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mercredi 10 février 2016

Les travaillistes en panne d'idées innovantes



LES TRAVAILLISTES EN PANNE D’IDÉES INNOVANTES

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps

            

          Le parti travailliste n’a rien trouvé de mieux que de faire appel à un vieux cheval de retour pour muscler son écurie. Amir Peretz, l’ancien syndicaliste, l’ancien secrétaire général du parti, l’ancien ministre de la défense qui a imposé le dôme de fer, revient au parti après lui avoir fait des infidélités en rejoignant le parti Hatnoua de Tsipi Livni. Ce n’est certainement pas avec ce genre d’apport que le parti travailliste pourra se présenter comme une nouvelle force politique d’alternance. Il ne peut à la rigueur que servir de force d’appoint pour un nouveau gouvernement Netanyahou.




            Il doit inventer de nouveaux concepts politiques car le clivage droite-gauche a perdu toute pertinence en Israël.  À quelques exceptions, tous les partis sionistes se rejoignent sur les problèmes sécuritaires mais les divergences s’expriment surtout sur les problèmes économiques qui devraient constituer le cheval de bataille du parti. Herzog veut modifier l’orientation du parti alors qu’il faut d'abord changer les hommes. Le 7 février, le comité directeur des Travaillistes s'est réuni pour discuter du programme politique et diplomatique du Parti. Un plan modéré de séparation d'avec les Palestiniens a été voté sans que le mot «paix» ne figure dans la motion. 
          Comme toujours à gauche, le consensus est obligatoire. Alors on choisit le plus petit dénominateur commun entre tous les plans de paix présentés par les députés et les militants. Le programme sous-entend que la paix n'est pas accessible dans l’immédiat mais le parti est contraint d'exister pour réagir face au gouvernement de Benjamin Netanyahou. Il propose donc «une alternative à l'immobilisme et à l'impuissance du gouvernement face à la troisième intifada». Les Travaillistes sont les seuls à utiliser la notion d’Intifada alors que tous les observateurs et historiens se retrouvent pour ne pas qualifier les émeutes actuelles de troisième Intifada. En effet, l’Autorité palestinienne ne coordonne pas les émeutes même si elle les traite avec un a priori favorable. Aucun chef de la Mouquata ne s’affiche ouvertement à la tête des manifestants comme jadis Marwan Barghouti, chef politique et militaire du Fatah.
Qui a dit que nous n'étions pas une opposition combative ?

            Yitzhak Herzog rêve d’un «Parti démocratique israélien» de centre-gauche, à la sauce américaine pensant qu’il suffit de modifier l’intitulé d’un parti pour le mener à la victoire. Il est vrai qu’il a réagi au projet de Netanyahou qui a été le premier à songer à fonder un «parti républicain israélien» en incorporant au Likoud, les sionistes religieux et les partis orthodoxes afin de s’assurer le poste de premier ministre pour une ou deux autres mandatures. Herzog n’a pas innové puisqu’il s’est contenté de donner la réplique à la droite : «Je veux dire que la seule façon de changer la scène politique israélienne consiste à unir nos forces avec de nombreux éléments ensemble sous la houlette du parti travailliste. Nous allons nous battre pour nos valeurs. Plus que jamais notre voix est nécessaire. Si Netanyahou était encore une fois réélu, Israël finirait par devenir l’État binational Israelstan».
            Herzog s’agite et ses gesticulations tout azimut donnent une impression de désordre. Ainsi il veut calmer les tensions avec la Jordanie sur le Mont du Temple et restaurer les pourparlers avec les Palestiniens car «il y a une convergence d'intérêts entre Israël et les États arabes avec qui nous partageons la peur de l'expansion de l'État islamique et du tigre affamé d'Iran qui marche hors de la cage». Il s'aligne ainsi sur les préoccupations sécuritaires de la droite en négligeant les intérêts des classes défavorisées. 
          Lors de la conférence d’Aroutz Sheva, Herzog a estimé que les dirigeants de droite n’ont pas de solution : «Israël doit adopter son plan ou devenir un État binational». Il prône un plan de séparation des Arabes palestiniens impliquant une division unilatérale d’Israël : «Hier, le parti travailliste a pris la décision la plus importante, à l’unanimité, bien sûr. Tant que Benjamin Netanyahou et Abou Mazen resteront au pouvoir, il sera impossible de parvenir à une solution à deux États. Le Parti travailliste est pour une partition immédiate de la terre d’Israël, sur le modèle du retrait unilatéral de Gaza». Vaste programme, comme dirait l’autre.
            Pourtant les sujets économiques sont préoccupants et Herzog reste atone sur ces questions alors qu’il pourrait facilement marquer sa différence.  En janvier, les recettes fiscales ont augmenté de 8% tandis que la taxe d'achat sur les voitures a connu une flambée de 133%. La collecte d’impôts a entraîné un excédent budgétaire de 3,9 milliards de shekels. C’était l’occasion de mettre à l’épreuve le gouvernement sur des questions immédiates qui intéressent vraiment les citoyens israéliens. 
          Certes le budget 2016 prévoit un déficit annuel de 35 milliards, soit 2,9% du PIB. Or pour l’instant la réalité est plus optimiste puisque le déficit au cours des douze derniers mois s’élève à 2,2% du PIB. Nous sommes loin des 3% imposés en Europe et qui ne sont pas respectés par la plupart des pays de l’U.E. Il y a donc des marges de budgets disponibles pour une véritable action sociale quand on sait que plus de la moitié des Israéliens ont des salaires inférieurs au seuil d'imposition. Il ne faut pas être un grand économiste pour avoir des idées sur la réorientation de ces surplus de collecte de taxes sur les cigarettes (+36%), de Tva (+7%) et de taxes foncières (+29%).

            Herzog doit savoir que Yaïr Lapid est en embuscade pour le leadership du centre et qu’il fait les yeux doux à l'ancien chef d'Etat-major Gabi Ashkénazi  pour muscler sa liste en lui proposant une bonne place, voire la première. Il doit exploiter la déception des électeurs face aux promesses sociales non tenues par Moshé Kahlon qui n’a fait qu’illusion depuis qu’il dirige son ministère. D’ailleurs selon les sondages, s’il se présentait aujourd’hui, son parti Koulanou n’obtiendrait que 4 sièges au lieu de 10 actuellement. Cette déperdition de voix ne semble pas profiter aux Travaillistes qui persistent à avoir à leur tête une erreur de casting et qui rétrograderaient à peine à 10 sièges. Mais Herzog n’est pas prêt à céder sa place, même s’il doit emporter le parti dans sa chute. Le Likoud resterait à 30 sièges et Lieberman progresserait avec 9 députés. Le véritable gagnant serait Yesh Atid qui retrouverait ses 18 sièges de son premier mandat.

            D’ailleurs certains militants travaillistes ont perçu le danger et déjà ils envisagent l’éclatement du parti. La députée Shelly Yacimovitch reste elle-aussi hors-sujet en attaquant Yitzhak Herzog sur le conflit israélo-palestinien, la dernière préoccupation des citoyens israéliens moyens. Les Israéliens s’inquiètent d’abord de la poursuite des attentats et savent que les finances de l’État sont en danger. Si les surplus budgétaires sont effectifs, la croissance économique israélienne est en berne, en dessous de celle d’Espagne et de la Grèce. Les seuls pays ayant des taux de croissance plus faibles sont la France, avec une croissance presque nulle, et le Japon, avec une croissance négative de 1,6%.


            Moshé Kahlon s’est engagé à prendre des mesures pour améliorer la performance économique d'Israël, en particulier dans le domaine des exportations industrielles. Mais pour l’instant il reste dans le domaine des incantations. Ce n’est pas pour autant que les Travaillistes exploitent cette situation. La seule décision qui vient d’être prise est d’avancer de trois mois les primaires du parti de quoi mettre en évidence les clivages au sein d’un parti qui n’est pas bien tenu et anticiper les guerres intestines.

3 commentaires:

Georges KABI a dit…

Dans une democratie normale, le chef d'un parti qui perd aux elections generales demissionne. Cela n'est pas le cas de Herzog. Et sa stature fluette, son service militaire tres commun, son activite professionnelle (il est avocat), tout cela n'attire pas grand monde.

David SILICE a dit…

Les travaillistes sont en panne d'idées tout court! Il n'y a rien eu d'innovant dans ce parti sclérosé depuis 1993.

andre a dit…

Il reste aux travaillistes la vieille gloire , celle de la " gôche" généreuse et intellectuelle . Mais tout s'est craquelé et on ne voit plus que les médiocres et leurs ambitions.
Il n'y a plus rien à contester à la droite, la sécurité et l'identité sont maintenues au mieux et il reste un surplus budgétaire à répartir : pas de quoi enthousiasmer les électeurs de savoir si ce sont les jeunes couples ou les familles qui devraient être prioritaires.
Un pays assiégé doit avoir un chef de guerre, un leader incontestable . Que les Travaillistes le trouvent et que les électeurs lui accordent leur confiance , alors il pourrait y avoir alternance.
Pour l'heure, le peuple a choisi la droite et elle a eu raison.