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mardi 26 janvier 2016

ASHKÉNAZI seul espoir de la gauche et du centre



ASHKÉNAZI SEUL ESPOIR DE LA GAUCHE ET DU CENTRE

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps

           
            
          L’ancien chef d’État-major israélien, Gabi Ashkenazi, pourrait-il être le sauveur de la Gauche ou du Centre ? C’est la question qui se pose à présent que le procureur général, Yehouda Weinstein, a décidé  de classer l’affaire dans laquelle Gabi Ashkénazi avait été poursuivi dans le cadre de l’affaire Harpaz. Il est à présent établi qu’il n’était pas impliqué dans le faux document qui mettait en cause le ministère de la défense.



            Le centriste Yaïr Lapid ou le travailliste Yitzhak Herzog seraient prêts à lui proposer la seconde place sur leurs listes mais cela ne semble pas correspondre aux prétentions du seul homme fort du moment. Les Travaillistes ont perdu toutes les dernières élections avec de gros écarts, par suite d’une erreur de casting sur leur tête de liste, Itzhak Herzog, qui n’avait ni la carrure et ni le charisme pour mener le parti au combat. Par ailleurs ils manquaient de candidats pouvant apporter une caution sécuritaire dans un pays qui vit en guerre depuis sa création. 
          Le parti a intégré de nombreux participants à la révolution des tentes de 2011, la plupart sans expérience politique, afin d’attirer à lui les jeunes. Mais des idéalistes pacifiques, proches de l’extrême-gauche, réfractaires aux généraux, ont modifié l’esprit du parti qui s’est enfoncé dans l’idéologie. Seul un ancien général pourrait à la rigueur remplacer l’omnipuissant Benjamin Netanyahou parce que les Israéliens aiment être rassurés. Depuis Ben Gourion, ils choisissent souvent un premier ministre issu de l’armée. Cela a été le cas avec Rabin, Barak et Sharon qui ont prouvé que des militaires pouvaient devenir des hauts dirigeants politiques.

            Aujourd’hui le général de réserve Gabi Ashkenazi est libre, à la disposition du peuple israélien s’il lui en faisait la demande. Ses problèmes judiciaires derrière lui, il arrive sur la scène au moment où l’opposition est à la recherche d’une personnalité de poids capable de mettre un terme aux années de gestion du Likoud et de son chef, Benjamin Netanyahou, qui vient d’être désigné seul candidat représentant la droite aux prochaines élections, sans passer par la case des primaires.
            Gabi Ashkenazi est né en Israël d'un père bulgare survivant de la Shoah et d'une mère juive syrienne, un pur séfarade pouvant prétendre pour la première fois à un poste de premier ministre israélien. Il a participé à la guerre du Liban en 1982 et a été le commandant qui a réussi à conquérir le Château de Beaufort au Sud-Liban. Combattant aux multiples réussites, il faisait l’objet d’une adoration de la part de ses soldats à travers son image de combattant de premier ordre, toujours prêt à crapahuter aux côtés de ses hommes. Couvert de médailles, il a toujours été considéré à l’armée comme un excellent opérationnel intègre ne mêlant pas la politique à ses activités militaires.
Ashkenazi Halutz

            Il avait été déçu par Netanyahou lorsque, en 2005, Dan Haloutz lui avait été préféré au poste de chef d’État-Major, certainement pour des raisons politiques ; mais il savait que la bonne étoile ne l’abandonnerait jamais. L’occasion lui a été donnée rapidement le 21 janvier 2007 après la démission de Dan Haloutz, avant le terme de son mandat, pour prix d’une offensive ratée controversée et jugée désastreuse contre le Hezbollah. Ashkenazi avait  alors été rappelé pour reconstruire Tsahal, pour redorer le blason de l'armée et surtout pour rétablir la réputation écornée de ses troupes. Il en avait les moyens car soldat d’infanterie de la brigade Golani,  qu'il commanda en 1986,  il se distinguait de son prédécesseur issu de l'armée de l'Air qui avait la réputation d’être un solitaire, comme tous les pilotes dans leur cockpit.  
            Il avait appris les rouages stratégiques de l’armée comme directeur des opérations de Tsahal et il ne regretta pas sa mise à l’écart de l’État-Major qui lui donna l’occasion de se frotter à la haute politique comme directeur du ministère de la défense. Il connaissait parfaitement le dossier libanais pour avoir été commandant militaire de la région Nord dès 1998. Son expertise le mena à un conflit ouvert avec le ministre de la défense, Ehud Barak, parce qu’il était contre le retrait unilatéral du sud-Liban qu’il supervisa cependant, par obéissance au pouvoir civil. Il prônait d’abord des négociations avec la Syrie avant tout retrait du Liban.
Raid Entebbe Ashkenazi dans la voiture

            Ashkenazi a un palmarès militaire élogieux; il avait participé à la guerre de Kippour en 1973, au raid d’Entebbe en juillet 1976, à l’opération Litani en mars 1978, à la guerre du Liban, à la première et seconde Intifada, à la guerre de Gaza de 2008-2009 et avait occupé le poste de commandant militaire de la région nord. Il avait une réputation de dur mais aussi de réaliste et de pragmatique face aux problèmes que devait affronter Israël. Le 25 décembre 2008, il avait analysé la situation à Gaza : «Nous devrons utiliser le maximum de notre force afin de toucher les infrastructures terroristes et modifier les conditions sécuritaires autour de la bande de Gaza. Ici, près de nous, à quelques kilomètres à peine, le Hamas perturbe sérieusement la vie des citoyens israéliens vivant dans le sud du pays, en tirant des dizaines de roquettes et en cherchant ainsi à semer la peur au sein de la population civile, hommes, femmes et enfants».
            Par expérience sur le terrain, il était devenu sceptique sur l’opportunité d’une opération terrestre d’envergure contre le Hamas car, selon lui, elle risquait d’embourber Tsahal dans la bande de Gaza sans nécessairement parvenir à faire cesser les tirs de roquettes vers Israël. Son honnêteté intellectuelle le poussait à jauger ses échecs. Ainsi le 11 août 2010 il avait admis, auprès d'une commission d'enquête israélienne, sa responsabilité dans les erreurs commises lors de l'abordage de la flottille pour Gaza qui avait conduit à la mort de neuf Turcs.
            Dans une vidéo volée, il avait reconnu que l’État hébreu avait pris part aux attaques informatiques menées contre des installations nucléaires iraniennes. Selon lui,  Israël serait bel et bien derrière le cyber-sabotage de juillet 2010 qui aurait retardé de plusieurs mois le programme nucléaire de l'Iran. Lors de son pot de départ à la retraite, il avait révélé être à l’initiative de Stuxnet, le logiciel malveillant qui avait perturbé le fonctionnement des installations nucléaires de Natanz, dans le centre de l'Iran.
            Il est extrêmement populaire auprès des soldats et des Israéliens qui lui sont redevables de la réorganisation de l’armée après le coup de massue de la guerre du Liban de 2006 qui avait mis en évidence de nombreux disfonctionnements.  Ses relations avec le ministre de la défense Ehud Barak étaient notoirement très mauvaises pour que son mandat ne fût pas prolongé comme il était de coutume. La guérilla entre ces deux hauts personnages,  commencée au moment du désengagement du Liban, avait causé de profonds remous dans l’establishment militaire.

            Une carrière politique s’ouvre à lui face à Netanyahou qui se lance pour un cinquième mandat de premier ministre qui risque de se trouver face à un candidat d’une autre trempe que celle de ses adversaires habituels, un concurrent sérieux qui n'ignore rien de la sécurité d'Israël, un thème cher au Likoud qui fait souvent tomber les candidats travaillistes.
            Seul un grand parti comme le parti travailliste est en mesure de lui permettre d’atteindre le sommet mais le leader actuel du parti, Yitzhak Herzog, pourrait refuser de lui céder sa place en le bloquant par le système des primaires. Mais le parti n’a pas le choix s’il veut retourner aux affaires, sans jouer le rôle de force d’appoint pour la droite. Pour l’instant Herzog  n’existe plus politiquement et sa voix reste résolument inaudible dans un parti atone. Sans parler du conflit interne qui vient d'éclater. La députée Shelly Yachimovich a attaqué le président du parti, Yitzhak Herzog, en affirmant que ses récentes déclarations aux médias sur le conflit israélo-palestinien ne sont pas coordonnées avec celles des membres du parti travailliste. C'est dire si un leader rassembleur est nécessaire pour mettre de l'ordre parmi les militants.


          Les sondages placent Ashkénazi au sommet de sa popularité, très loin devant tous les autres candidats. Il pourrait s’entendre avec le centriste Yaïr Lapid avec qui il a entamé des discussions, mais les egos sont surdimensionnés. Ashkenazi ne cache pas ses idées de gauche et sa volonté d’un accord avec les Palestiniens. Il s’est par ailleurs toujours opposé à une attaque militaire contre l’Iran dont il mesurait avec ses collègues sécuritaires les conséquences, ce qui avait détérioré ses relations avec le premier ministre Netanyahou.  Il est persuadé que le danger primordial ne vient pas d'Iran mais du Nord, une zone qu’il connaît parfaitement pour l’avoir commandée et labourée avec ses fantassins.
            Pour réussir, Ashkenazi devra prouver qu’il est le potentiel tueur politique de celui  qui avait tout fait pour saboter son ascension militaire. Alors que Netanyahou est seul dans l’arène politique à droite, l’entrée en scène d’Ashkénazi permettra de retrouver les joutes politiques qui ont manqué ces derniers mois. Ce qui augure de belles empoignades en perspective et un réveil d’une classe politique en léthargie depuis qu’il n’y avait plus d’enjeu.

4 commentaires:

David SILICE a dit…

Si Ashkénazi veut entrer dans l'arène, il doit y aller seul en créant son propre parti avec des gens de gauche et du centre. Mais, la gauche n'a toujours pas compris une donnée importante c'est qu'Abbas est un criminel. Le présenter comme un pragmatique et/ou comme un homme de paix est irresponsable. Tant que la gauche refusera de reconnaître qu'il n'y a aucun partenaire pour la paix, elle restera dans l'opposition. Sinon, cher Jacques, je suis d'accord avec votre analyse globale et avec votre analyse du Parti Travailliste, cher à mon coeur, et qui se fourvoye à l'extrême gauche. Les élites du parti sont totalement déconnectées de la réalité. Elles ne se rendent pas compte qu'il y a une vie en dehors de Neve Tzedek.

Gilles ORSELLY a dit…

Que Herzog, qui a le charisme d'une huitre morte, qui ne rassure en rien les israéliens sur les questions sécuritaires et qui incarne un pan plus que minoritaire de la société israélienne ne se range pas d'ailleurs Ashkénazi, seul susceptible de faire bouger les lignes diplomatiques en incarnant la sécurité de l'Etat, et sépharade alors que depuis quarante ans les travaillistes paient leur mépris pour le second Israël, voilà qui montre comment le naufrage d'un individu peut conduire à celui, définitif, de son parti.

andre a dit…

Je n'ai pas compris de qui Ashkenazi doit être le " potentiel tueur": Lapid, Barak ou Natanyahu ?
Sinon il y a là un excellent article qui fait le tour de la question si on y ajoute les 2 premiers commentaires de lecteurs de haut niveau . Kola Kavod!

Michel ALLOUCHE a dit…

Si le parti travailliste decidera de mettre a sa tete Ashkenazi, il aura de bonnes chances de gagner les prochainnes elections. Nombreux sons les supporters du Likoud qui ont ete decus par les dernieres fautes de Netanyahu.