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mardi 15 décembre 2015

Le FN a gagné, Sarkozy a perdu et la gauche a résisté,



LE FN A GAGNÉ, SARKOZY A PERDU ET LA GAUCHE A RÉSISTÉ

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps

            

       Il faut se méfier des conclusions hâtives. La vraie caractéristique de ces élections régionales est que le FN a gagné, Sarkozy a perdu et la gauche a résisté. L’extrême-droite n'a certes pas acquis trois régions mais elle sera de retour, assez rapidement. Ces élections l’ont renforcée, d’une part parce que le FN sera dorénavant présent dans tous les exécutifs des régions et symbolisera souvent seul l’opposition, d’autre part parce qu’il n’y a jamais eu, historiquement, autant d’élus frontistes. Marine le Pen n’aura plus besoin de mendier ses parrainages pour sa candidature à la présidentielle et encore moins de solliciter un élu franco-israélien.  L’argent coulera à flots car les caisses du parti vont se remplir grâce aux subventions légales de l’État.



            Le FN a gagné parce qu’il a suscité en quelques jours un tremblement de terre qui a secoué toute la France, du Nord au Sud, à l’échelle nationale. C’était certes mission impossible pour les candidats d’extrême-droite dès lors que les vrais républicains se sont ligués contre eux. Il est vrai aussi que les Français ont hésité à donner à une gamine de 26 ans, sans expérience mais bénéficiant de la structure népotique du parti, la gestion d’une région grande comme Israël. Deux régions leur ont échappé parce que la gauche l’a voulu alors que la stratégie incompréhensible du ni-ni de Nicolas Sarkozy aurait pu conduire au pire, un Sarkozy désintéressé des élections puisqu’il a préféré passer la nuit des résultats, non pas auprès de ses troupes, mais au Stade de France. Marion Maréchal avec 45% des voix aurait été élue en cas de triangulaire ainsi que Marine le Pen avec 42%.
Sarkozy au Stade de France

            Durant ces élections, des personnalités sont sorties du lot. À travers toutes les déclarations plus ou moins médiatiques après le deuxième tour, il faut effectivement noter la déclaration modérée de Florian Philippot qui est une véritable erreur de casting au FN.  L’éminence grise de Marine Le Pen n’a eu de cesse de faire imploser la vieille extrême-droite en étant le principal artisan de la dédiabolisation du FN. Cet énarque,  ancien haut fonctionnaire de l'Inspection générale de l'administration, se réclame du gaullisme et du souverainisme. Il vient d’ailleurs de l’entourage de l'ancien ministre socialiste Jean-Pierre Chevènement où sa place était plus adaptée. Ses chances au FN sont faibles car il s’est inséré au sein d’une entreprise familiale qui ne laisse pas de place aux intrus.

            Il faut tirer les enseignements de ces élections. La gauche s’est honorée en conseillant à ses militants de voter en faveur de la droite pour empêcher le FN de réaliser l’impossible. Les socialistes pourront servir d’exemples à d’autres pays européens qui ont laissé entrer le loup dans la bergerie avec les conséquences que l’on sait. Il faut saluer le courage du premier ministre, Manuel Valls qui, sans hésitation au soir du premier tour, a ordonné à son parti d’ignorer ses états d’âme et de voter pour le camp adverse tandis qu’à droite, à l’exception de Nathalie Kosciusko-Morizet et de Jean-Pierre Raffarin, on avait choisi la honte.

            Les électeurs ne sont pas dupes et n’ont pas pardonné une stratégie suicidaire. Ils l’ont démontré en donnant à la gauche suffisamment de voix pour ne pas être laminée ou ridicule. On prédisait pour elle une à deux régions et elle a emporté  cinq dans un sursaut républicain. Les militants des Républicains jugeront en temps utile l’attitude de leur chef. Ils ne peuvent pas être systématiquement dévoués à leur gourou en fermant les yeux sur des erreurs évidentes de stratégie.

            Mais la vindicte poursuit ceux qui ont eu un regard juste devant la situation au soir du premier tour. Les règlements de compte au sein des Républicains vont faire florès. Ainsi Nathalie Kosciusko-Morizet, actuellement numéro deux du parti Les Républicains, va être évincée et ne fera pas partie d'une nouvelle direction qui sera annoncée en janvier 2016. NKM avait fortement critiqué la ligne du «ni PS ni FN» défendue par l'ancien chef de l'État. Elle a réagi  à l'annonce de sa future éviction de la vice-présidence déléguée du parti : «Je trouve curieux, au moment où on lance un débat sur la ligne, d'évincer ceux qui ne sont pas d'accord. Penser que le parti se renforce en s'épurant, c'est une vieille idée stalinienne. Moi je crois au contraire que le parti se réforme en débattant. Hier le FN a fait son plus haut score, ça mérite un débat. Moi, je n'échange pas mes convictions contre une place». Au lieu de rassembler, Sarkozy divise. Après Morano, il perd NKM.


            L’irresponsabilité n’était pas dans un seul camp. Claude Bartolone n’a pas su s’élever au-dessus de la mêlée en se comportant en vieux sage et en évitant les noms d’oiseaux à l’encontre de son adversaire. Ses communicants n'ont pas fait leur travail en lui évitant de s'afficher avec un imam.  En pleine période d’inquiétude islamique, il aurait pu charger un de ses adjoints pour inaugurer en grandes pompes une mosquée et il aurait dû se montrer réaliste en évitant de placer en numéro 2 sur sa liste, Clémentine Autain, une extrémiste de gauche, foncièrement anti israélienne qui lui a plombé les voix de certains éléments totalement déboussolés de son parti. Il est fort probable qu’à l’avenir la boussole va orienter les partis moins vers une confrontation droite-gauche mais vers une entente tactique entre vrais démocrates.


            Les socialistes ont mieux résisté parce que les électeurs ont voté pour des hommes  politiques qui ont gouverné leur région sans tenir compte des injonctions des partis et ont encore moins entendu les sirènes de Sarkozy. François Hollande doit être heureux même si sa fonction ne lui permet pas de manifester publiquement ses sentiments. Il est fort probable qu’avec une légère dose de chômeurs en moins, il se présentera en 2017 et fera le coup de Mitterrand qui avait gagné contre toute attente en 1988. Les attentats du 13 novembre ont fait grimper les sondages en sa faveur et la résistance de la gauche aux régionales finira de le glorifier.

            On ne connaît pas les conseillers et les communicants de Sarkozy. On connaissait hier Patrick Buisson, son gourou issu du Front national. Aujourd’hui on se demande comment on ne l’a pas conseillé à adopter une position politique de centre-droit, qui a été celle qui a été  victorieuse dans la région Île-de-France sans l’aide du FN. On se demande pourquoi on ne lui a pas suggéré de favoriser le retrait républicain au profit de la gauche alors que sa position controversée a consterné ses militants qui l’ont sanctionné dans des régions où la gauche n’espérait plus gagner. Il a choisi une politique à la petite semaine qui risque de lui coûter la primaire au profit d’Alain Juppé à moins qu’ayant pronostiqué sa défaite, il ait décidé de jouer la politique de la terre brûlée pour ne pas laisser émerger ses concurrents dans son propre parti. Il a perdu le droit de diriger l’opposition parce que sa crédibilité est entachée. Sauf à s’entêter à courir les primaires malgré tout, il se grandirait à laisser la place à un candidat ayant plus de chances de l’emporter car il a perdu le soutien des centristes sans qui aucun candidat de droite ne peut être élu.



            La déception de Marine le Pen est grande car sa victoire était à portée de main sans le réalisme des socialistes. Mais il ne faut pas se réjouir trop vite ; elle a hissé son parti au sommet, premier parti de France. Il ne s’agissait pas de gagner une région pour le principe. La victoire d’une région lui aurait surtout permis de prouver aux électeurs de 2017 que le FN était un parti de gouvernement, capable de gérer efficacement une région pour transformer un mouvement de contestation systématique en entité politique insérée dans le paysage républicain français.  
          Elle n’a pas réellement perdu car la tactique socialiste a gagné. Elle a d’ailleurs déclaré être l’objet d'une «campagne de calomnies et de diffamation décidée dans les ors dorés de la République».  Elle sera entendue par certains électeurs et prouvera que l’ascension de son parti est une réalité qui pourra la mener en 2017 à la victoire pour peu que les partis républicains ne tirent pas les leçons de 2015. Le FN est plus que jamais vivant et ceux qui ont crû l’enterrer le 13 décembre 2015 sont totalement disqualifiés pour faire de la politique.



5 commentaires:

Jean Simach a dit…

pourriez vous m'indiquer ce qu'est pour vous une "position politique de centre droit"?
Est ce une politique qui ignore les vrais dangers, ceux d'un islam conquérant, et qui considère que s'afficher avec un imam n'est qu'une erreur de communication, sans autre considération sur la question de savoir de quelle sorte d'imam il s'agit réellement? Une politique qui se refuse à prendre en compte les angoisses de tant de gens devant la montée de l'insécurité dans les quartiers où ils vivent, ou qu'ils ont abandonnés pour se mettre à l'abri dans une campagne lointaine en relation avec leurs moyens financiers? celle qui consiste à ne pas nommer ceux qui crient "mort aux juifs" dans des manifestations organisées par des partis alliés à ceux que vous couvrez d'éloges?
J'aimerais comprendre.

Véronique ALLOUCHE a dit…

Marine Le Pen au soir du deuxième tour a repris les thèses bien connues de victimisation que son père martelait naguère après chaque élection.
Sa défaite n'est peut-être pas si grande puisque faute de gouvernance, aucune responsabilité ne lui incombera. Son parti arrivera de ce fait à peu près vierge de tout échec en régions, ce qui peut lui donner un blanc seing pour les prochaines présidentielles.
Marine le Pen et consorts vont dorénavant s'atteler à rendre ce parti un peu plus respectable qu'il ne l'est et mettre à son profit les discordes qui se dessinent clairement au sein de la droite.
La gauche s'est effectivement honorée de s'être retirée de la plupart des régions où le FN risquait de l'emporter et ses électeurs ont suivi les consignes de vote qui s'imposaient.
Néanmoins je te suis dans l'idée que le FN est plus que jamais vivant.
Bien cordialement

Marianne ARNAUD a dit…

Cher monsieur Benillouche,

Le FN est en effet en progression constante puisqu'il a même réussi à gagner des voix dans ce second tour qui l'a pourtant vu perdre ces élections.
Ce sont trois régions qui ont échappé au FN grâce à ce "front républicain" de circonstance qui devrait donner lieu à un "renvoi d'ascenseur" dès la ptochaine présidentielle.
Je ne vois pas en quoi la gauche s'est "honorée" à retirer ses candidats au second tour de cette élection. Elle l'a fait pour des raisons de stratégie politique. Point ! De même que je ne vois pas quelle fierté Bertrand ou Estrosi pourront revendiquer pour s'être fait élire avec les voix de la gauche.
C'est vrai que cela fait les affaires de Sarkozy qui au lieu de quatre régions en engrange sept.
Pour ma part je féliciterais Pécresse et Wauquiez qui ont été élus après une belle campagne, sur des idées clairement définies.
Je tirerai mon chapeau à Le Drian qui a été brillamment élu sans avoir fait de campagne du tout.
Et pour finir j'avoue ne pas comprendre le silence qui entoure le succès de la liste nationaliste indépendantiste en Corse.

Très cordialeme

Robert de P. a dit…

Permettez moi de vous adresser tous mes compliments pour votre excellent
exposé sur les dernières élections.
- Clair, vu d'un œil aiguisé et sans partie pris.
Je suis pas favorable au parti FN mais est-ce vraiment républicain
que tous les partis politiques sans exception se ligue contre un seul
quelqu'il soit?
En réalité ils ont préparé un boulevard au FN qui sort
renforcé de ces élections.
Par ailleurs, bien que je sois de droite, je me réjouis que nous
ayons quelques frondeurs tel que Madame
N.Kosciusko-Morizet.

André a dit…

On croit rêver ! Les Républicains gagnent 7 régions sur 13 . Nicolas Sarkozy est le Président des Républicains et le titre de votre article est " Sarkozy a perdu" !
Ce n'est plus du commentaire ou de l'analyse mais du déni .
Pour que vous estimiez qu'il ait gagné , fallait - il un raz de marée , un tsunami de vague bleue ?
Perdre l' Île de France avec Paris- Hidalgo et les banlieues à grande mixité sociale, ce n'est pas une énorme défaite , et cette fois ci " à la régule" en triangulaire ?
Un article ce n'est pas un tract !