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mercredi 16 décembre 2015

La déprime des matières premières par Dov ZERAH



LA DéPRIME Des matières premières

Le point économique de Dov ZERAH

            

          Je vais vous entretenir aujourd’hui des marchés de matières premières et du niveau exceptionnellement bas des cours. Au préalable, saluons le résultat de la COP 21. Certes, le contrôle des engagements et les clauses de rendez-vous ne remplacent pas un accord contraignant, les promesses d’aide aux pays en développement sont au même niveau que ceux pris à Copenhague…mais, ce qui est plus important, c’est que la communauté internationale a dépassé la méthode du protocole de Kyoto qui avait conduit à l’impasse ainsi que l’échec de Copenhague.



            La gouvernance mondiale a fait un progrès considérable à Paris en adoptant une feuille de route, une démarche, qui vont constituer la référence pour de nombreuses années. L’accord de Paris fait souffler un nouveau vent, un vent de responsabilité, de volonté de prendre à bras le corps les problèmes de la planète et du changement climatique. Bravo à notre diplomatie !
            Il faut maintenant espérer que la baisse des prix des matières premières ne pousse pas à la consommation, au gaspillage, et ne vienne pas contrarier cet élan vers un nouveau modèle économique de développement, axé sur une moindre consommation de ressources non renouvelables. Or, le risque est réel avec un baril de pétrole à moins de 40 $, niveau atteint il y a sept ans, juste après la faillite de Lehmann Brothers en septembre 2008.
Le secrétaire général de l'Opep Abdullah al Badri 

            De nombreuses raisons expliquent ce mouvement, et laissent prévoir qu’il va durer :

Ø La volonté délibérée de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole, l’OPEP, de maintenir leur production malgré une offre surabondante. Les pays membres, et surtout l’Arabie saoudite, veulent à la fois casser la concurrence américaine des gaz de schiste dont la production n’est pas rentable en deçà de 60 $ le baril, et réduire les capacités financières de l’Iran et de la Russie avec lesquels ils s’affrontent tant en Syrie qu’au Yémen. Il y a un an, le 23 décembre 2014, le ministre saoudien de l'énergie, Ali al Naïmi, a déclaré à l’agence de presse saoudienne qu’il «…n'est pas dans l'intérêt des producteurs de l'OPEP de réduire leur production, quel que soit le prix…qu'il soit de 20, 40, 50 ou 60$...» En conséquence, le coût marginal de production du pétrole saoudien de 20 $ pourrait constituer le plancher de cet objectif de maintenir la suprématie du cartel. Le pétrole pourrait encore baisser de 50% par rapport à son niveau actuel.

Ø Le décalage entre l’offre et la demande ne va cesser de s’accentuer.
-            Au-delà des pays de l’OPEP, de nombreux pays, pour compenser la baisse des prix, augmentent les quantités. L’Irak n’a jamais exporté autant de pétrole que depuis 35 ans. La production d’hydrocarbures en Russie a atteint un niveau inégalé depuis la chute de l’Union soviétique en 1991. L’administration américaine a mis fin à l’interdiction d’exporter du pétrole léger, prise en 1973. Dans le même temps devraient entrer en service de nombreux gisements en Australie, en Angola, au Canada, en mer Caspienne, au Moyen-Orient, au Nigéria…
-            Parallèlement, la demande est atone avec la révision à la baisse de la croissance mondiale due aux difficultés des pays émergents, notamment de la Chine, et à une reprise européenne qui est à la peine…Seuls l’Afrique sub-saharienne et les États-Unis ont une croissance soutenue.
-            Cet écart entre offre et demande devrait entraîner une augmentation des stocks au moins jusqu’à fin 2016, comme l’indique un récent rapport de l’agence internationale de l’énergie.
            Ces stratégies et postures géopolitiques vont faire de nombreux perdants : tous les pays producteurs, et plus particulièrement ceux qui n’ont su profiter le moment venu de la manne pétrolière comme l’Algérie, le Venezuela...


            La situation est similaire pour le prix du gaz naturel. Le marché de cette 3ème source d'énergie après le pétrole et le charbon est également en profonde mutation avec notamment les découvertes au large de l’Égypte et d’Israël qui vont déséquilibrer encore plus un marché marquée par une offre excédentaire.

            Le mouvement baissier initié par le pétrole conjugué au repli de la croissance de l’économie chinoise, consommatrice boulimique de matières premières, ont entraîné une propagation de la baisse à tous les produits. Le cours du cuivre, bon indicateur de la santé de l'économie mondiale est tombé à moins de 4.800 $ la tonne, le plus bas niveau depuis six ans ; le prix de l’aluminium a suivi la même trajectoire. Les prix du fer, du nickel ou du platine ont été divisés de moitié en quinze mois.
            Métaux, minerais ou ressources agricoles : depuis un an, les prix de la plupart des matières premières baissent : le blé, le coton, le porc, l'huile de soja, le sucre...sans pour autant avoir une baisse des produits pour les consommateurs. Le dernier rapport de l'Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires a démontré que les prix ont baissé sept fois moins que les cours des matières premières agricoles en 2014.
            Au-delà d’un mauvais report de la baisse sur les prix à la consommation, une telle situation peut entraîner une utilisation abusive des ressources terrestres, voire des gaspillages. La COP 21 nous a rappelé que nous n’avons qu’une planète. Aussi, si nous ne sommes pas respectueux de notre terre, peut-être que les prix pourraient nous discipliner !
            Enfin, ce mouvement de baisse ne devrait pas durer, à l’exception près des hydrocarbures pour les raisons géopolitiques précédemment indiquées. En effet, toute période de baisse d’une matière première entraîne une baisse des investissements, et à plus ou moins brève échéance à une baisse de l’offre et à une augmentation du cours. Ce n’est qu’une question de temps ou de reprise économique.

1 commentaire:

Marianne ARNAUD a dit…

La déprime, dites-vous, mais peut être pas tout le monde ?

Si j'ai bien compris qu'il "n'est pas dans l'intérêt de l'OPEP de réduire leur production quel qu'en soit le prix", pour le reste je m'interroge.
Vous nous dites que le cuivre, le fer, le nickel, le platine, mais aussi le blé, le coton, le porc, l'huile, le soja, le sucre, subissent une baisse sans pour autant que ces produits baissent à la consommation.

Ma question vous paraîtra sans doute naïve puisque vous ne jugez pas opportun d'aborder le sujet : où passe l'argent ?