ARTICLES LES PLUS LUS SUR LE SITE DEPUIS JUIN 2010 - LE BEST DU BEST OFF - CLIQUER UNE IMAGE POUR LIRE OU ARRÊTER LE DEROULEMENT


ARTICLES LES PLUS LUS SUR LE SITE - Cliquer l'image pour lire ou arrêter le déroulement

 

vendredi 13 novembre 2015

L'aveu de l'attentat contre l'avion russe gène la stratégie de Poutine


Radio-Judaïques FM :

L'AVEU DE L'ATTENTAT CONTRE L’AVION RUSSE GÈNE LA STRATÉGIE DE POUTINE

Jacques BENILLOUCHE
Au micro de
Eva SOTO



Les medias égyptiens ne cessent de critiquer les pays occidentaux qui privilégient la thèse de l'attentat dans le crash de l'avion russe; certains évoquent même un «complot» contre Le Caire et Moscou. En effet la Grande-Bretagne et les États-Unis ont été les premiers pays à pencher pour l'hypothèse d'un acte terroriste pour expliquer le crash de l'Airbus de la compagnie russe avec 224 occupants. Le Caire a estimé que les deux pays avaient anticipé les résultats de l'enquête et a condamné la décision de Londres de rapatrier les 20.000 Britanniques présents à Charm El-Sheikh.
Cliquer sur la suite pour écouter l'émission


video

Complot contre Al-Sissi


Le quotidien Al-Ahram y voit «un complot impliquant les Britanniques et les Américains contre le président Sissi et l'État». Pour le journal, il s'agit d’une tentative flagrante de punir l'Égypte économiquement et financièrement pour son ouverture à la Russie au cours des dernières trois années et pour la coopération militaire croissante entre les deux pays.
Le jour du crash de l'avion, le président russe a préféré avancer la thèse que l'accident était dû à une défaillance mécanique plutôt qu’à une action de Daesh afin d'exonérer sa campagne syrienne. Dans le cas contraire, la justification d'une opération militaire en Syrie destinée à assurer la sécurité des Russes aurait été taillée en brèche. Vladimir Poutine pourrait bien voir ses rêves de puissance contrariés par Daesh. Son premier réflexe a été la dénégation, comme le font toujours les régimes autoritaires et comme du temps de l’URSS. Il faut nier parce que la vérité gène. 

Ensuite est venu le silence par contraste avec un Poutine omniprésent sur le petit écran chaque soir, pour parler de la pluie et du beau temps. Or, on ne l’a plus vu depuis la catastrophe. Il avait besoin de fignoler la thèse officielle à destination des medias et surtout de convaincre sa population de la justesse de la politique suivie par le pouvoir. Effectivement il avait d'abord décidé de mettre en cause un incident technique et de clouer au sol tous les avions de Metrojet. Puis, après quelques jours, il a interdit tous les vols vers l’Égypte, reconnaissant implicitement que la thèse de «l’acte terroriste» devait être prise au sérieux.

Thèse de l’attentat

Le premier ministre russe Dimitri Medvedev a lui aussi abondé dans ce sens. Poutine reconnaît la thèse de l’attentat parce qu’il pouvait difficilement s’opposer aux conclusions des experts. Il accuse à présent la branche égyptienne de l’État islamique de s’opposer à sa stratégie en Syrie. Mais il prouve du même coup la vulnérabilité de la Russie alors que l’engagement en Syrie avait pour but de signifier le retour de la puissance russe. Poutine voulait montrer qu’il pouvait faire mieux que les Occidentaux contre Daesh. Pour réussir, il s’est appuyé sur les soldats restés fidèles à Bachar el-Assad et sur les forces iraniennes et leurs alliés du Hezbollah. Il avait été plus efficace que les Occidentaux en utilisant les frappes aériennes et une intervention au sol.
Frappes russes

Par ailleurs, Poutine ne souhaitait pas susciter de velléités religieuses au sein de ses 20 millions de musulmans de Russie alors que l’église orthodoxe russe a maladroitement qualifié l’intervention en Syrie de «guerre sainte». Il devenait facile pour Daesh de se présenter comme le combattant contre les «croisés». Pour éviter un enlisement semblable à celui d’Afghanistan,  il n’aura pas d’autre solution que de cibler l’État islamique. Les frappes vont s’intensifier mais Poutine a tout à craindre d’une guerre asymétrique qui peut lui faire perdre le pouvoir.

Faiblesse de l’armée égyptienne


Charm el-Sheikh


Le président égyptien Al-Sissi avait aussi intérêt à mettre en cause une défaillance mécanique ou une erreur de pilotage, pour ne pas suggérer des lacunes dans la sécurité de l'aéroport de Charm el-Cheikh. Il s’agit pour lui de préserver une source majeure de revenus pour l'économie égyptienne. Cet attentat pouvait aussi rejaillir sur son armée jugée capable seulement d’écraser les aspirations démocratiques des Égyptiens sans réussir à éradiquer les terroristes dans le Sinaï.
A l’inverse le britannique David Cameron et l’américain Barack Obama avaient un intérêt direct à dire que le crash n’avait pas de raison mécanique mais était lié à une volonté d'assassinat de Daesh. Il s’agit pour eux de marquer leur opposition à l'implication de la Russie dans la guerre syrienne et de mettre en évidence le coût humain élevé. Le Royaume-Uni et les États-Unis ont donc rapidement trouvé ce qu'ils voulaient trouver, à savoir une bombe dans l’avion. Le plus gênant est que les puissances ne cherchent pas vraiment la vérité sur ce tragique accident et qu’elles se lancent dans une guerre d'interprétation ;  chaque pays ayant des intérêts dans un scénario bien spécifique.

De leur côté les meurtriers de Daesh veulent prouver leur omniprésence et leur puissance dans la région. Il est certain que le Caire a mal géré le traitement de la crise de l’avion russe. La campagne verbale entreprise par les autorités et les medias en Égypte a été maladroite contre les gouvernements occidentaux qui ont imposé des mesures de précaution telles que l'arrêt des vols touristiques et le rapatriement de leurs citoyens de Charm el-Cheikh. Ces gouvernements étaient contraints de prendre des mesures pour dédouaner leur responsabilité politique et juridique face à leurs électeurs. S’ils ne le faisaient pas, ils seraient tenus de rendre compte de manière brutale en cas d’un nouvel attentat. Le recours à l'arrêt des vols, par mesure de précaution, prévient les citoyens contre les risques de voyage et les exhorte à quitter le pays. Ces mesures sont devenues habituelles dans cette région depuis la propagation du terrorisme, et ne visent pas en particulier le gouvernement égyptien.
Scientifiquement parlant, on n’a pas ou on ne veut pas déterminer la cause réelle de l’accident. Il faudra du temps avant que la vérité complète ne soit publiée. Il est vrai que les pays occidentaux ont peur du terrorisme et qu’ils anticipent les causes du crash.  Si la thèse terroriste était actée, alors l'ensemble du Moyen-Orient tomberait sous la menace des organisations terroristes qui visent délibérément les intérêts étrangers et les principaux lieux touristiques afin de frapper les gouvernements arabes pour mener au chaos avec l’idée de renverser les régimes.

Allégations fantaisistes

Mais les allégations de Daesh au départ ont été fantaisistes car l’hypothèse d’un missile était impossible. Les djihadistes n’ont pas les moyens techniques pour abattre un avion volant à 10 kms d’altitude. Cependant, la branche égyptienne de Daesh  a indiqué être responsable du crash.
Le ministre britannique des affaires étrangères a confirmé «qu’il est plus probable qu'il y ait eu un engin explosif à bord de l'avion et il y a une forte probabilité que Daesh soit impliqué». Les Israéliens ont confirmé cette thèse après avoir analysé les rapports de leurs services d’écoute. Airbus a pour sa part confirmé que «compte tenu des retours de l'enquête, il n'a pas été constaté de dysfonctionnement ; donc l’A321 n'était pas en cause ».
Aéroport de Charm el-Sheikh

L’Égypte voulait éviter un coup très dur pour le tourisme. À Charm el-Cheikh, les vacanciers, russes et britanniques sont repartis et ils ne risquent pas d’être remplacés avant longtemps. La sécurité a été renforcée à l'entrée de l'aéroport, où tous les véhicules étaient filtrés scrupuleusement mais cela est un peu tardif quand de nombreux touristes ont avoué avoir confié leurs valises à des porteurs pour ne pas faire la queue à l’enregistrement et cela en échange d'un billet de 20 livres sterling.
 Le comportement de Daesh dans cette affaire est étonnant. Quelques heures à peine après la chute de l’avion, il a revendiqué l’attentat sans explicitement dire comment il avait procédé.  Il s'est ridiculisé en diffusant une fausse vidéo d’un avion touché par un missile sol-air  pour étayer sa revendication. Quand il a compris que cette hypothèse était intenable, il a dû l’abandonner. En fait les terroristes apprenaient comment ils ont procédé par les informations de Londres et de Washington. Ce n’est plus un missile, mais une bombe à bord. Ils n’ont jamais donné les informations précises concernant la pose de la bombe à l’aéroport de Charm El Cheikh. En fait, ils se sont décrédibilisés et plus personne ne croira à leurs communiqués.
Revendication de Daesh

 Il y aussi un doute sur les terroristes eux-mêmes. Bien que Charm El Cheikh soit à l’extrême sud de la péninsule du Sinaï, les terroristes peuvent difficilement être assimilés à ceux du Sinaï. Alors que les terroristes se battent pour des raisons précises, pour réclamer un bout de terre, pour combattre un gouvernement ou pour s’accaparer les ressources d’une région, les terroristes du Sinaï ne veulent rien, ne réclament rien, combattent et meurent pour rien. Certes ils se sont affiliés à toutes les grandes centrales terroristes : Frères musulmans, Al Qaeda, État islamique, mais ils ne se sont jamais battus avec eux, ni pour eux. Ces terroristes organisent des opérations militaires de subversion et de déstabilisation en pays ennemi.
Le gouvernement égyptien de Sissi assimile les terroristes du Sinaï à des Frères Musulmans qui veulent reprendre le pouvoir. Mais ces éléments, déjà présents au Sinaï au temps de Morsi, recevaient à l'époque les mêmes bombes du régime islamique. Ces terroristes sont prudents car ils attaquent des postes de police égyptiens à la limite de la frontière israélienne mais ne s'en prennent jamais à Israël. Donc ces terroristes du Sinaï ne sont pas forcément et uniquement des Frères Musulmans qui s'inscrivent dans le combat contre Israël. Ils n’ont aucune idéologie qui les anime et jouent le rôle de source permanente de déstabilisation. 

Aucun commentaire: