ARTICLES LES PLUS LUS SUR LE SITE DEPUIS JUIN 2010 - LE BEST DU BEST OFF - CLIQUER UNE IMAGE POUR LIRE OU ARRÊTER LE DEROULEMENT


ARTICLES LES PLUS LUS SUR LE SITE - Cliquer l'image pour lire ou arrêter le déroulement

 

mardi 17 novembre 2015

Le terrorisme et la pureté du droit par Etienne GOTSCHAUX


LE TERRORISME ET LA PURETÉ DU DROIT

Une réflexion d’Etienne GOTSCHAUX [*]
           
            Etienne GOTSCHAUX nous a transmis sa réaction à l’article «Les terroristes ont changé de tactique».

           
            Nous sommes en guerre. Une part importante des Juifs de France le pensent depuis très longtemps. La totalité des Français, enfin, ne peuvent plus en douter ! Mais sachons raison garder. Outre le péril islamiste, qui bien sûr ne peut que nous terrifier et nous mobiliser concrètement, d’autres dangers nous guettent. Un pays qui entre en guerre – surtout  lorsque cette guerre, il ne l’a ni voulue ni déclarée – ne peut plus ressembler à ce qu’il était avant son engagement.



            Très attentif à vos textes, dont je partage généralement l’esprit, et par suite attends des approches singulières, je ne puis rester sans réagir ce matin en découvrant les lignes que vous venez de nous proposer. Vous écrivez : «La guerre est déclarée avec des djihadistes sans foi ni loi avec qui il faut cesser de se comporter en puriste du droit».
            Cette proposition me heurte violemment. Car bien sûr il faut "réagir". Et ne plus pérorer comme depuis les attentats de janvier. En fait, depuis bien plus longtemps. Mais user d’une expression où l’accusation de "pureté" est portée à ceux qui se contenteraient, dans le contexte présent, de respecter la loi pour se défendre est doublement inacceptable. Car, d’une part c’est suggérer que ceux-là sont des naïfs (pour ne pas dire plus) ; et d’autre part, c’est penser de façon irresponsable que l’on est le seul (même si l’on est quelques-uns) à connaître les modalités du combat sans tenir de la complexité du cadre général et des conditions politiques nécessaires de l’unité concertée de l’action.
            Le risque d’outre passer les cadres de la loi est non seulement très dangereux, mais également inefficace à long terme en mettant en danger la paix civile. Dangereux, car quelle est alors la référence limite de l’action ? Inefficace, car on laisse alors la porte ouverte à toutes les initiatives aventureuses.
            Sans être puriste, on peut respecter le droit. Je suis légaliste et ne me sens pas pour autant amputé de quoi que ce soit. Au contraire. Et plutôt que de tourner le dos à la légalité, l’on doit au contraire lui donner toute sa mesure – ce qui peut aussi signifier : mettre en place les moyens républicains d’une forte mobilisation de défense nationale. Cela ne signifie pas être timide, voire mou. Mais au contraire, démultiplier les modes et opportunités d’intervention. Et ce de façon déterminée dans tous les domaines : policiers et militaires. Mais tout autant en faisant appel aussi à tout ce qui relève de notre communauté nationale, avec ses valeurs et ses institutions.

            La mobilisation de notre nation pour engager un combat quotidien doit être complémentaire et parallèle aux actions armées. Mouvements politiques et organismes civiles doivent s’engager fortement et sans relâche pour faire de nos moyens collectifs et de notre culture des armes de défense active, que je développerais volontiers dans un second temps, car elle  mérite toute attention pour dépasser très vite nos émotions légitimes d’aujourd’hui et devenir co-acteurs de cette guerre.
            Je suis pour que l’action soit véritablement efficace. Ce qui n’est pas forcément simple. Mais toute opération doit s’effectuer dans le cadre légal. Si le contraire s’imposait – ce qui peut advenir – et que le «légalisme» soit hors de propos, alors il faut être cohérent et s’engager dans une résistance qui s’oppose à la loi en vigueur, et devenir clandestin. Mes parents l’ont fait. Mais ne mélangeons pas les situations, et par suite les modalités d’action.
            Vous écrivez également : «Alors il faut d’abord nettoyer la France de ses scories, de ses bataillons dormants qui n’attendaient que le signal pour agir. Une sorte de simili Bataille d’Alger doit être lancée (…) ». Glissons pudiquement sur les mots «nettoyer» et «scories» qui connotent votre propos d’une notion de déshumanisation qui certainement n’est sans doute pas votre intention véritable. Pas d’angélisme ici en pensant que ces tueurs méritent la moindre faiblesse de notre part. Mais simplement une attention portée au risque que nous courrons de ne pas demeurer nous-mêmes suffisamment humains en toutes circonstances, notamment lorsque nous sommes en guerre. S’il est en la matière un bon exemple à suivre, c’est bien celui d’Israël.
Guerre civile algérienne

            Si je pense comme vous que la référence à la «guerre d’Algérie» est une bonne référence, je ne pense certainement pas à la même. Aux années douloureuses de la guerre des années 1954-1962, je crois qu’il faut plutôt évoquer un rapprochement avec celles des années 1990 – à savoir les dix années de guerre civile algérienne. Ce qui n’est pas plus rassurant, voire même peut-être pire.
            Ne pas confondre guerre d’indépendance et guerre d’agression extérieure. Les acteurs sont différents et les objectifs bien différents. Surtout quand, comme aujourd’hui, la guerre en question se fait contre un ennemi :
- qui n’est pas uniquement frontal, "en face", mais aussi "à côté";     - qui ne s’attaque pas uniquement à notre pays, mais au monde occidental et à sa civilisation.
            Le théoricien politique anglais Harold Joseph Laski nous rappelle que «la civilisation signifie avant tout le refus de faire du mal inutilement».
            Ressaisissez-vous, et donnez-moi à nouveau l’envie de vous lire.



[*] Après des études de philosophie et de sciences politiques, Etienne Gotschaux a travaillé dans les secteurs de la presse et de l’édition comme cadre dirigeant. Il fut également professeur associé à l’Université de Paris XIII. Il a engagé voici quelques années un travail de réflexion sur le fait religieux et l’étude des mentalités. Il est également l'auteur de deux ouvrages intitulés :

-           - Transmettre le judaïsme – témoignages d'aujourd'hui.

-           -    Dictionnaire pratique et commenté du judaïsme

6 commentaires:

Jacques BENILLOUCHE a dit…

Je vous concède que mon expression sur la «pureté du droit» peut être mal interprétée si elle est mal explicitée. Je serai donc plus clair avec cette notion de droit.

Les États-Unis et Israël avaient compris qu’avec des barbares usant de méthodes sanguinaires il fallait se comporter comme eux, à la limite en voyous, en écornant éventuellement les règles du droit si la vie de leurs citoyens était en jeu. Les Américains ont donc décidé, sans hésiter et sans faire tourner la lourde machine juridique qui protège les citoyens, de voter le Usa Patriot act, une loi pour unir et renforcer l'Amérique en fournissant les outils adaptés pour déceler et contrer le terrorisme. Cette loi antiterroriste a été rapidement votée par le Congrès des États-Unis et signée par George W. Bush le 26 octobre 2001, dans un délai record de 45 jours.

Aujourd’hui en France le combat contre le djihadisme ne peut être efficace que si l’on applique les mêmes règles du Patriot Act qui effacent la distinction juridique entre les enquêtes effectuées par les services de renseignement extérieur et la police criminelle dès lors qu'elles impliquent des terroristes. Comme aux États-Unis et en Israël, les statuts de combattant ennemi et de combattant illégal permettent au gouvernement et à la justice des mesures d’exception pour détenir sans limite et sans inculpation toute personne soupçonnée de projet terroriste.

Dans la pratique, les services de sécurité de ces pays ont le droit d’accéder aux données informatiques détenues par les particuliers et les entreprises, sans autorisation préalable de la justice et sans en informer les utilisateurs. Il ne s’agit pas d’augmenter le nombre de fonctionnaires sécuritaires ou le budget réservé au contre-terrorisme mais de doter la police d’outils modernes pour traquer les mails, intercepter les échanges et éradiquer les terroristes.

Anonyme a dit…

Les USA de Bush et aussi Israël ne sont peut-être pas de si grands modèles de démocratie rigoureuse...

mais il y un temps pour papoter sur la démocratie et une temps pour défendre sa peau...

A vous, messieurs les européens, qui juger sans réfléchir qui est intègre et qui ne l'est pas, à vous de relever le défi de la défense proportionnée...

devant ces humains déshumanisés par leur lavage de cerveau islamiste qui vous tirent dessus sans trembler une seconde.





Claude Perry a dit…

... Je souhaite m'adresser personnellement à monsieur Étienne Gotschaux...
Avec tout le respect que je vous dois, je me permets de souligner que non seulement je partage entièrement l'analyse de Jacques, mais également les termes utilisés pour "peindre" l'horreur d'une situation !
... C'est bien facile cher monsieur, de "pseudo-philosopher" lorsque l'on n'est que simple spectateur, ce qui semble être votre cas !
Une question : Quelle aurait été votre "attitude" si vous aviez eu l'un de vos enfants à l'intérieur du Bataclan ????
Claude

Véronique ALLOUCHE a dit…

Permettez-moi de vous dire que le cadre légal de nos institutions n'a jusqu'ici pas porter ses fruits.
La France entre officiellement en guerre contre le terrorisme. L'état d'urgence est décrété, ce qui signifie que la force doit faire loi. Il en va de la sécurité des français.
Sans vouloir vous outrager, il est des moments où la vie politique ne doit plus se contenter de mots mais d'actions.
La guerre n'est jamais propre, pas plus en Israël qu'ailleurs.
Si le droit est respecté en "toute légalité" tel que vous le souhaitez, alors ce sera l'extrême- droite qui prendra le relais dans ce pays avec le danger dès lors, de faire fi de toutes modalités du droit démocratique.
Cordialement

jean Smia a dit…

Bien qu'au départ, cela semble être hors sujet : il se trouve que je viens de terminer une chimiothérapie pour un lymphome.
Le protocole est le suivant : on détruit tous les globules blancs, puis on évalue combien de « bons » globules blancs on a produit.
Si ça ne marche pas : on recommence ou on greffe une culture de globules blancs sains. Si ça fonctionne pas : c'est foutu.
J'ai eu la chance que ça a fonctionné.
Pourquoi je vous raconte ça ? :
Parce que votre discussion sur le « cadre juridique » pour combattre le terrorisme me fait penser à quelqu'un qui demanderait un cadre juridique pour détruire les globules blancs défectueux.

Marianne ARNAUD a dit…

Cher monsieur Benillouche,

Cette "réflexion" de monsieur Gotschaux "me heurte violemment" car le combat de la France pour sa liberté ne s'obtiendra pas par des discours larmoyants ou bien-pensants - si bien structurés et raisonnés soient-ils - comme on a pu en entendre au lendemain des attaques de janvier, et qui nous ont menés tout droit où nous en sommes aujourd'hui.

Le combat de la France pour la sauvegarde de sa liberté ne s'obtiendra que par le courage, les efforts et l'acceptation de contraintes individuelles ou collectives, appuyés sur la cohésion de la communauté nationale.

Que les "Je suis Charlie" d'hier aient la pudeur de se taire aujourd'hui.

Très cordialement.