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mercredi 10 février 2016

Lazare Rachline, le héros silencieux



LAZARE RACHLINE, LE HÉROS SILENCIEUX

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps

Inspiré de l'ouvrage de François Rachline "Les silences d'un résistant"
Editions Albin Michel 

            




          Rares sont les Français qui ont entendu parler de ce héros juif de la Résistance française. Et pour cause, il a fallu attendre le 17 juin 2014 pour que la Mairie de Paris décide d’honorer son souvenir en donnant son nom au jardin de l’hôtel de Donon qui abrite le musée Cognaq Jay, dans le 3e arrondissement. L’inauguration a eu lieu le 5 février 2016 en présence de Robert Badinter.


Jardin Lazare

          Lazare Rachline, né le 25 décembre 1905 à Niji Novgorod en Russie, est arrivé en France un an plus tard, son père ayant décidé de s'y installer pour échapper aux pogroms. Il travailla très jeune dans la fabrique de literie de son père tout en poursuivant des études au CNAM (Conservatoire National des Arts et Métiers) ce qui lui permettra d’obtenir le diplôme d’ingénieur. 


          Il s’engagea politiquement très jeune et milita contre le racisme et l’antisémitisme. Son premier article contre l’antisémitisme date du 20 décembre 1927 sous le pseudonyme de Lazrach où, à 22 ans, il cherche à démontrer par la logique l'inexistence de Dieu. C’est d’ailleurs cette année-là qu’il présida aux côtés de Bernard Lecache à la création de la Ligue internationale contre l’antisémitisme qui deviendra en 1932 la Ligue contre le racisme et l’antisémitisme puis la LICRA en 1979. En 1931, les frères Rachline rachètent à leur père l’atelier de fabrication de lits situé 259, boulevard Ornano. En 1938, il demanda et obtint la naturalisation française. 
Stalag IV-B

          Ce petit industriel va s’affirmer comme un grand chef de guerre. Alors que, père de trois enfants, il bénéficiait d’une mobilisation en 1939 à proximité de sa famille, il exigea d’être envoyé au front. Il sera fait prisonnier par les Allemands le 21 juin 1940 à Bruyères, dans les Vosges, puis transféré au Stalag IV-B situé près de Mühlberg, à 600 kilomètres de la frontière française. Le 11 mars 1941, il s’évadera du camp avec Albert Jacquelin pour retrouver sa famille à Brive-la-Gaillarde. 

          Il s’engagea alors dans la résistance, sous le nom de Lucien Rachet, au sein de Libération-Sud avec Daniel Mayer et Emmanuel d’Astier de la Vigerie. Il fut recruté par Haïm Victor Gerson, agent secret britannique du SOE (Special Operations Executive), qui mit en place en France une ligne d'évasion, appelée ligne VIC. Il organisa ainsi, le 16 juillet 1942, l'évasion de onze prisonniers du camp de Mauzac qui comptaient parmi eux six agents secrets venus d’Angleterre et parachutés, un agent venu d’Angleterre par bateau, et quatre Français, dont son ami le député Jean Pierre-Bloch. Il prit ensuite la direction du réseau Alexandre-Vic grâce auquel de nombreuses personnalités, des dizaines d'aviateurs et agents, notamment britanniques purent rejoindre Londres en toute sécurité. Le régime de Vichy décida alors de le déchoir de sa nationalité française. 
Avec Vic Gerson

          Suite à sa condamnation à mort par contumace par un tribunal allemand, les services britanniques décidèrent, en juillet 1943, de faire revenir Lazare Rachline qui était en mission en France. Avec Marcel Bleustein, alias Blanchet, ils gagnèrent Londres par l’Espagne, après avoir traversé les Pyrénées à pied. Il rejoint alors le général de Gaulle qui lui donne la charge de la section non militaire (NM) du Bureau central de renseignements et d'action (BCRA). 
          En février 1944, à Alger, le Général de Gaulle lui confia personnellement la «mission clé». Sous le pseudonyme de Socrate, il a été chargé de restructurer en France l’ensemble de la Résistance intérieure, et notamment de mettre en place les responsables civils pour s’assurer que les Communistes et les Alliés ne prendront pas le pouvoir dans la France libérée. Socrate désignera Jacques Chaban-Delmas, avec le grade de général, délégué militaire national chargé de la coordination militaire sur l’ensemble du territoire. Il est l’un des derniers à avoir vu Jacques Bingen. En effet le délégué du général de Gaulle auprès de la Résistance intérieure française, fut arrêté par la Gestapo le 12 mai 1944 mais il préféra se suicider pour ne pas parler. Rachline avait pourtant tout fait, en vain, pour le ramener à Londres mais Bingen s'obstina à rester en France. 
              Rachline ne rechercha jamais les fonctions d’État. Ainsi en juillet 1944, il refusa le poste de directeur de la Sûreté nationale et celui de Préfet de police de Paris. Il arriva à Paris le 25 août 1944 et participa aux combats pour la libération de la capitale. Nommé commissaire de la République, il démissionna de toutes ses fonctions quand il apprit la mort de son frère Vila (Renaudin, Victor), qui avait pris sa suite à la tête du réseau d'évasion VIC. La Gestapo le tortura pendant quatre jours sans obtenir d’informations. Il avait été fusillé à la mitrailleuse près de Lyon.

          Rachline reprendra alors la direction de son affaire industrielle, les Usines métallurgiques de literie. Mais comble de l'oubli du général de Gaulle, son nom ne figure pas sur la liste des Compagnons de la Libération. D’ailleurs il n’appréciait pas trop les honneurs. Quand on voulait l’honorer ou juste l’inciter à parler il répondait toujours : «Les vrais héros sont morts». 
          Il retourna à ses premières amours du journalisme. Il fonda le journal Point de Vue avec Marcel Bleustein-Blanchet et épaula Jean-Jacques Servan-Schreiber pour lancer l'Express. Parallèlement à ses actions et fonctions, il n’a jamais cessé de soutenir la création de l'État d'Israël, puis de défendre le jeune État, en toute circonstance. D’ailleurs il prononça dans ce sens son dernier discours, le 31 mai 1967, avant son décès le 25 janvier 1968 à 62 ans. À cette occasion sa femme reçut une lettre de condoléances du Général de Gaulle : «Lucien Rachet avait servi de façon exemplaire à l’époque où c’était le plus difficile et le plus méritoire, manifestant au combat, dans la Résistance et dans ses fonctions de Délégué du Gouvernement provisoire, les plus éminentes qualités de courage et de dévouement. Je garderai fidèlement son souvenir».


          Il a fallu attendre 2016 pour que Paris, qu’il avait aidé à libérer, se souvienne de lui, 48 ans après sa mort. 

P.S Merci à François Heilbronn de nous avoir rappelé l'épopée de ce grand homme

2 commentaires:

Yossef NAMAN a dit…

Merci de nous avoir permis de connaître ce Héros.

David a dit…

Merci M. Benillouche pour l'évocation de ce héros inconnu !
les héros juifs de la résistance furent très nombreux :
Marcel Rayman de la FTP-MOI dont un square porte le nom dans le 11ème à Paris, Colonel Gilles (Joseph Epstein),un ancien des brigades internationales,responsable de tous les FTPF et FTP-MOI de la région parisienne qui créa véritablement le concept de guérilla urbaine, et tant d'autres...
Paix à leur âme !