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samedi 21 novembre 2015

La normalisation laborieuse entre Israël et le Mali



LA NORMALISATION LABORIEUSE ENTRE ISRAËL ET LE MALI

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps

           
          Est-ce un hasard si le pays d’Afrique qui souffre le plus du terrorisme islamique est le Mali qui est l'un des quatre, avec le Tchad, la Guinée et le Niger, à ne pas entretenir de relations diplomatiques avec Israël ? En réaction tardive à la Guerre des Six-Jours de 1967 et au nom de la défense de la cause palestinienne, il avait rompu ses relations avec Israël le 5 janvier 1973. Arie Avidor avait été nommé attaché d'ambassade en juin 1972, chef de mission à titre temporaire en l'absence de l'ambassadeur, jusqu’à la fermeture de l’ambassade. 
          Le Mali s’était alors comporté en porte-drapeau palestinien en Afrique et n'a jamais changé malgré l’évolution de la situation géopolitique dans la région. Son choix politique et sa rupture avec Israël ont fini par lui causer plus de déconvenues que d’avantages. À force de vouloir porter haut les intérêts, pourtant lointains, des Palestiniens, il en est venu à sacrifier les siens propres.



           
Maliens manifestants contre les djihadistes 
          Depuis cette rupture, la déception a été grande pour les dirigeants du Mali. Les pays arabes n’ont jamais levé le petit doigt pour aider ce pays peuplé d’une majorité musulmane. Ce fut le cas récemment lorsque le nord du Mali a été attaqué. Alors de  manière périodique, les dirigeants maliens envoient des signaux signifiant leur volonté de renouer avec Israël mais ils y mettent tellement de conditions inacceptables par la partie israélienne que le projet est systématiquement reporté et que les israéliens n'y croient plus.
            Pourtant de nombreux pays africains, qui avaient rompu en 1967 et en 1973, avaient fini par comprendre qu’Israël disposait d’une compétence en Afrique. Ils trouvaient avec l’État juif le moyen de s’affranchir de l’aide de leur tuteur colonial. Ils appréciaient chez ce jeune pays son expertise dans les domaines industriels, ses expériences réussies des cultures dans les zones arides et surtout sa gestion de l’eau grâce à la haute technicité de son système d’arrosage automatique. L’assistance militaire sans contrepartie contraignante permettait la mise à niveau d’armées aux embryons modestes. L’État juif présentait alors une image moins arrogante que celle des pays coloniaux qui avaient rechigné à se dégager de leurs intérêts africains.
Innovation en Afrique

            Les entreprises israéliennes, concurrentes des européennes, avaient ainsi raflé les appels d’offres pour la construction d’aéroports, de routes, de ponts et de bâtiments officiels. Israël peut aujourd’hui doubler le potentiel du Mali pour le rendre auto-suffisant alors qu’il souffre d’un manque de produits alimentaires menant à une misère chronique de la population. Les problèmes sécuritaires empêchent par ailleurs toute évolution malgré la présence française. Le Mali a plus besoin de conseillers pour mettre en place ses propres structures sécuritaires nationales plutôt que de dépendre d’un pays étranger. La crainte que font peser les terroristes islamistes n’est pas étrangère à ce changement de cap. Le monde a évolué depuis le 11 septembre et Israël devient un acteur fondamental dans la région.
Réunion de l'OUA

            Depuis 1980, à l’exception du Mali, les pays africains, soupesant où se situait leur intérêt personnel, avaient décidé de renouer les liens avec Israël.  Des milliers de stagiaires africains sont alors venus se perfectionner en Israël. Parallèlement, les échanges entre Israël et l’Afrique Noire évalués à 400 millions en 1988 ont atteint 1,32 milliards de dollars en 2007 et ont doublé depuis. Le Mali avait été seul avec l’OUA (Organisation de l’Union Africaine dissoute en 2002), à refuser de normaliser les relations avec l’État Hébreu. Le soutien actif de pays aussi divers que la Côte d’Ivoire, le Togo, le Congo et le Cameroun du côté francophone et d’autres anglophones tels que le Kenya, le Ghana, le Nigéria, l’Angola et le Rwanda n’est pas arrivé à faire sauter le verrou du boycott décrété par une organisation et un pays soumis au fanatisme et à l’extrémisme de certains dirigeants.
Stagiaire du Mashav en Israël

            L 'Agence de coopération pour le développement international au ministère des Affaires étrangères (Mashav) est responsable de la conception, la coordination et la mise en œuvre à travers le monde du développement et de la coopération dans les pays en développement. Ses programmes couvrent les domaines de l'agriculture, de l'éducation et de la médecine et sont financés conjointement avec des organisations multinationales. En raison du blocage des relations diplomatiques, Mashav ne peut pas proposer ses programmes d’aide au Mali sauf à choisir des chemins détournés et non officiels.
            Le Mali a de plus en plus besoin d’une aide militaire qui se justifie à présent avec les attentats et les prises d’otages qui le laissent sans défense; une aide en armes, une aide en conseillers sécuritaires et une aide financière. Les relations entre Israël et les pays d’Afrique subsaharienne s’illustrent surtout sur le plan sécuritaire. Officieuses, aléatoires, elles obéissent en priorité à une logique d’intérêts politiques et économiques. Comme dans beaucoup d’autres zones géographiques instables, les Israéliens ont su faire valoir leur expérience militaire. Aujourd’hui, des dizaines de sociétés de sécurité travaillent sur ce continent, toutes dirigées par d’anciens officiers de Tsahal. La présence israélienne y est exclusivement privée, c’est un phénomène qui remonte aux années 1970. 
            Au lendemain de la guerre de Kippour de 1973, lorsque la plupart des pays africains ont rompu leurs liens avec l’État hébreu, le Mossad avait décidé de se substituer aux diplomates en servant d’interlocuteur auprès des dirigeants africains et des mouvements d’opposition. Isolé sur la scène internationale, Israël cherchait avant tout à bénéficier d’appuis au sein de l’ONU. C’est à ce moment-là que les hommes d’affaires et les marchands d’armes israéliens ont fait irruption en Afrique. Au Liberia, au Zaïre, au Togo ou encore au Cameroun, des centaines d’instructeurs israéliens ont alors assuré la formation de gardes présidentielles et d’unités d’élite.

            D’ailleurs lors de la visite d’Avigdor Lieberman en Afrique, qui visait à renforcer la coopération sur le plan agricole et proposer des solutions liées à la purification des eaux, il s’est trouvé contraint de déclarer qu’«il ne fait aucun doute que le plus important pour l’Afrique, c’est la lutte contre la pauvreté et la sécheresse, pas les armes». Mais au sein de la délégation israélienne figuraient une équipe du Mossad, des représentants du Sibat, l’organisme en charge des exportations d’armes israéliennes, de même que plusieurs responsables d’industries de défense, comme les sociétés Elbit, Soltam, Silver Shadow et l’Israel Aerospace Industries (IAI). Tous les pays visités avaient des préoccupations sécuritaires qui ne pouvaient être satisfaites que par les experts de Tsahal.

            Quelques anecdotes confirment ces faits. En décembre 2008, lorsque le capitaine Moussa Dadis Camara s’était auto-proclamé successeur du défunt président Lansana Conté, il connaissait la méfiance qu’éprouvait à son égard une partie de la population. N’accordant guère plus de confiance à l’armée guinéenne, dont il était pourtant issu, le chef de la junte décida de s’attacher les services d’un expert en sécurité qui assura l’encadrement de sa garde prétorienne, les Bérets rouges.  Autre exemple lorsque le président ivoirien, Laurent Gbagbo, fit face à une offensive rebelle. Déçu des Français et à la recherche d’un appui militaire, le chef d’État ivoirien s’était tourné vers son fidèle avocat parisien qui l’avait mis en contact avec plusieurs spécialistes israéliens. En quelques semaines, Laurent Gbagbo obtient la livraison d’hélicoptères, de drones tactiques et de matériel d’écoute. Une cinquantaine d’experts israéliens du renseignement opérèrent alors à Abidjan pour espionner les communications des rebelles.
L'ex-président Gbagbo

            Ehud Olmert en personne s’était rendu à Yamoussoukro, pour une visite restée plus que discrète. Organisé par l’ancien ambassadeur israélien en Côte d’Ivoire, le déplacement de l’ex-Premier ministre était lié à des affaires sécuritaires, telles que la mise en place d’un Shin Beth ivoirien pour renforcer la sécurité autour de Gbagbo et surveiller certains éléments hostiles de l’armée ivoirienne. Très réactives, habituées aux situations de crise, les entreprises israéliennes sont souvent les premières à proposer leurs services à des pays en guerre : conseil militaire, soutien logistique et armement.
I.B.K


            Aujourd’hui le Mali regrette son intransigeance vis-à-vis d’Israël et surtout le temps perdu à défendre une cause qui ne lui a rien rapporté. Le président IBK (Ibrahim Boubacar Keïta) est inquiet de la situation de son pays et souhaiterait consolider son régime rendu fragile par les djihadistes. Il est incapable de faire face seul à l'entreprise de déstabilisation islamique dans son pays. Il ne pourra s'en tirer qu'avec une aide extérieure, celle de la France lui semblant trop astreignante et peut-être peu efficace. Or il lui suffit de modérer ses exigences et de prouver sa réelle volonté de normaliser les relations pour qu’Israël ouvre une ambassade à Bamako avec toutes les conséquences matérielles que cela sous-entend.  Encore faut-il que IBK accepte de manger son chapeau.


Dernière nouvelle du Mali




          Un éducateur professionnel israélien de haut rang été tué au Mali lors de l’attaque de l’hôtel Radisson de Bamako. Depuis plus de 20 ans, Shmuel Ben-Hillel conseille les pays africains en tant que membre du personnel senior à l'école Mandel for Educational Leadership. Une grande perte pour Israël et pour l'Afrique.

1 commentaire:

Arie AVIDOR a dit…

Les pays d'Afrique subsaharienne qui ont rompu leurs relations avec Israël en 1973 et ne les ont toujours pas renouées sont le Mali, le Tchad et le Niger. La Guinée qui a rompu en 1967 n'a toujours pas renoué elle non plus avec Israël. La République des Comores, indépendante depuis 1975 et membre de l'Union africaine, n'a jamais établi de relations diplomatiques avec Israël.