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jeudi 10 décembre 2015

La longue marche du Yuan par Dov ZERAH



LA LONGUE MARCHE DU YUAN (2)

Le point économique de Dov ZERAH

            

          Lundi 30 novembre, le Fonds monétaire international, le FMI a intégré la monnaie chinoise, le yuan, dans le panier des devises composant les droits de tirage spéciaux, les DTS, rejoignant ainsi le dollar, l’euro, le yen, et la livre britannique. Faisons un bref historique pour comprendre l’enjeu de cette décision.




White et Keynes

            Lors des discussions sur la préparation des volets économique et financier de l’après-guerre, l’accord était total entre le négociateur américain, Harry Dexter White, et celui britannique, John Mayard Keynes, sauf sur un point, le choix de la monnaie internationale. Keynes considérait qu’il fallait créer spécifiquement une monnaie internationale, le bancor, parce que les déterminants de la création d’une monnaie pour un pays sont différents des considérants relatifs aux besoins pour le commerce international. Les États-Unis refusèrent et le dollar devint roi.
            Dans les années cinquante, le développement du commerce international exigeait de plus en plus de dollars que les États-Unis ont fournis, notamment grâce aux dollars déversés sur l’Europe par le plan Marshall. Mais les difficultés du système monétaire qans les années soixante ont donné une nouvelle actualité aux arguments JM Keynes en faveur du bancor. Ils ont été repris avec la présentation du dilemme de Triffin auquel est confrontée l’économie mondiale. Les États-Unis doivent fournir au reste du monde des quantités importantes de dollars pour permettre le développement du commerce international. Mais, ils doivent aussi maintenir la valeur du dollar par rapport à l’or, ce qui revient au contraire à limiter l’émission monétaire.
Robert Triffin
            Pour Robert Triffin, la création monétaire américaine, et les capacités de prêts du FMI sont insuffisantes pour assurer les besoins en liquidités internationales requises par le développement du commerce international. Pour sortir du dilemme, il préconise la création d’une unité de compte internationale.
            Il faut attendre 1969. Face à l’incapacité du dollar à jouer son rôle, le FMI va créer une nouvelle monnaie, le droit de tirage spécial (DTS). Le DTS est à l’origine une monnaie définie par une parité en or, 0,888671 gramme d’or fin, ce qui correspondait alors à un dollar. Aujourd’hui, la valeur du DTS en dollars est affichée quotidiennement sur le site Internet du FMI ; elle est déterminée par la somme pondérée de chacune des quatre monnaies du panier, exprimée en dollars et calculée sur la base du taux de change coté chaque jour à midi sur le marché de Londres. Le DTS est surtout utilisé par les banques centrales. Au 17 mars 2015, 204 milliards de DTS, soit 280 milliards$ ont été prêtés aux membres du FMI.
            Le sujet n’est toujours pas réglé, et constitue une des principales problématiques de la gouvernance mondiale, car il concerne à la fois la résorption des déficits américains, l’affirmation d’une monnaie véhiculaire du commerce international, le niveau du change et du statut du yuan.
Christine Lagarde

            La directrice générale du FMI, Mme Christine Lagarde a justifié la décision du FMI par «les progrès accomplis par les autorités chinoises ces dernières années pour réformer leur système monétaire et financier». Mais cette décision n'entrera en vigueur que dans une dizaine de mois, en octobre 2016 pour donner aux marchés financiers le temps de s’acclimater à cette situation. Se pose la question : qu’en est-il en réalité ?
            Une monnaie a trois fonctions. La monnaie est :
- Un instrument de mesures des valeurs. La monnaie permet de donner une valeur, un prix à un bien
- Un intermédiaire des échanges. La monnaie permet de dépasser le troc et de faciliter les échanges
-  Une réserve de pouvoir d’achat. La monnaie permet de conserver son épargne dans le temps.
            Le yuan a ces trois attributs. Mais cela ne suffit pas pour être une monnaie internationale, une monnaie de réserve. En effet, pour être une devise internationalement reconnue, encore faut-il être totalement convertible avec les grandes monnaies internationales, sur la base d’un taux de change librement déterminé par le marché. Or, le yuan n’est pas dans cette situation. Son taux de change est administré, sa convertibilité est soumise à conditions, sans insister sur la situation économique et financière chinoise depuis la crise boursière de cet été. Aussi la décision du FMI est plus politique que technique, et cela explique le délai retenu pour son entrée en vigueur.


            Elle permet d’intégrer un peu plus la Chine à la communauté financière internationale et à la gouvernance mondiale. Cela constitue une victoire pour la Chine dans sa longue marche pour la reconnaissance internationale de sa monnaie. Cela conforte la volonté de certains grands pays détenteurs de réserves de change, comme la Chine, l’Arabie saoudite, la Russie, de remettre en cause le rôle central du dollar dans le système économique et financier mondial et de promouvoir une autre monnaie du commerce international. Mais le processus va encore être long !

1 commentaire:

Marianne ARNAUD a dit…

Je ne comprends rien aux affaires financières mondiales. Cependant ayant vécu une grande partie de mon enfance à "Shanghaï la juive", ce que je lis entre les lignes me permet de dire que j'en suis heureuse pour "ma mère la Chine" sans laquelle je ne serais pas là, à écrire ce qui me passe par la tête, chez monsieur Benillouche.