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dimanche 13 décembre 2015

Yossi Cohen, maître espion nommé chef du Mossad



YOSSI COHEN, MAÎTRE ESPION NOMMÉ CHEF DU MOSSAD

Par Jacques BENILLOUCHE

copyright © Temps et Contretemps
           
            
          Le James Bond israélien, au physique d’acteur de cinéma, est né en 1961 à Jérusalem d’une famille religieuse et habite Modiin à 35kms de Tel-Aviv. Après avoir milité au sein de l’organisation de jeunes religieux du Bné Akiva, il a étudié à la Yeshiva (école talmudique) Or Etzion, de tendance orthodoxe, mais il ne porte jamais la kippa en permanence. Son père, Leo, vétéran de l’Irgoun fait partie de la septième génération  de Juifs en Palestine puis en Israël.



Tamir Pardo

            Yossi Cohen est véritablement un maître espion, nommé chef-adjoint du Mossad par Tamir Pardo en mai 2011. Il avait rejoint le Mossad en 1983 après son service militaire comme pilote de chasse et chef des renseignements de l'armée de l'air. Il a occupé le poste de conseiller à la sécurité nationale (NSC) en  août 2013. Le Conseil israélien de sécurité nationale (HaMo'atzah leBitachon leOmi) est l'organe central d'Israël pour la coordination, l'intégration, l'analyse et la surveillance dans le domaine de la sécurité nationale dépendant directement du premier ministre. C’est un organisme consultatif car les décisions sécuritaires sont prises au niveau du Cabinet de sécurité des dix principaux ministres.

            Yossi Cohen vient d’être nommé à la tête du Mossad (Institut pour le renseignement et les opérations spéciales) pour remplacer Tamir Pardo dont le mandat de cinq ans se termine en janvier 2016. C’est un expert vétéran du Mossad qui, durant une trentaine d’années, a beaucoup voyagé. Il fut  un espion de terrain, toujours en mouvement, au point de devenir le spécialiste des cas difficiles. Il était connu à l’Institut sous le sobriquet de «Monsieur Y» ou plutôt Yod (la lettre hébraïque) mais aussi comme le «mannequin» eu égard à son physique de jeune premier. Ses activités à l’étranger consistaient à recruter de nombreux agents pour le Moyen-Orient, l’Europe, l’Afrique et l’Asie du Sud, en appliquant la devise du Mossad : «Par la tromperie, la guerre mèneras».
            Il a dirigé, de 2006 à 2011, ce qu’on pourrait appeler le département des ressources humaines à l’étranger, le département Tzomet (Royaume) qui met l'accent sur le recrutement et la manipulation d'agents et d'informateurs. Dans cette fonction il a été chargé du recrutement des Katsas, les quelques dizaines d’officiers affectés à des opérations spéciales et aux techniques de recrutement d’espions envoyés dans un pays arabe ou musulman, avec une couverture, pour recueillir des informations synthétiques et pour recruter des Arabes rémunérés avec une indemnité de 3.000 à 5.000 dollars par mois.
L'affaire Al-Mabhouh assassiné en 2010 à Dubaï

            Yossi Cohen a été éduqué dans l’art de traiter les affaires par le secret. Avec lui, le Mossad ne sera plus uniquement une agence de renseignements mais une annexe du ministère des affaires étrangères, avec l’Iran comme secteur clé. C’est un proche de Netanyahou et c’est pour cela qu’il a été choisi. Le premier ministre continue ainsi à verrouiller tous les organismes sécuritaires pour mettre des gens à lui aux postes les plus sensibles. Pur hasard ou volonté de satisfaire les sionistes religieux ou les orthodoxes de sa coalition gouvernementale, le chef de la police, le chef du Shabak la sécurité intérieure et le chef du Mossad, tous trois religieux pratiquants, ont été préférés à d'autres candidats laïcs de même compétence et de même qualité. 
Cravate et beau costume

          Le nouveau chef du Mossad inspirera donc la politique étrangère israélienne qui souffre d’une absence de ministre à plein temps et dont le précédent ministre, Avigdor Lieberman, fut persona non grata dans toutes les chancelleries occidentales. Dans son précédent poste au conseil israélien de sécurité, il a beaucoup secondé Netanyahou en étant son émissaire, d’abord auprès des alliés occidentaux mais surtout auprès des pays avec lesquels Israël n’entretient pas de relations diplomatiques, aidé en cela par une connaissance parfaite de l’anglais et de l’arabe.

            En effet, la diplomatie israélienne se fait de plus en plus dans le secret des antichambres royales. Yossi Cohen est très introduit auprès des pays arabes qui partagent ses inquiétudes sur un Iran nucléaire. Avec lui, le Mossad fera évoluer son activité exclusive de recherche de renseignements en se chargeant des approches avec les pays arabes et musulmans, frileux quant à accepter des relations officielles. C’est pourquoi, pour ne pas brusquer ces pays hésitants, Netanyahou a contourné le ministère des affaires étrangères et a préféré utiliser Yossi Cohen, à l’aise dans ses contacts, pour préparer des alliances de convenance et de circonstance avec des capitales arabes, sans chercher à ouvrir des ambassades de manière prématurée.
Israël a mis un pied à Abou Dhabi

            Yossi Cohen est un habitué des palais des monarques et des émirs arabes. Mais contrairement à ses prédécesseurs, il ne s’intégrera pas dans les négociations avec les Palestiniens car pour l’instant il n’y voit aucun avenir. En revanche il fera de l’Iran son objectif principal et il se distinguera de tous ses collègues sécuritaires en soutenant la stratégie de Netanyahou contre l’accord nucléaire, n’excluant pas l’usage de la force. Tous les chefs militaires et sécuritaires israéliens s’étaient jusqu’à présent prononcé ouvertement contre toute frappe contre les installations nucléaires iraniennes. Ils estimaient que Benjamin Netanyahou avait volontairement exagéré la menace iranienne pour contrer la politique internationale de Barack Obama.
            La nomination de Yossi Cohen change la donne car il est perçu comme un dur capable de modifier la stratégie israélienne vis-à-vis de l’Iran. Il s’appuie en effet sur l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Bahreïn, le Maroc et le Koweït, à majorité sunnite, qui ont un intérêt commun avec Israël face à un Iran nucléaire.  Yossi Cohen a déjà parcouru l’ensemble des capitales occidentales pour diffuser la bonne parole du gouvernement israélien. Il vient d’appuyer Netanyahou dans la controverse sur le gaz israélien car il pense que la solution proposée va dans le sens du renforcement  de la sécurité nationale. Par deux fois il a montré ainsi, ce qui est fondamental au Mossad, sa loyauté envers ses dirigeants politiques.
            Fort d’un appui acquis de la part de pays arabes «modérés», qui sont prêts à aider Israël à éradiquer le danger nucléaire iranien, Yossi Cohen fera de l’Iran son cheval de bataille en tant qu’expert. Sa tâche sera facilitée par la confiance personnelle que lui voue le premier ministre. Après les attentats de Paris, de Californie et de Londres, il placera le Mossad en première ligne pour contrer «le sombre islam radical» selon les termes de Netanyahou, afin d’assurer la sécurité nationale d’Israël. L’État juif fait face à de nombreuses menaces venant du Hezbollah libanais, de Daesh en Syrie et en Irak, d’Iran et depuis quelques temps de l’Afrique qui est devenue une source de ravitaillement en armes pour le Hamas et les terroristes du Sinaï.
            Pour faire face à ces défis, Netanyahou avait besoin d’un homme avec des talents à plusieurs facettes, connaissant les hommes et la cybernétique, rompu aux techniques du renseignement mais surtout expert en infiltrations d’agents capables de travailler sous des fausses identités à l’étranger. On lui donne déjà la volonté de réformer le Mossad pour l’ajuster aux défis actuels car les ennemis d’Israël font des progrès dans les techniques les plus sophistiquées. Mais il ne perd pas de vue que l’Institut peut certes susciter la guerre mais aussi favoriser la paix.  

            S’il ne fait aucun doute que Yossi Cohen fera du projet nucléaire iranien la priorité de ses activités, il intensifiera les opérations contre des cibles terroristes, des chefs politiques ou des savants nucléaires travaillant contre Israël. Adoubé par le chef du gouvernement, Yossi Cohen peut aussi exploiter sa qualité de vétéran du Mossad où il a gravi tous les échelons. Il dispose des compétences militaires, diplomatiques et sécuritaires pour envisager l’option militaire contre l’Iran si le pouvoir politique le décidait. C’est ce qui le distingue de ses prédécesseurs qui avaient choisi la voie de la négociation avec l’Iran. 

          Par rapport au froid Tamir Pardo, Cohen qui a crapahuté sur le terrain, dispose d’un capital charismatique auprès de ses collègues et des dirigeants israéliens qui n’ont trouvé qu’à jalouser son visage de «mannequin», ses cravates  et ses beaux costumes. Mais ils reconnaissent son esprit fonceur et ses méthodes agressives, sinon directes, déjà appliquées sur le terrain. Il aura les mains libres pour prendre des décisions rapides, risquées et solitaires dans l’intérêt de l’État en limitant au mieux les vies humaines. Il aura surtout la capacité de conseiller le gouvernement dans le choix d’une politique géostratégique, peut-être aventureuse militairement.


7 commentaires:

Maher BEN GHACHEM a dit…

Tant qu'on préféra des religieux aux laïcs il n'y aura pas de paix:
"Pur hasard ou volonté de satisfaire les sionistes religieux ou les orthodoxes de sa coalition gouvernementale, le chef de la police, le chef du Shabak la sécurité intérieure et le chef du Mossad, tous trois religieux pratiquants, ont été préférés à d'autres candidats laïcs de même compétence et de même qualité. "
La guerre des religions n'a pas de fin

Elizabeth GARREAULT a dit…

Inquiétant toutes ces nominations de la part d'un Premier Ministre qui a réussi à nous faire détester par de plus en plus de pays qui ne nous étaient pas hostiles et à nous mettre à dos notre plus fidèle allié.
Pas grave diront les culs bénis, c'est le signe que le Messie arrive et puis ça renforce leur discours victimaire - personne ne nous aime, tout le monde est contre nous...

Marianne ARNAUD a dit…

Cher monsieur Benillouche,

J'ose le dire, dans ce genre d'article, vous êtes vraiment incomparable. Ceux qui commençant à vous lire ne sachant rien de ce Yossi Cohen, terminent leur lecture en ayant l'impression d'avoir tout appris sur lui !
Si j'ai remarqué l'importance que vous donniez à son physique "d'acteur de cinéma", et si j'ai aussi noté votre très facétieux : "il ne porte jamais la kippa en permanence", ce qui a surtout retenu mon attention c'est que Yossi Cohen "fera de l'Iran son objectif principal... n'excluant pas l'usage de la force...", allant ainsi à l'encontre de "tous les chefs militaires et et sécuritaires israéliens", et ce faisant, "contrer la politique internationale de Barack Obama."
Si l'influence de Yossi Cohen est aussi importante que vous le dites, il reste à savoir comment la majorité des Israéliens accueillera cette politique guerrière ?

Très cordialement.

Patrick a dit…

Intéressant article . Ce qui me préoccupe c'est cette confusion , voulue semble t il , entre Ministre des Affaires Etrangères et patron de Mossad . Les rôles ne sont pas les mêmes et chacun est utile .
Par ailleurs le patron du Mossad doit être capable de tenir tête au politique dans l'affirmation de la réalité , et le fait que Y Cohen soit l'homme lige de Netanyahu n'est pas bon signe .
Enfin le fait que l'appareil sécuritaire soit totalement dirigé par des religieux est inquiétant .

andrew a dit…

un laïc...un gauchiste,et c'est la fin d’Israël...
les ennemis d’Israël n'auraient plus a se casser la tète pour faire disparaître le pays...ses gauchos,et ses islamistes intérieur s'en chargeraient très bien !
Ce Cohen bénéficie d'une bonne publicité,reste a voir ce qui le distinguera
des autres empotés qui l'ont précédé !

andrew a dit…

J'ai oublié d'ajouter qu'avec une "cour supreme" gauchiste,corrompue,nous sommes vraiment très mal!
Quand a l'avis de ceux de la galout,perso,je m'en méfié comme l'une des sept plaies !

Jeremy a dit…

en Israël, on constate la qualité des fonctionnaires, des services, secrets ou non, ils sont brillants, sérieux, ils envisagent l'avenir, et savent anticiper. ce monsieur (James Bond) en devient la nouvelle image.

l'émission d'Arte (le seuil de la porte) nous l'avait montré, elle avait interrogé six responsables du shin beth, dont certains faisaient aussi parti du mossad.

conclusion, à la fin de leur carrière, ils étaient tous dégoûtés de l'attitude des politiques qui eux montrent le contraire des fonctionnaires, pas sérieux pour un sou, toujours dans leurs petites combines à court terme, bref des incapables.

être fonctionnaire dans la sécurité intérieure et extérieure et motivé, ce n'est pas une partie de plaisir en Israël, qui arrive à dégouter ses ressources humaines les plus brillantes par l'incapacité de certains élus de la Knesset.