur : "Je me demande si l'UE n'est pas en train de jeter ses valeurs par-dessus bord ?"

Georges KABI a dit…

La derniere question de Dov Zerah est bien la bonne: la Turquie homme malade de l'Europe ou du Proche-Orient? La Turquie a recommence son forcing d'etre acceptee d'ans l'UE. Elle a une arme redoutable en cas de refus: des millions de refugies installes precairement en Turquie pourraient etre pousses en direction de l'Europe, incapable et d'enrayer ce processus et d'absorber ces gens. Au dela de ces refugies, la Turquie pourrait aussi pousser les populations kurdes a s'afoindre a ces refugies, Pensez y: il y a environ 15 millions de Kurdes en Turquie!