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mercredi 11 novembre 2015

Le Royaume-Uni et l'Europe par Dov ZERAH



LE ROYAUME-UNI ET L’EUROPE

Le point économique de Dov ZERAH



Depuis plusieurs mois, le premier ministre David Cameron a promis d’organiser un referendum sur le maintien du Royaume-Uni dans l’Europe, ou sa sortie, communément appelée Brexit. Depuis le début de la construction européenne, les relations entre le Royaume-Uni et l’Europe ont toujours été compliquées, voire conflictuelles. Le Royaume-Uni ne s’associe pas au processus qui va conduire en 1957 à la signature du Traité de Rome.


Le grand large

Même si les raisons sont nombreuses, deux apparaissent essentielles :
- Churchill laissait entendre que le Royaume-Uni choisirait toujours le grand large, pour désigner les États-Unis au continent. Le Royaume-Uni ne veut pas s’associer à un processus qui peut s’apparenter à la constitution d’un bloc susceptible de contester la prédominance américaine
- Plus concrètement, l’opposition porte sur les objectifs du projet européen. Dès le début, les Britanniques et son premier ministre Mac Millan sont pour la constitution d’un grand marché européen, mais ne veulent pas s’engager dans la construction d’une organisation, au moins au départ confédérale, avec vocation à développer des politique communes.
Or, le projet des pères fondateurs est de créer à plus ou moins brève échéance une Union européenne pour effacer à tout jamais les effets dévastateurs des deux guerres civiles qu’ont été les deux guerres mondiales, qui ont fait perdre à l’Europe sa primauté.
De Gaulle et Adenauer

Dès le début des années soixante, le général de Gaulle envisage une union entre la France et l’Allemagne pour recréer la Saint empire romain germanique dont l’Empereur Charlemagne est sacré à Aix la Chapelle. Mais, le chancelier Konrad Adenauer ne veut pas prendre de risque vis-à-vis de l’allié américain. Le résultat de cette période est le traité franco-allemand dénommé traité de l’Élysée, qui consacre la réconciliation des deux ennemis héréditaires, mais ne va pas jusqu’à l’union politique.
N’oublions pas que de 814, année de la mort de Charlemagne et du début de la querelle de sa succession et de son héritage, à 1945, la fin de la seconde guerre mondiale, l’Europe a été un champ de batailles. La dislocation de l’Empire carolingien et l’opposition entre les nationalismes allemand et français ont entraîné plus de 1.000 ans de guerres meurtrières. Ironie, ou clin d’œil de l’Histoire, le Royaume-Uni est souvent intervenu pour empêcher qu’une des deux puissances ne domine le continent, que ce soit pendant l’épopée napoléonienne, la grande guerre ou contre le nazisme. Que serions-nous devenus sans le courage et la ténacité des Britanniques guidés par Churchill en 1940 et 1941 ?

Cheval de Troie

Dans les années soixante, lorsqu’ils s’aperçoivent que la greffe européenne est en train de prendre, les Britanniques, ne souhaitant pas être en dehors du mouvement, demandent à être intégrés. Ils se heurteront au veto du général de Gaulle craignant que le Royaume-Uni ne soit le «cheval de Troie» des Américains pour déstabiliser le processus embryonnaire.
Ce survol historique est important pour imprimer au moins deux éléments :
- Quelles que soient les pesanteurs historiques, et la singularité géographique, le Royaume-Uni est en Europe
- L’historique de son adhésion en 1973 fera qu’il va occuper toujours une place spécifique dans le concert européen
Ayant compris que le traité de Rome avait pour base constitutive le deal franco-allemand entre la politique agricole commune pour l’agriculture française et l’Union douanière pour l’industrie allemande, les Britanniques vont demander, au cours des négociations d’adhésion, un retour financier avec la création des fonds structurels, le fonds régional et le fonds social, pour aider leurs zones et régions touchées par la désindustrialisation.
Margaret Thatcher

Cette approche britannique va atteindre son paroxysme lorsqu’au début des quatre-vingt, le premier ministre Margaret Thatcher va demander «I want my money back», affirmant une préférence nationale par rapport à toute solidarité européenne. Ce sera une constante de la politique britannique de refuser toute remise en cause du chèque obtenu en 1984, même si les circonstances initiales avaient complétement disparu…
Entre temps l’Europe a beaucoup changé : elle est passée de six membres, à 9, 10, 12, puis 15 pour en compter maintenant 28 ; le marché commun est progressivement devenu un marché unique ; les politiques communes se sont développées au point de couvrir tous les domaines de l’action publique…la monnaie commune a été créée, et a dépassé de nombreuses crises sans les Britanniques.

Repenser la construction européenne

Les difficultés de fonctionnement d’une Europe à 28 doivent conduire à repenser la construction européenne, à imaginer une Europe à la carte, chacun trouvant ce qu’il cherche, laissant chacun aller aussi loin que possible dans l’intégration. Organisons des cercles européens, pas forcément concentriques, dans lesquels seraient définies les politiques plus ou moins intégrées auxquels les États-membres accepteraient de participer.

La démarche britannique, comme l’attitude grecque, avant l’été est dangereuse, irritante. Mais, dépassons les réactions épidermiques, saisissons l’opportunité de mettre de l’ordre dans une Europe de plus en plus abandonnée, critiquée par les citoyens européens. Il faut trouver une solution, et je ne doute pas qu’on en trouvera une. Bruxelles est une fabrique de compromis !

Mais au-delà de la nécessité de trouver une solution pour empêcher les Britanniques d’aller vers le grand large, sachons créer une Europe non seulement à deux vitesses, mais à plusieurs vitesses.

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