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mercredi 25 novembre 2015

Hocine Drouiche, un imam à suivre par Jean CORCOS



HOCINE DROUICHE, UN IMAM À SUIVRE

Par Jean CORCOS


            

          Il y a un peu plus d'un mois, le 18 octobre, j'avais comme invité pour un direct sur notre station, Hocine Drouiche, imam à Nîmes. C'était donc quelques semaines avant l'horreur des attentats de Paris, mais les sujets dont on parle beaucoup aujourd'hui - islamisme radical, mosquées salafistes, paroles de haines proférées par certains imams étrangers dont l'expulsion vient enfin d'être décidée - étaient bien en toile de fond de cette émission.


Conférence des imams

Hassen Chalghoumi

            Hocine Drouiche est au niveau national vice-président de la «Conférence des Imams de France», présidée par Hassen Chalghoumi, connu dans la communauté juive pour son amitié et  son combat contre les courants extrémistes. Il préside le conseil des imams de son département, le Gard. Franco-algérien, il a grandi et fait ses études supérieures d'abord en Algérie dans les années 1990 - il ne s'agissait pas à l'époque de religion mais d'économie. Et puis, il y a eu un changement de cap au début des années 2000 ; il va étudier les sciences islamiques, et ces études religieuses l'ont conduit à Damas, en Arabie Saoudite. Il allait plus tard décrocher d'autres diplômes au Liban, à Bahreïn, en se spécialisant dans la finance islamique.
Drouiche à Nimes

            Après un passage à Toulon, il est venu à Nîmes où il est l'imam de sa mosquée depuis 2004. Mais il a pris en parallèle d'autres engagements, avec la Mairie pour l'aide aux jeunes en difficulté, dans le domaine du dialogue inter religieux; et il donne de nombreuses conférences, la dernière au Palais des Nations de l'ONU à Genève. Le 1er juillet dernier il a fait un exposé remarqué à Bruxelles dans le cadre d'une rencontre inter religieuse dédiée aux Chrétiens persécutés ; cette intervention a été reprise sur un site publié par le Vatican [1].
            Pourquoi cette vocation religieuse un peu tardive ? La vocation pour lui n'est pas venue par hasard, ce n'était donc pas une «révélation mystique» : sa famille descendant du Prophète avait déjà compté beaucoup de personnes versée dans la religion musulmane. A propos de la formation pour devenir imam il précise que «la plupart des imams en fonction dans les pays européens ont été formés dans des pays où ils ont entendu que l'Europe et la laïcité étaient les principaux ennemis de l'islam». C’est  assez dur comme accusation ;  pensait-il à sa propre formation en Syrie et en Arabie Saoudite ? Pour lui, les écoles de Damas et du Caire sont plutôt modernes, contrairement à celle de l'Arabie qu'il qualifie de «salafiste». Il y a un problème donc avec l'Europe, non seulement par le fait que ce courant est tourné vers le passé, mais en raison d’un problème plus profond. L’Europe et ses valeurs de laïcité, sont méprisées en raison de rancœurs historiques (mémoire du nationalisme arabe contre le colonialisme, sentiment que leurs pays ont été pillés, etc.)

            On sait qu'il n'y a pas de certification pour devenir imam en France. Ils sont choisis par les fidèles de leur mosquée. Ils sont appelés par leur fonction à conduire la prière du vendredi en arabe car beaucoup ne parlent pas le français correctement. Il y a un manque d'imams qualifiés pour les quelques 2.300 lieux de culte du pays, et le CFCM a été très critiqué pour le retard en la matière. Il a été proposé par l'Algérie et le Maroc de faire, en coopération avec les autorités françaises, une formation accélérée dans leurs pays : est-ce une bonne idée ? Mon invité pense que c'est une erreur de la part du gouvernement. Il y a une crise de la question musulmane France ; cette population n'arrive pas à trouver son équilibre dans le pays, à s'ouvrir aux autres et parfois les jeunes s'enferment dans la haine vis à vis des autres. Si on forme un imam en Arabie ou au Maroc, il sera formé en dehors de valeurs des Droits de l'Homme et de la laïcité, or il faut que les imams français soient un exemple non seulement dans notre société mais pour le reste du monde.

Aumônier hospitalier

            Hocine Drouiche est aussi aumônier hospitalier dans son département du Gard. On lit dans la presse des articles faisant état d'incidents parfois violents, provoqués par des maris, musulmans fondamentalistes, qui refusent que leurs femmes soient examinées, soignées ou accouchées par un homme. Lui-même a dit qu'il n'a pas eu écho de ce genre de situation dans son département, où les imams musulmans sont plutôt modérés. Ces refus n'ont pas réellement une base religieuse mais, pour lui, ces incidents viennent de l'extérieur, d'un islam politique qui fait de la provocation,  et «mélange tout» en exploitant la colère de gens frustrés.
            A propos de ce que subissent les Chrétiens dans le monde et en particulier au Moyen-Orient, mon invité admet volontiers qu'il y a, depuis la naissance de l'islam, une tendance originelle à la domination de l'autre et au prosélytisme. Il y a aussi, à notre époque, un recul de la modernité dans le monde musulman, qui régresse, considère les autres religions comme des dhimmis et donc pas comme des citoyens égaux. Les Musulmans sont égaux aux autres en France grâce à la laïcité, cette laïcité qui est considérée comme une «mécréance» dans le monde arabe, où le premier article des constitutions dit que l'islam est la religion de l'Etat. Il y a donc la nécessité d'une réforme importante dans la pensée musulmane, pour reconsidérer en profondeur les rapports «aux autres».
Drouiche au Bataclan

            Hocine Drouiche avait évoqué à plusieurs reprises dans son article la crainte d'un choc en retour en Europe, dont seraient victimes cette fois les Musulmans qui y vivent. Quel est son vécu dans le Gard, où le Front National a enregistré plus de 40 % des voix au deuxième tour des départementales ? Il a dit très courageusement que les Musulmans devaient, avant de voir les erreurs en face, d'abord «nettoyer devant chez eux», et ne pas faire de provocations. Il craint une réaction violente, évoquant même par comparaison les persécutions antisémites du passé. Il dit qu'il y a des agressions verbales contre les femmes voilées. Mais, pour lui, le vote Front National n'est pas uniquement dû au racisme, mais à d'autres causes comme l'insécurité. Les imams ont donc un rôle à jouer, à la fois pour rassurer et pour éduquer leurs fidèles.
            En ce qui concerne les relations avec la communauté juive, mon invité a évoqué sur sa page Facebook la prière pour la République dite le Shabbat dans les synagogues consistoriales. Il a même établi un parallèle avec la création du Consistoire par Napoléon 1er en 1806, avec le fameux questionnaire soumis aux notables de la communauté juive, pour prouver que la pratique du Judaïsme était compatible avec les Institutions de l'Etat. Il n'a pas détaillé les questions à poser aux responsables de l'islam en France pour établir un pacte républicain, qu'il avait mentionnées dans son article. Il a préféré donner en quelques phrases un tableau un peu idyllique des relations entre Juifs et Musulmans qui ont vécu ensemble dans le passé en Terre d'islam, et ramener tout le contentieux au conflit israélo-palestinien qui aurait «empoisonné» leurs rapports.


Intifada

            Ma dernière question devait donc évoquer ce conflit, hélas redevenu sanglant ces dernières semaines avec l'Intifada des couteaux. Dans son article, il a été tout à fait clair en disant que «c'était son devoir d'aider les Palestiniens qui subissent une occupation, mais en même temps que ce n'est pas en remettant en question l'existence d'Israël que l'on fera avancer les choses». Je lui ai demandé ce qu'il pensait des accusations et menaces contre Hassen Chalghoumi, qui fait l'objet de violentes campagnes de dénigrement, étant accusé par beaucoup de militants de la cause palestinienne d'être vendu aux Juifs et d'être un traître. Il a pris la défense de son ami et président, connu il y a trois ans. Les menaces de mort contre lui l'ont touché, et l'ont conduit à le soutenir. Pour lui, Chalghoumi est un «homme de paix», qui veut pousser la société française vers la paix et le vivre ensemble. Sa conclusion a été optimiste, car il pense en conclusion que c'est son discours qui va s'imposer à la longue.



1 commentaire:

Véronique ALLOUCHE a dit…

Je reprends un passage de votre article:
À propos de la formation pour devenir imam il précise (Hocine Drouiche), que «la plupart des imams en fonction dans les pays européens ont été formés dans des pays où ils ont entendu que l'Europe et la laïcité étaient les principaux ennemis de l'islam».
Sachant cela pourquoi les autorités européennes ont accepté sur leur sol des imams venant prêcher la haine?
Quel laxisme de la part de nos dirigeants et quel aveuglement des médias, notamment de gauche, qui n'ont pas voulu voir la réalité et se sont bercés d'angélisme avec ce qu'ils appellent, assis confortablement dans leur studio de radio ou de télé bien loin des zones de non-droit, "le bien vivre ensemble".
Journalistes de tous bords, c'est vous qui avez fait monter le Front National. Vous ne devriez pas en être fiers.
Tous coupables et tous responsables.
Bien cordialement