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mercredi 25 novembre 2015

La nouvelle géopolitique du gaz par Dov Zerah


LA NOUVELLE GEOPOLITIQUE DU GAZ
Le point économique de Dov ZERAH

            
Le terminal off-shore d'ENI au large d'Egypte

          Les attentats de Paris, et la perspective d’une grande coalition contre l’Etat islamique, vont profondément modifier les relations entre l’Occident et le monde arabe, les relations entre l’Europe et la Russie, ainsi que celles entre l’Europe et l’Egypte. Mais ces relations vont aussi être influencées par les récentes découvertes de gaz au large d’Israël, mais surtout sur le plateau continental égyptien.



Hôtel Radisson à Bamako

            La perspective de la constitution d’une grande coalition contre la barbarie de Daesh constitue indiscutablement une bonne nouvelle, même si :
-          n’est toujours pas finalisée la solution politique pour la Syrie, ni réglée la question de l’avenir de Bachar El Assad
-          il ne faut pas sous-estimer une réaction de soutien à Daesh des populations qui pourraient ne pas apprécier cette coalition venue du Nord
-          il existe un risque de déplacement du terrorisme vers des maillons faibles, vers les pays les plus vulnérables…et de se retrouver en Afrique, soit pour y commettre des attentats, soit pour s’y réfugier. Y a-t-il d’ores et déjà un lien de cause à effet entre ce qui se passe en Syrie et l’attentat à l’hôtel Radisson de Bamako ?
            Mais, très vite va se poser la question du positionnement face à l’annexion de la Crimée, et de la situation dans l’Est ukrainien. Comment participer à une coalition avec la Russie tout en maintenant des sanctions économiques et financières contre elle ?

            Rappelons-nous que 60% du gaz consommé en Europe provient de Russie en passant par l’Ukraine. L’Europe va-t-elle faire un arbitrage entre le gaz russe et celui qui pourrait venir d’Egypte, voire d’Israël ?
            Jusqu’en 2012, l’Égypte a été exportateur de gaz. Mais ses besoins sont devenus si importants qu’elle a été obligée d’arrêter ses exportations vers Israël et la Jordanie. Il manque à l’Egypte au moins 20% de gaz naturel dont elle a besoin pour alimenter correctement ses centrales électriques ; il en est résulté de nombreuses coupures d’électricité et des files d’attente dans les stations d’essence, car le pays n’a pas suffisamment de devises pour importer l’énergie dont il a besoin. Ces problèmes ont accentué le mécontentement populaire, et ont une contribution aux difficultés rencontrées par les présidents Moubarak et Morsi.

            Grâce aux découvertes des gisements Léviathan et Tamar aux larges des côtes israéliennes, la Compagnie publique égyptienne de gaz (EGAS) s’est mise à acheter du gaz israélien, malgré les risques encourus dans le transport effectué avec un gazoduc qui, dans la traversée le Sinaï, a fait l’objet de nombreuses attaques terroristes. Le gaz va faire le chemin inverse. Parallèlement, Israël va vendre du gaz à la Jordanie. Le développement des échanges, surtout sur des produits énergétiques, si cruciaux pour l’économie, ne peut que consolider la paix entre ces trois pays. Cette coopération gazière régionale constitue un indiscutable facteur de stabilité. Et maintenant, c’est à l’Egypte de faire d’exceptionnelles découvertes.
            Le gisement gazier découvert en Egypte est facile d’exploitation parce que les volumes sont situés à de faibles profondeurs, et devrait commencer à produire à compter de 2017. Il est impressionnant. Avec une production annuelle de 30 à 35 milliards m3, un champ «super géant» selon la compagnie pétrolière italienne ENI ; il est impressionnant et constitue la plus grande découverte de gaz offshore du monde de cette dernière décennie.
            La perspective de la fin des achats en Israël, et de l’autosuffisance pour l’Égypte sont de bonne augure tant pour Israël que pour l’Egypte, car la majeure partie de la future production alimentera le marché intérieur, dans l’attente de trouver des débouchés d’exportation. L’un comme l’autre économisera des devises, et cela est particulièrement bienvenu pour l’Égypte dont la situation économique est difficile ne serait-ce qu’avec la baisse du tourisme consécutive aux attentats terroristes.
Attentat contre pipeline gaz au Sinaï

            L’Égypte aura deux bénéfices supplémentaires :
-          la fin des pénuries d’électricité constituera un encouragement pour l’activité économique, et donc la croissance. Après le doublement de la capacité du canal de Suez, cette découverte devrait attirer les investissements étrangers et remettre l’économie égyptienne sur les rails
-          cela devrait permettre de diminuer le coût budgétaire consacré au subventionnement des prix de l’énergie. L’enjeu porte sur 15 milliards$.
            À la différence du pétrole, le gaz naturel est difficile à transporter ; si la sortie par gazoduc n’est pas possible, le gaz doit être liquéfié pour pouvoir être exporté. L’Egypte possède deux usines de liquéfaction de gaz naturel, une ne fonctionnant pas, l’autre travaillant à 20 ou 40% de ses capacités, selon les périodes.


            La géopolitique énergétique est en plein bouleversement depuis plusieurs années. D’abord avec les gaz de schiste américains qui font, depuis 2014, des États-Unis un pays exportateur ; maintenant c’est au tour des découvertes de l’Est méditerranéen. Cela devrait signifier que, sauf une très forte reprise mondiale, les prix du pétrole devraient continuer à baisser. Une bonne nouvelle pour l’Europe qui se lance dans une stratégie délibérée de conforter ses sources d’approvisionnement avec des «hub gaziers méditerranéens», même si simultanément, le gaz russe reprend le chemin de l’ouest.

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