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jeudi 26 novembre 2015

MACRI, Une éclaircie pour Israël dans le ciel sud-américain



MACRI, UNE ÉCLAIRCIE POUR ISRAËL DANS LE CIEL SUD-AMÉRICAIN
Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps

            
          Cela faisait longtemps qu’on avait perdu l’espoir de voir un changement politique en Amérique du Sud. L’Argentine avait noué des relations diplomatiques avec Israël le 31 mai 1949. Ce fut donc une douce surprise à l’énoncé des résultats de la présidentielle du 22 Novembre 2015. Mauricio Macri, maire centre-droit de la ville de Buenos Aires, a battu Daniel Scioli, gouverneur de la province, avec un score de 51,4% contre 48,6%. Un écart de près de 3% n’est pas négligeable quand on sait que les chances de Macri étaient faibles selon les sondages. A l'énoncé des résultats, la ville a explosé de joie comme si l’équipe de foot avait gagné le Mondial.


Daniel Scioli
            Cette victoire sonne comme une victoire de toute l’Amérique du Sud car d’autres pays souffrent encore du populisme qui les enferme dans la misère et la dictature. Daniel Scioli se présentait en héritier de Cristina Fernández de Kirchner et sa défaite est doublement symbolique car pendant un siècle le pouvoir a toujours été partagé entre les péronistes ou les membres de l’Union Civique Radicale. Pourtant Macri était arrivé second après le premier tour, mais il a bénéficié du désistement à son profit du péroniste dissident Sergio Massa. 
            Macri va trouver une économie en lambeaux, basée sur des faux chiffres sur l’inflation et la pauvreté, comme nous l’avait décrite Dov Zerah [1] qui se demandait si nous n’étions pas à la veille de la fin du péronisme. La famille Kirchner avait imposé sa dictature en muselant les medias, en contrôlant la justice et la Banque Centrale, en s’éloignant des normes démocratiques occidentales et en pillant l’Etat à son seul profit. 
          La croissance s’est arrêtée en octobre 2011, l’inflation a bondi à 25% et le déficit budgétaire voisinera les 6% du PIB. Il est certain que la première mesure décidée sera la dévaluation du peso pour éviter le double cours des changes. Il devra renflouer la Banque Centrale en devises en empruntant sur le marché international et en négociant avec les créanciers, échaudés depuis que l’Argentine a été en défaut de paiement en juillet 2014. Mais il aura fort à faire avec un Congrès où ses amis sont minoritaires. Il pourra compter cependant sur la dynamique de sa victoire pour attirer à lui quelques péronistes repentis.
            Israël sera le premier bénéficiaire d’un virage de la politique étrangère fondée jusqu’à présent sur des liens avec l’axe du mal : Chine, Venezuela, Russie et surtout Iran. La victoire de Macri devient un exemple et un espoir pour la région, surtout pour le Venezuela [2] qui connaît une situation économique dramatique et pour la présidente du Brésil, Dilma Rousseff devenue impopulaire dans son pays. La vague rose des années 1990 commence à refluer.

            Mauricio Macri n’a pas caché sa volonté de rechercher une «alliance stratégique» avec Israël lors de sa visite du 29 octobre avec pour corollaire la réduction a minima de ses relations avec l’Iran. Il avait fait cette promesse à l’occasion de la 29ème Conférence internationale des Maires. Il était alors accompagné de son secrétaire aux droits humains, Avruj Claudio, par ailleurs directeur de l’organisation juive Daia qui avait déclaré que  «Mauricio a toujours regardé Israël en tant que leader et reconnaît son développement et son innovation constante. Il reconnaît le leadership d'Israël dans la technologie et l'innovation en matière de sécurité et la rencontre avec Netanyahu avait soulevé le désir d'être un partenaire stratégique dans ces deux questions». Il s’agit certes de promesses mais Macri comprend certainement où sont ses intérêts.

            A l’occasion de sa visite en Israël le président élu avait rencontré l’économiste Manuel Trajtemberg, natif d’Argentine et plusieurs hauts-fonctionnaires de la Knesset. Macri avait assuré que «la relation avec l'Iran allait être complétement refondée et qu’il travaillera à l’abrogation du protocole d'accord avec l'Iran». Il avait déjà informé les Américains de ses intentions, Hillary Clinton en particulier. Il avait soulevé avec les Israéliens de nombreux projets d'investissement ; et son élection permettra certainement de les mettre en œuvre rapidement.
Prières sur les lieux de l'attentat

            Cette élection donnera un autre essor aux relations diplomatiques tumultueuses entre l’Argentine et Israël. Les attentats commis en 1992 et en 1994 à Buenos Aires contre la communauté juive, faisant 114 tués et des centaines de blessés, avaient été attribués à des commanditaires iraniens. Mais le gouvernement avait préféré étouffer l’affaire pour des raisons purement financières. L’ancien ambassadeur d’Israël en Argentine, Itzhak Aviran, avait affirmé en 2014 à la presse que les personnes impliquées dans ces attentats avaient été «éliminées», ce qui déclencha de nouvelles tensions entre les deux pays.
Ambassade d'Israël en Argentine 

            L’assassinat du procureur Alberto Nisman qui enquêtait sur ces attentats avait détérioré les relations lorsqu’il avait été établi que Christina Kirchner et son ministre des affaires étrangères, Hector Timerman, avaient «décidé, négocié et organisé l’impunité des terroristes iraniens en fuite afin de rétablir des relations commerciales pleines d’Etat à Etat afin de remédier à la crise énergétique argentine par un échange de pétrole iranien contre des céréales».
Alberto Nisman

            Un développement des relations militaires est attendu. Un contrat de 111 millions de dollars avec la Division de la coopération internationale du ministère israélien de la Défense, est prêt pour la modernisation de 74 TAM (Tanque Argentino Mediano), des chars de combat datant des 1970. Un accord de transfert de technologie aurait pour but de développer les capacités industrielles en matière de véhicules blindés avec une chaîne de production  installée en Argentine où les composants fabriqués localement seront intégrés.
Kfir block-60

            Israël est en mesure de moderniser la chasse argentine pour remplacer les Mirage IIIEA/DA, malgré des moyens financiers limités. L’Argentine envisage d’acquérir auprès d’IAI (Israël Aerospace Industries) 18 avions Kfir Block 60, copies améliorées du Mirage IIICJ. Sur injonction américaine, ces avions israéliens avaient été retirés du service de Tsahal et interdits à la vente. Mais ils avaient été progressivement et discrètement modernisés avec l’intégration de systèmes électroniques et informatiques récents et d’un radar à antenne active (AESA) EL/M-2032. Leur prix de vente d’environ 20 millions de dollars, face aux 110 millions du Rafale nettement plus performant, permet cependant de cadrer avec le budget militaire de Buenos Aires.
            Les perspectives politiques, diplomatiques et économiques pourront subir un élan bénéfique aux deux pays. Il était temps qu’Israël retrouve sa place en Amérique du sud.
           



5 commentaires:

Daniel Zittoun a dit…

Bonjour Jacques. Merci pour cet article.
Vous dites "sur injonction américaine, ces avions israéliens avaient été retirés du service de Tsahal et interdits à la vente." Pour quelle raison dans la mesure où les avions étaient israéliens? Y aurait-il eu transfert de technologie américaine vers l'Argentine via Israël ? Ou alors c'était en raison de l'orientation politique péroniste anti-américaine ?

Jacques BENILLOUCHE a dit…

@ Daniel

les Américains avaient tout simplement peur de la concurrence des avions israéliens qui risquaient de les dépasser. Par ailleurs ils n'avaient aucun contrôle sur la destination des Kfirs alors que contractuellement les F15 et F16 ne pouvaient pas être revendus à d'autres pays sauf accord écrit des Américains. En contrôlant l'aviation israélienne, les Etats-Unis ont un contrôle total sur Tsahal et un moyen de pression.

Daniel Zittoun a dit…

Merci c'est très clair.

Arie AVIDOR a dit…

Les Kfir ne sont pas vendables sans autorisation américaine parce qu'équipés de composants made in USA et principalement d'un moteur Géneral Electric.

Jean Corcos a dit…

Un excellent article, centré sur l'Argentine, qui est certes un "poids lourd" en Amérique Latine.Christina Kirchner était aussi une "jolie saleté", qui a couvert les crimes iraniens dans son pays, et on se réjouit donc de la déconfiture de son parti !
Mais il y a aussi sur le continent des "pesanteurs" qui pèsent, toujours, contre Israël, et on peut les évoquer : les idéologies "bolivaristes", qui ont bien des points communs avec les "rouges bruns", viscéralement antisémites ; la rancoeur contre les USA, associés naturellement à Israël ; l'envie de "faire les malins", et d'exister sans risque en tapant contre un petit pays -champion du monde en la matière, le Président Bolivien Morales qui a décrété Israël "état terroriste" ; le Tiers mondisme, dans lequel même des pays "blancs" comme l'Argentine peuvent se reconnaitre ; et plusieurs autres facteurs, selon les pays !