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dimanche 6 décembre 2015

SARID : Le camp de la paix a perdu un rêveur



SARID : LE CAMP DE LA PAIX A PERDU UN RÊVEUR
Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps
         

          «Je suis un rêveur sioniste. Je pense que nous devons ressusciter le rêve sioniste d'une société plus juste. Mais si l'occupation se poursuit, cela pourrait être la fin du rêve. Et quand le rêve s'évapore, personne ne peut dire ce qui vient après». C’est ainsi que se qualifiait Yossi Sarid, figure emblématique du «Camp de la Paix», qui a longtemps dirigé le parti d’extrême-gauche Meretz après avoir quitté le parti travailliste en 1984 parce qu’il condamnait l'alliance de la gauche avec le Likoud. Il est mort d'un arrêt cardiaque le 4 décembre 2015 à l'âge de 75 ans.




            Diplômé en sciences politiques de The New School de New York, il avait siégé à la Knesset plusieurs fois depuis 1973 à la commission de la défense et des affaires étrangères.  Ministre de l'Environnement dans le gouvernement de coalition formé par Yitzhak Rabin en 1992, il avait beaucoup hésité à siéger plus tard avec les orthodoxes du Shass mais le premier ministre Ehud Barak avait réussi à le convaincre. Il avait décidé, avant les élections de 2006, de quitter la politique pour se consacrer à l'écriture et au journalisme au quotidien Haaretz.
            Son adversaire politique Réouven Rivlin, actuel président de l’État, avait rendu hommage à la fidélité à son idéologie d’homme de gauche : «Sarid est un militant qui n'a jamais renoncé à défendre ce qu'il pensait être la vérité même si cela l'a conduit à être, presque toute sa carrière politique, dans l'opposition». Effectivement il n’a jamais privilégié sa carrière politique parce qu’il refusait d’accepter les compromis douteux et surtout le renoncement à ses idées.
Margaliot

            C’était un politique au sens noble du terme avec des convictions immuables frisant l’intransigeance. Membre du mochav frontalier du Liban, Margaliot, qui lui servait de lieu de retraite et de réflexion, il s'éloignait régulièrement de Ramat-Aviv, le quartier bourgeois du nord de Tel-Aviv, devenu le quartier général des militants Meretz. En tant que penseur de gauche, il avait analysé la vie politique israélienne au lendemain de la Guerre des Six-Jours qui avait conduit à l’occupation de la Cisjordanie. Il était conscient de ses limites : «J'ai participé au passage de dizaine de lois, peut-être de centaines. Mais ma gloire ne réside pas dans mon travail législatif. Je me suis fait un nom dans les différents postes que j'ai occupés comme quelqu'un qui est déterminé à aller contre le vent, lorsque le vent est mauvais, à nager contre le courant, lorsqu'il est sale, et à payer le prix pour sa détermination».
          Il était devenu le chantre du dialogue avec les Palestiniens. Il a toujours estimé que l’une des folies israéliennes trouvait son essence dans l'occupation des territoires palestiniens. Mais il savait mesurer la réalité des problèmes sécuritaires en Israël sans être obnubilé par la défense des Palestiniens. Il l’avait montré lors de la guerre du Liban en 2006 lorsque son kibboutz avait été touché par les missiles du Hezbollah.
            Yossi Sarid a été l’homme de l’ombre des discussions secrètes. Il a joué un rôle important dans les prémices des accords d’Oslo sans avoir eu les honneurs de la presse.  Il avait ramené des informations importantes du Maroc, où le roi Hassan II l'avait invité à participer aux travaux d'une conférence écologique sur l'avenir du bassin méditerranéen. Le ministre de l'Environnement du gouvernement Rabin était certes réputé pour être une colombe notoire, mais il était écouté à Jérusalem d’autant plus que ses informations étaient importantes. 

          Les Égyptiens savaient qu'Arafat se préparait à un tournant qualifié d'historique. Mais pour concrétiser, il fallait en finir avec la fiction ridicule de la non-existence de l'OLP. Amr Moussa, ministre des Affaires étrangères du président Moubarak, trouva la solution dans la mise à disposition d’un terrain neutre constitué d’un Boeing survolant la mer Rouge. Une équipe de négociateurs était à son bord constituée de Shimon Peres, chef de la diplomatie de Jérusalem, et de Mahmoud Abbas flanqué d'Abou Alaa.  Cette réunion dans les airs permit ensuite un entretien au Caire, entre Nabil Chaath et Yossi Sarid, qui s’étaient déjà rencontrés au cours d'un séminaire en Californie sur «Les chances de la paix au Proche-Orient».
Beilin et Abbas

            Yossi Sarid avait pris une grande part à la mise en place des accords d’Oslo négociés en secret par Shimon Pérès et Yossi Beilin. Il était l’homme des solutions difficiles. Il avait participé en décembre 1993 à une rencontre israélo-palestinienne de haut niveau à Oslo pour tenter de surmonter les désaccords qui empêchaient la mise en œuvre de l'autonomie palestinienne, qui aurait dû commencer le 13 décembre à Jéricho et dans la bande de Gaza. Shimon Peres, ministre des Affaires étrangères, conduisait la délégation israélienne qui comprenait le ministre de l'Environnement Yossi Sarid et le général Amnon Shahak, chef d'État-major adjoint. Yossi Sarid a été de ceux qui ont permis le déblocage de la négociation.
            Après avoir quitté la politique, Yossi Sarid ne se privait pas d’exprimer ses opinions politiques. Sa dernière intervention concernait la décision de l’Union européenne d’imposer le marquage des produits des implantations : «Je n’ai pas besoin de l’Union Européenne pour me dire ce qu’il faut penser. Je n’ai jamais acheté le moindre produit fabriqué par des Juifs de Judée-Samarie car je suis opposé à ces localités depuis le premier jour, et les blocs d’implantations y compris. Je n’ai pas besoin de financer une entreprise qui constitue la plus grande menace pour l’État d’Israël et le sionisme. C’est déjà assez que mes impôts servent ces localités juives. Et si les Européens en sont venus aux mêmes conclusions, tant mieux pour eux. Je souhaite que seules les implantations soient touchées, et pas l’État d’Israël. Je vois dans cela un acte de patriotisme car quiconque est contre les implantations juives est pour l’État d’Israël».

            La veille de sa mort, il avait signé son dernier article intitulé "Les terroristes et les espions de Sion" dans lequel il avait écrit que "chaque pays contribue à ses propres espions et assassins qui agissent au nom du pays. Mais la tribu juive fait de mieux en mieux que tout autre d'entre eux". Le Camp de la paix, qui est totalement atone, a perdu un de ses plus fervents partisans qui n’était pas seulement un idéologue ou un théoricien mais un pragmatique parce qu’il avait pratiqué à plusieurs reprises les négociations avec les Palestiniens. 

5 commentaires:

Anonyme a dit…

Bravo pour ce digne et touchant hommage àYossi Sarid, publié presque en "LIVE".
Shqbqt Shqlo,

Jo MARTIN a dit…

Sarid (zal), Oslo vient de perdre un de ses architectes-rêveurs, qui avait depuis longtemps définitivement perdu Oslo, Oslo qui reste le plus grand échec de la gauche, qui a causé sa perte à chacune des élections, et qui continuera de creuser sa tombe, tant que la prise de conscience et la mesure du pragmatisme de la réalité des peuples arabes qui nous entourent, ne sera pas intégré dans leur programme.

Evelyne Goldstein a dit…


Le pragmatisme n'est pas le monopole de la droite, les rêveurs sont ceux qui s'imaginent que l'on peut cacher derrière des murs de fils barbelés la misère et la frustration des soumis, rêveurs parce qu'ils oublient que ces frustrations, que l'on tente de ne plus voir, finissent toujours, toujours, pas nous péter à la figure, un jour ou l'autre, comme un bombe à retardement.

Oslo n'est pas l'échec de la gauche, Oslo est l'échec d’Israël, l'échec de Rabin assassiné, l'échec d'un yossy Sarid qui est resté toute sa vie, fidèle à son réalisme pragmatique, conscient de la bombe à retardement que sont ces territoires occupés... par la folie d'une minorité en plein délire rêvant de détruire l'ennemi, un à un, comme s'il s'agissait de cafards.

pourvu qu'il reste encore des Yossy Sarid après lui, car le fantasme d’éradication de l'autre, nous conduit tout droit dans le mur de l’aveuglement à la réalité des choses...

Je l'aimais Yossy Sarid.

Evelyne Goldstein




Georges KABI a dit…

Petite rectification: Margalyiot n'est pas un kibboutz, mais un moshav. Et Yossi Sarid a ete, un temps, educateur a Kiriat Shmona.
Sarid est l'un des rares politiciens israeliens qui est reste integre toute sa vie, Quand il estimait que ses convictions allaient a l'encontre de ses interets, il preferait toujours ses convictions. Ses demeles avec le Shass sont celebres, et meme quand il accepta d'etre Ministre de l'Education, il refusa de deleguer quelque pouvoir que ce soit a son vice-ministre du Shass.
La rare fois ou il se laissa aller a la "combine" politique fut quand il succeda a Choulamit Aloni a l'Education Nationale. Cette affaire a toujours ete discretement cachee par le Meretz.
On peut lui reprocher d'avoir participe a l'entreprise de fossoyage de la gauche israelienne en soutenant ces accords de dupes d'Oslo quand ni Rabin, ni Arafat n'avaient auicune intention de les appliquer. L'insistance de Sarid, Beilin et Peres enterra la gauche israelienne.

Bernard ALLOUCHE a dit…

Homme certainement intègre, mais en démocratie les idées pour qu'elles aboutissent doivent être partagées.
Seul un gouvernement d'union nationale aura la puissance de résoudre le problème des frontières palestiniennes et nous sortir de ce guêpier de plus en plus complexe au fil des années.
Bernard A.