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jeudi 3 décembre 2015

La fin du Péronisme (2) par Dov ZERAH



LA FIN DU PERONISME (2)

Le point économique de Dov ZERAH
            

          Le 3 novembre dernier, je vous ai parlé du premier tour de l’élection présidentielle en Argentine, de la surprise occasionnée par la mauvaise performance du candidat péroniste Daniel Scioli, dauphin de la présidente Cristina Kirchner. Certains attendaient la victoire dès le premier tour du candidat du parti justicialiste, mais il n’a distancé que de peu le candidat de l’opposition libérale, Mauricio Macri ; le candidat péroniste obtenait 36,9% des suffrages contre 34,3% à son adversaire, un peu moins de trois points qui se sont avérés insuffisants pour l’emporter. Ce seul premier résultat a fait bondir de 25% l’indice Merval de la bourse de Buenos Aires.


Daniel Scioli

            La surprise du premier tour du 25 octobre a été confirmée par le résultat du second tour ; Mauricio Macri a refait son retard du premier tour et a été élu président de l'Argentine en remportant le second tour avec 51,5% des voix face à Daniel Scioli. Le nouveau président prêtera serment le 10 décembre. Il est, depuis la fin de la dictature militaire en 1983, le 3ème président non péroniste ; il est surtout celui qui met fin à 12 ans de kirchnérisme.
            56 ans, Mauricio Macri est issu d’une riche famille industrielle d’Italiens immigrés. Il s’est particulièrement distingué en présidant le club de football le plus prestigieux de l’Argentine, le Boca Juniors ; il en est devenu président en décembre 1995, et l’est resté jusqu’en 2007. En 12 ans, le club a gagné 17 titres dont la célèbre Coupe intercontinentale et la Copa Libertadores. Il a particulièrement bien géré ce club, a fait construire des loges VIP, un centre d'entraînement…et surtout a conçu une innovation en créant un fonds d'investissement pour l'achat de joueurs, propriété à parité d’investisseurs privés et de Boca.

          Le club en jaune et bleu a été le tremplin de Mauricio Macri qui l'a porté à la Mairie de Buenos Aires, et aujourd’hui à la présidence de la République.
            Mauricio Macri :
- a pris des engagements forts : relancer l’économie argentine, contenir une inflation de plus de 20% qui accentue la pauvreté, diminuer le déficit budgétaire, en finir avec la corruption…
il a pris de nombreux engagements : l’ouverture du pays aux capitaux étrangers, notamment avec la levée du contrôle des changes, la suppression des nombreux contrôles instaurés sur l'économie, le maintien des programmes sociaux en faveur de l'éducation, de la santé et des mères pauvres, le lancement un grand plan d'investissements dans les infrastructures, l’élimination des taxes sur les exportations de maïs et de blé, la réduction progressive des droits perçus sur le soja…
            Mais Mauricio Macri aura du mal à procéder à un véritable « big bang » libéral, car il doit affronter une quadrature du cercle compliquée et caractérisée par :
La croissance argentine est handicapée par l'effondrement du Brésil, premier client du pays, et le ralentissement économique chinois qui réduit les exportations agricoles tant en volume qu’en prix
Les faibles perspectives des exportations sont préoccupantes, à un moment où le pays n’a plus accès aux marché obligataires internationaux, à cause de son défaut depuis plus d’un an, et que les réserves de change sont à leur plus bas niveau depuis neuf ans, à un peu plus de 20 milliards$
- Une des priorités de la nouvelle administration sera de mettre fin au conflit avec les créanciers, et notamment ceux qui ont refusé, en 2005 et 2010, des rééchelonnements de la dette souveraine. Il y a plus d’un an, le 2 septembre 2014, j’appelais votre attention sur le combat entre l’Argentine et deux fonds d’investissements, Eliott management et Aurelius qui refusent les abandons de capital acceptés par près de 93% des créanciers. Un accord est indispensable pour permettre à l’Argentine de réintégrer la communauté financière internationale, et d’engager l’ouverture de l’économie. Mais, il sera difficile à obtenir compte tenu de la décision d’un tribunal de New York, les fonds exigeant le paiement de leur dette, soit 4 milliards$. Payer conduirait à diminuer les réserves de devises, fragiliser un peu plus le peso, et inéluctablement remettre en cause ou reporter la promesse de la levée du contrôle des capitaux

Le devenir du taux de change officiel du peso, aujourd'hui de 9,5 pesos pour un dollar, alors que sur le marché noir, il peut s’élever jusqu’à 14,4. Ces chiffres, la faiblesse des réserves de changes, ainsi que les faibles perspectives d’exportations devraient conduire à une forte dévaluation. Cela présenterait au moins trois inconvénients : un renchérissement de la dette, une augmentation de l’inflation, et une accentuation de la pauvreté des populations déjà touchées par la situation économique. Un arbitrage s’impose, et exclut une dévaluation brutale !
            Avant même de rentrer à la Maison rose, le président élu a d’ores et déjà nommé des hommes d’affaires à des postes clés : un ancien de JP Morgan aux finances, de la Shell à l’énergie, un grand exploitant agricole à l’agriculture…et a violemment critiqué le gouverneur de la banque centrale pour avoir un peu trop facilement accepté les demandes de la précédente administration.
Alberto Nisman

            La lutte contre la corruption et le clientélisme sera aussi compliquée, d’autant qu’il faudra combattre les violences physiques. L’exemple le plus caractéristique en est la mort du procureur Alberto Nisman, peu avant qu’il ne puisse témoigner devant le Congrès sur la responsabilité des pouvoirs publics dans l’aide apportée aux terroristes iraniens responsables de l'attentat contre une association juive en 1994.
            La victoire de Mauricio Macri en Argentine est peut-être la fin du péronisme, un tournant dans l'histoire de ce pays et, peut-être de l'Amérique latine. Ce nouveau chapitre de l’histoire de l’Argentine mérite d’être suivi et analysé.

1 commentaire:

Marianne ARNAUD a dit…

Mais c'est bien sûr, et c'était indiscutablement le moment d'y penser !
Le monde du football : nouveau terreau où puiser les hommes de probité qui nous apporteront le renouveau politique dont nous avons tant besoin !