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jeudi 4 février 2016

Chantage à la négociation avec les Palestiniens



CHANTAGE À LA NÉGOCIATION AVEC LES PALESTINIENS

Par Jacques BENILLOUCHE

copyright © Temps et Contretemps

            

          Le processus de paix israélo-palestinien est moribond depuis plusieurs années parce que les deux parties semblent se satisfaire du statu quo. Les uns parce qu’il permet de maintenir une coalition hétéroclite qui peut sauter au moindre coup de vent, les autres parce qu’il évite d’avoir à choisir entre le Fatah et le Hamas. Les États-Unis avec Barack Obama ont renoncé à intervenir pour relancer des négociations dont personne ne veut mais l’Europe garde espoir de mettre Palestiniens et Israéliens à la même table. Cependant il manque aux deux parties, une base de travail, des propositions écrites et concrètes pour entamer le débat.




            Les Israéliens et les Palestiniens n’arrivent pas à s’entendre sur la méthode à suivre pour résoudre un problème qui perdure alors qu’il engendre tous les jours des morts et des blessés, juifs et arabes, 30 morts juifs en dix mois. Beaucoup de hautes personnalités israéliennes ont souvent convenu qu’un arbitre de bonne foi est indispensable pour tenter de rapprocher les deux thèses. Or, l’Europe, qui détient des atouts inestimables, ne s’est pas suffisamment investie de crainte de mécontenter ses clients arabes ou ses fournisseurs de pétrole.
            La France vient de décider d’agir seule pour faire bouger la situation. L’initiative est louable mais elle doit être tempérée car elle est assortie d’un ultimatum inadmissible. En fustigeant et en menaçant a priori l’une des parties sans impliquer l'autre, elle prend position dans un débat qui devient faussé. L’arbitre se transforme d’entrée de jeu en avocat, sinon en complice des Palestiniens. Le ministre français des affaires étrangères, Laurent Fabius, démontre ainsi une méconnaissance de la mentalité israélienne qui ne souffre d’aucun chantage. Il a affirmé que son gouvernement reconnaîtra officiellement l'État de Palestine si les efforts au cours des prochaines semaines pour sortir de l'impasse israélo-palestinienne échouent. Cette reconnaissance revient à prendre parti pour les Palestiniens et à punir d'office les Israéliens seuls responsables de l’échec des négociations.

            À défaut d’être une faute, cette déclaration reflète une maladresse évidente : «La France va engager dans les prochaines semaines les préparatifs d'une conférence internationale réunissant les parties et leurs principaux partenaires, américains, européens, arabes, pour faire passer la solution de deux États». En tant que membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU, la France est en droit de poursuivre les efforts visant à trouver une solution entre Israël et les Palestiniens. L’initiative est notable mais pourquoi brandir des menaces quand elles sonnent creux car Israël a déjà subi la reconnaissance de l’État de Palestine de la part de 135 pays, sans que des effets notables ne soient perceptibles.
            Les Américains ont accueilli la nouvelle avec froideur, scepticisme et politesse : «Nous sommes conscients des remarques du ministre des Affaires étrangères Fabius.  On ne va pas spéculer sur la conférence proposée. Nous continuons évidemment à nous engager avec nos partenaires pour trouver une manière constructive de faire progresser notre objectif commun d'une solution à deux États. La position américaine sur cette question est claire. Nous continuons de croire que le chemin préféré pour résoudre ce conflit est que les parties parviennent directement à un accord sur les questions du statut final».
Gouvernement palestinien

            La France n’envisage certainement pas de soumettre une nouvelle résolution qui rejoindra toutes celles qui ont été votées auparavant et qui n’ont pas fait avancer la situation d’un pouce. La reconnaissance unilatérale de la Palestine par la France ne pourra pas générer d’effets concrets. Elle donnera certes une certaine légitimité aux dirigeants palestiniens corrompus qui s’accrochent à leurs fauteuils en bloquant toute démocratie et en écartant les candidats intègres. La France aurait au contraire intérêt à faire émerger un dirigeant palestinien charismatique qui se distinguera de ses prédécesseurs avides de pouvoir et d’argent.
Zone C en marron entièrement sous contrôle et administration israéliens

            Reconnaître un État, c’est généreux ; mais de quel État s’agit-il ? Un État est symbolisé par des armoiries, un emblème, un hymne national, des textes fondateurs, une armée, une monnaie et surtout des frontières bien définies et reconnues. Beaucoup de ces éléments manquent à cette Palestine qui vient de faire flotter son drapeau à l’ONU mais qui hésite entre l’emblème du Fatah et celui du Hamas. Celui du Fatah n’a pas cours à Gaza et il y est même interdit.
            Il faudrait aussi que les États européens aient une politique commune sur la question palestinienne alors que, incapables de s'organiser, ils adoptent des résolutions en ordre dispersé. Ainsi pour le vote du 10 septembre 2015 donnant à la Palestine le statut d’État observateur non membre de l'ONU, la France a voté pour, de même que la Suède, mais l’Allemagne s’est abstenue, tout comme l’Autriche, la Finlande, les Pays-Bas ou Chypre. Les États-Unis et Israël ont voté contre la résolution. Dans une déclaration unilatérale à l’ONU, pointant lui-aussi un seul coupable, l’ambassadeur français François Delattre avait fait valoir que «ce drapeau est un symbole fort, une lueur d’espoir pour les Palestiniens au moment où le processus de paix est en panne et où Israël poursuit une colonisation illégale en Cisjordanie».
François Delattre

            Israël avait peu réagi à l'époque, comme aujourd’hui d’ailleurs face à la déclaration de Laurent Fabius considérée comme un non-événement. Des officiels israéliens pensent que le Fatah et le Hamas doivent d’abord accorder leurs violons avant de discuter d'une même voix avec Israël. L’accord de réconciliation entre «frères» signé au Caire en 2011 n’a pas obtenu les prémices d’un début de réalisation. En désignant  à la vindicte internationale et en menaçant l’une des deux parties, la France pointe du doigt le seul coupable israélien et absout les Palestiniens. 

          Il est vrai que Benjamin Netanyahou, enchaîné par les membres nationalistes de sa coalition, n’a rien proposé, ne bouge pas, n’évolue pas, aidé en cela par une opposition amorphe et inaudible, dirigée par un leader travailliste qui oscille entre l’inconfort de l’opposition et l’attrait d’un portefeuille ministériel. Netanyahou estime que la sécurité de l’État juif risque d’être écornée par un abandon d’une partie de la Cisjordanie et il s’oriente de plus en plus vers un État binational ce qui fait réagir négativement les Européens. 
          Il laisse prospérer des nationalistes juifs messianiques qui lui interdisent de céder quelques arpents de la Jérusalem arabe pour maintenir sous juridiction juive les villages arabes et les camps de réfugiés palestiniens de la périphérie de Jérusalem, des nids de terroristes de plus en plus violents, à plusieurs kms de la capitale «une et indivisible». Mais Netanyahou peaufine son caractère ambivalent en ne décidant rien pour le statut des territoires alors que, si ses convictions personnelles l’exigeaient, il devrait annexer tout ou partie de la Cisjordanie, au moins la zone C comme le lui demande la droite nationaliste.
Projet Lieberman de rattacher les villages arabes israéliens  (en marron) à la Cisjordanie

            Il est vrai aussi que les Palestiniens portent leur part de responsabilité. Ils n’ont pas fait évoluer leurs exigences et leur intransigeance pour les rendre plus lisses et plus acceptables. Ils imposent toujours et encore le retour de tous les réfugiés de 1948 et de leurs enfants au sein d’Israël.  Ils refusent toute concession territoriale même si elle est compensée par la cession de villages arabes israéliens. Au lieu d’arbitrer par chantage interposé, les Français doivent rendre le peuple palestinien indépendant et lui donner les moyens de réaliser cette autonomie en créant les conditions pour que le peuple libère son énergie. 

          Mais ce défi impose d’abord des réformes structurelles pour diversifier une économie trop dépendante de l’économie israélienne. Pour cela il faudrait réorganiser les infrastructures de la Cisjordanie, moderniser les écoles, construire des routes, ouvrir des d’hôpitaux, créer des industries et tendre vers une indépendance énergétique. La politique agricole, qui souffre d’une anarchie liée à la déstructuration du monde rural, doit cibler la modernisation des outils des paysans. Mais les dons reçus ont été gaspillés ou sont entrés dans les poches des dirigeants. La Palestine a donc besoin de l’Occident pour éradiquer la corruption. L’argent ne manque pas, surtout l’argent européen, mais trop d’argent est détourné pour rejoindre les coffres des banques européennes.
Yaïr Lapid


            Laurent Fabius aurait dû être un véritable arbitre faiseur de paix. A l’image de son ministère, qui depuis 1958 adopte des décisions partiales, il risque de conduire à nouveau vers une impasse.  Le député centriste Yaïr Lapid a le mieux appréhendé la situation en déclarant : «Israël ne peut pas être contraint à des négociations. Nous ne pouvons pas être traînés à la table des négociations sous la menace car aucune nation souveraine ne pourrait l’accepter. Nous avons besoin d'entamer des négociations selon nos conditions et notre calendrier. Il faut comprendre qu’il n’est pas question pour nous d’absorber 3,5 millions de Palestiniens».  Mais il a profité de sa déclaration pour égratigner le premier ministre : «Cela souligne une grave détérioration de notre position internationale. Cela ne serait pas arrivé dans le passé. Un membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies n’aurait pas annoncé la reconnaissance unilatérale d'un État palestinien sans en discuter d'abord avec nous».      

6 commentaires:

Paule ALFON a dit…

C'est évident ,c'est un chantage éhonté de la France !!!

Georges KABI a dit…

Parmi les membres permanents du Conseil de Securite, 2 sont automatiquement du cote palestinien: la Russie et la Chine, un hesite, la Grande-Bretagne, un menace, la France et un est dans l'expectative, attendant probablement les resultats des elections presidentielles. Si c'est Hilary qui l'emporte, c'est toute la polique etrangere d'Obama qui sera confortee, et dans ce cas la il est probable que les USA rejoignent la Chine et la Russie.
Dans ce cas, mais ce ne sera pas avant 2017, Israel pourrait se retouver dans une position tres inconfortable, D'autant plus que personne n'a trouve ou meme vraiment cherche une solution efficace contre l'essor exponentiel de l'Islam, aussi sacrifier une vixtime expiatoire pourrait etre ideal

Michel LEVY a dit…

Par ce que les palestiniens refusent d'avoir des villages juifs en Palestine. Donc les israéliens ne peuvent pas dire aux juifs qui veulent habiter à Hébron par exemple, en cas de paix vous serez des juifs palestiniens, comme il existe des arabes israéliens.
En réalité la Palestine et Israël c'est le même pays, transformer l'ensemble en une confédérations de cantons à la Suisse serait théoriquement la meilleure solution, mais elle présuppose une volonté d'accepter son voisin, de vivre en paix, et former une sorte de nouvelle nation. Ce souhait n'existe pas, et l'éducation, comme les médias enseignent l'antisémitisme et un irrédentisme haineux aux arabes.
Avec la haine, il n'y a pas de solution.

Véronique ALLOUCHE a dit…

Le chantage de monsieur Fabius n'est rien d'autre que de séduire l'électorat des musulmans en France. Le gouvernement a besoin de se faire pardonner auprès d'eux ses déclarations contre les islamistes ainsi que ses combats menés en Syrie.
Décidément la gauche n'a pas plus d'état d'âme que la droite, mais au moins cette dernière ne fait pas semblant d'en avoir.
Bien cordialement
Véronique Allouche

Marianne ARNAUD a dit…

Pour apporter de l'eau au moulin du commentaire de Véronique Allouche, dans son chapitre 10, intitulé : "Opération liquidation. La France doit disparaître." Malika Sorel cite le rapport de Terra Nova - le laboratoire d'idées de la gauche - publié en mai 2011 en prévision de la présidentielle de 2012 : "... La population des Français issus de l'immigration est en expansion démographique et en mutation identitaire : en 2006, près de 150 000 acquisitions de la nationalité française ont été accordées, en augmentation de 60 % par rapport à 1995. Dans l'hypothèse d'une continuation à l'identique, ce sont entre 500 000 et 750 000 nouveaux électeurs, naturalisés entre 2007 et 2012, qui pourront participer au prochain scrutin présidentiel sans avoir pu participer au précédent...Dans ces conditions, la dynamique démographique est très favorable à la gauche."
CQFD !

andre a dit…

Véronique Allouche et Marianne Arnaud voient juste. Tout ce qui est dit, tout ce qui se fait , absolument tout ne vise qu'un seul but : faire réélire François Hollande .il a été élu en 2012 en bénéficiant de 90% des suffrages des musulmans de France et le soir de son élection il n'y avait dans la rue que des drapeaux algériens, marocains, tunisiens. Il en a bien besoin du vote musulman . Il a ordonné cette mascarade d'un arbitre qui annonce à l'avance sa décision ! Pitoyable.