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lundi 2 novembre 2015

Herzog désespère les Travaillistes



HERZOG DÉSESPÈRE LES TRAVAILLISTES

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps



Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté le 31 octobre sur la place Rabin pour rappeler l’assassinat, il y a vingt ans, d’Yitzhak Rabin par l’extrémiste juif Ygal Amir. Il s’agissait d’une commémoration qui aurait pu prendre l’allure d’une relance d’un programme politique au moment où les hommes au couteau dictent leur volonté aux dirigeants politiques. 



On attendait plus de cette réunion qui s’est transformée en meeting d’anciens combattants. Bien sûr on a écouté les belles phrases sur la paix, bien sûr on a vanté la démocratie vivante en Israël, bien sûr on a crié la volonté de paix que les années n’ont jamais concrétisée. Mais les organisateurs ont raté le coche parce qu’ils auraient pu exploiter la ferveur de ceux qui espéraient. L’occasion était bonne pour parler des problèmes en suspens et du processus de paix moribond. Les Palestiniens auraient pu profiter de cette journée pour prendre la parole et rappeler le souvenir de celui qui, le premier, les avait affranchis. Face à la foule de la place Rabin, les deux bords auraient pu tenter de sortir de l'impasse dans laquelle Israël et les Palestiniens se sont fourvoyés en s'inspirant de celui qui a eu le courage de parler à ses ennemis.



On n’a pas vu de nouvelles têtes, de nouvelles étoiles capables de réveiller un parti dans l’atonie. On a fait appel aux valeurs sûres, Bill Clinton et Barack Obama qui ont fait leur temps et qui ont paru démodés. Le seul à avoir crevé les planches a été un homme de droite, longtemps faucon dans son parti Likoud. Le président Réouven Rivlin a incarné le renouveau en se montrant défenseur des minorités : «Deux décennies sont passées, et nous restons concentrés sur les blessures du passé, et pas assez sur la construction du futur. Nous sommes trop focalisés sur la peur, et pas assez sur l’espoir. La démocratie israélienne est assez solide, et nous sommes assez courageux et forts, pour ouvrir en grand les portes d’Israël, pour que tous les groupes parmi nous puissent jouer un rôle égal dans la définition du caractère et de l’avenir de l’État d’Israël».

Les jeunes, qui s’étaient pressés à la place Rabin, souhaitaient entendre de nouvelles idées et voir de nouveaux leaders capables de les entraîner dans un nouveau combat politique. Où étaient les anciens généraux Ron Huldaï, Meir Dagan, Benny Gantz et Gaby Ashkenazi qui auraient pu remuer les foules. Où était Ofir Pines-Paz qui avait été écarté par Ehud Barak parce qu’il lui faisait de l’ombre au point de l’obliger à quitter le parti travailliste. L’étoile montante ne pouvait plus rester dans un parti qui selon lui «avait abandonné ses valeurs au cours des 15 dernières années».
Yitzhak Herzog a montré qu’il ne faisait pas le poids. Il ne s’est pas inspiré des Britanniques qui sont maîtres dans l’art de pratiquer la véritable démocratie. Ils savent tirer les leçons des échecs et prendre les mesures immédiates dans l’intérêt de leur parti. Ed Miliband avait annoncé sa démission, le 8 mai, après avoir subi une défaite aux élections législatives. Lui aussi avait été victime des sondages qui prédisaient un score très serré entre les deux partis concurrents. Le Labour a obtenu presque 100 sièges de moins que les conservateurs (232 contre 331). Il s’est expliqué aux fidèles de son parti : «Ce n’est pas le discours que j’aurais souhaité faire. Le Labour a besoin d’un leader fort. Il a besoin de se reconstruire». Sa décision de partir s’imposait pour garantir l’avenir de son parti.
            Malgré son échec aux élections de mars 2015, le travailliste Isaac Herzog n’a pas cru devoir se démettre de son poste. Alors il laisse son parti s’étioler au fil de ses échecs et des renoncements de quelques-uns de ses dirigeants, avec des conséquences qui se mesurent  aujourd’hui au niveau de la politique du pays. Une gauche atone entraîne l’affaiblissement du camp de la paix en Israël et laisse le champ libre aux nationalistes. Les travaillistes ne peuvent s'en prendre qu'à eux-mêmes. D'ailleurs Bernard Shaw avait écrit : «S'il n'y avait pas les socialistes, le socialisme gouvernerait le monde entier».

L’omnipuissance de Benjamin Netanyahou, face au vide de l’opposition, mène à l’inertie. La politique ronronne à la Knesset. L’opinion publique, soumise au seul dogme imposé par la majorité, est acquise aux thèses de la droite, voire de la droite extrême. La gauche n’a pas tiré les leçons de ses déconvenues depuis les élections de 2008 qui la rendent inaudible. Les tenants de la droite nationale ont alors un boulevard pour faire entendre leur discours.
Le parti travailliste était déjà passé dans une phase de coma lors de la scission qui avait poussé Ehud Barak, ministre de la Défense, à partir avec la moitié de ses députés pour fonder le micro parti «Hatzmaout», disparu depuis, qui avait été entièrement inféodé au Likoud de Benjamin Netanyahou. Il avait ainsi concentré sur lui des haines qui perdurent encore aujourd’hui et qui ont poussé à la désaffection du parti. Écrasés par les caciques du parti, qui verrouillaient les postes de responsabilité, les figures  montantes, symboles du renouveau de la classe politique et du camp de la paix, ont déserté pour s’enfermer dans le silence.
Ce déclin de la gauche explique la stagnation du dialogue avec les Palestiniens bien que les Arabes soient co-responsables du blocage du processus parce qu’ils se satisfont du statu quo qui leur assure l’opulence. Yitzhak Rabin avait mené son parti au sommet mais, depuis 2001, la déroute systématique du parti travailliste aux élections l’a marginalisé pour le transformer en parti d’appoint dans des coalitions de droite avec Ariel Sharon puis du centre avec Ehud Olmert et enfin du Likoud avec Benjamin Netanyahou. 

Parce qu’ils n’ont pas su prendre des positions courageuses et désigner un leader charismatique, les travaillistes se sont disqualifiés pour ne plus constituer une alternative politique crédible. Le parti s’était alors rétracté sur lui-même, campe sur ses vieilles positions, s’appuie  sur des dogmes périmés, n’innove plus, ne bouge pas, et ne se remet pas en cause. Au lieu d’analyser les vraies raisons de leur déclin, les travaillistes attribuent leur défaite à une dérive centriste, sinon droitière, de l’électorat israélien sans prendre les mesures adéquates.
Et pourtant le parti est solidement implanté grâce à ses milliers de militants encartés et ses cadres actifs expérimentés détenant le pouvoir dans plusieurs grandes villes. Mais l’alternance ne pourrait être envisagée que si un travail de rénovation était entrepris pour faire émerger de nouveaux jeunes leaders. Le parti ne manque pas de talents mais les ambitions sont étouffées par les professionnels de la politique vissés à leur fauteuil.
Il est donc facile au premier ministre Netanyahou de camper sur une position intransigeante puisque le pouvoir ne peut pas lui échapper et cela d’autant plus que la relative faiblesse de la politique internationale de Barack Obama le conforte dans son bras de fer avec le président américain.
Le réveil des travaillistes aurait pu être planifié ce 31 octobre à Tel-Aviv si l’opposition avait surfé sur le mécontentement d’une large classe de la population israélienne, pénalisée par l’option ultra libérale du gouvernement. Israël va bien mais la population pauvre augmente. Le chômage est en baisse parce que les entreprises usent et abusent des emplois précaires pour licencier le personnel après 10 mois de travail, sans indemnité.


Netanyahou a mesuré le désarroi des travaillistes et les courtise pour amener Itzhak  Herzog dans sa coalition dans une sorte de baiser de la mort. Il a compris que Herzog ne fait pas le poids, même comme chef de l’opposition avec son manque de charisme et sa piètre qualité oratoire en raison de sa voix nasillarde. Avec Herzog qui s’accroche à son poste, la gauche s’enfoncera encore dans les oubliettes de l’opposition et les Palestiniens dans le désespoir parce qu’ils ont refusé d’être aux premières loges le 31 octobre 2015 pour montrer qu'ils choisissaient la voie de la paix. .

5 commentaires:

Elizabeth GARREAULT a dit…

C'est peu de le dire!

Jo MARTIN a dit…

Bel Article ! Criant de Vérité !...

Pascale CHATELUS a dit…

Tout est dit... et c est un triste constat.

Jacob a dit…

il est bien votre article monsieur Benillouche. "Le président Réouven Rivlin a incarné le renouveau...: «Deux décennies sont passées, et nous restons concentrés sur les blessures du passé, et pas assez sur la construction du futur..." sur ce point le Président Rivlin n'est pas attaquable. a force de se regarder le nombril, certains Israéliens ne regarde plus le futur.

sur les travaillistes, j'aime la phrase «S'il n'y avait pas les socialistes, le socialisme gouvernerait le monde entier». les partis socialistes sont partout les mêmes. c'est tellement difficile d'arriver au comité national, que chaque personne qui y rentre, prend toujours la peine de bien refermer, à triple tour, la porte derrière lui. il ne faut surtout pas faire entrer les jeunes, car ils n'ont pas pas assez bavé face aux anciens. cela donne un parti bien fermé sur lui même.

le charisme d'Herzog est tout sauf évident. je partage votre idée qu'il aurait dù laisser sa place. les travaillistes manquent de pensée globale. à une élection, ils ne parlent que du social et oublient la paix, à une autre c'est le contraire. comment fidéliser les électeurs quand les grandes orientations politiques fondamentales deviennent des variables?

andre a dit…

Et si Herzog n'y était pour rien dans le naufrage du parti ? Et s'il faut envisager un aggiornamento ? Faire à Avoda ce que Blair a fait au Labour ? Comprendre que la vulgate socialiste est dépassée et reconstruire un parti avec des idées nouvelles et non plus en se gargarisant de formules creuses sur la" gôche" ?