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jeudi 8 octobre 2015

MAHMOUD ABBAS SAIT JUSQU’OÙ NE PAS ALLER TROP LOIN




MAHMOUD ABBAS SAIT JUSQU’OÙ NE PAS ALLER TROP LOIN

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps



Une Intifada ne se décrète pas et ne se planifie pas. L’expérience des deux premières montre que les dirigeants palestiniens ont pris le train en marche après le déclenchement des troubles, à l’initiative de la population et non des chefs qui ont cependant récolté à leur profit les palmes de la révolution.  Mahmoud Abbas, connaissant bien l’Histoire de sa région, contrôle parfaitement la situation en Cisjordanie et sa mainmise sur les services de sécurité palestiniens en font le dirigeant qui décide ou non d’envenimer la situation. 


Police Palestinienne

Il vient d’ailleurs de sonner la fin de la récréation en exigeant des chefs sécuritaires palestiniens de «ne pas donner une chance aux plans israéliens, dont le but est d’aggraver la situation et de nous entraîner dans un cycle de violence». Il a décidé d’arrêter l’escalade de la violence à Jérusalem et dans les Territoires parce qu’elle pouvait dégénérer en une bataille qui mettrait en danger son propre pouvoir. Il sait jusqu’où ne pas aller trop loin. Reste à savoir si les émeutiers, après avoir été encouragés, vont entendre le message d'apaisement. 

Deux Intifada

Intifada 1987

La «Guerre des Pierres», qui avait débuté le 9 décembre 1987, avait été déclenchée à la suite d’un accident entre un camion israélien et une voiture palestinienne. La mort de quatre passagers arabes avait donné l’occasion à la foule arabe d’envahir la ville de Gaza pendant les funérailles pour s’en prendre à l’armée israélienne dans le camp de réfugiés de Jabālīyah. La vieille garde avait alors été dépassée tandis que de nouveaux visages révolutionnaires avaient émergé face à des dirigeants corrompus.
La visite d’Ariel Sharon sur le Mont du Temple, le 28 septembre 2000, avait relancé les événements de la deuxième Intifada inspirée par la déception des accords de 1993 qui avaient mené à un processus politique stérile. Elle concrétisait par ailleurs la scission de la population palestinienne en deux entités antagonistes, Fatah et Hamas. 
Destructions à Gaza

Aujourd’hui le maître d’œuvre reste Mahmoud Abbas après la neutralisation de fait du Hamas, plombé par son isolement depuis la rupture avec les Égyptiens et par sa situation économique catastrophique qui le rend dépendant de son approvisionnement via Israël. La guerre d’août 2014 a affaibli les troupes du Hamas qui ont perdu une partie de leur arsenal et qui doivent tenir compte de la détresse des populations toujours en attente de mesures concrètes après les destructions qu’elles ont subies. 
Mahmoud Abbas, s’il n’a pas été l’instigateur des troubles actuels, les a cautionnés car il y trouve un moyen pour détourner l’attention sur la grogne qui se développe au sein de son administration. Il est complétement discrédité au sein de l’Autorité palestinienne par ceux qui l’accusent de ne pas résoudre les problèmes quotidiens économiques et politiques et de ne pas combattre la corruption qui sévit au sommet de la pyramide.
            Certes, il ne tient pas la main des jeunes excités qui jettent quotidiennement des pierres sur les véhicules circulant en Cisjordanie jusqu’à faire des morts parmi la population civile ou qui assassinent au couteau des passants dans la ville de Jérusalem. Mais il ne les condamne pas et s’en sert pour ses desseins personnels. Son parti est en déréliction et son rôle consiste à éviter les risques d’une déflagration.

            Mahmoud Abbas a trois fers au feu. Il veut d’abord exploiter sa victoire diplomatique à l’ONU qui lui a permis de déployer le drapeau palestinien, en tant que membre observateur, parmi les 193 autres pays membres. Alors il laisse se développer une résistance civile, au départ non violente pour éviter toute rupture avec le gouvernement israélien, mais qui s’est transformée en actions sanglantes.

Occupation humiliante


En fin politique, il ne prône pas ouvertement la confrontation avec Israël qui a la faveur des jeunes lassés de la lenteur de la solution du conflit israélo-palestinien. Il n’est pas prêt à sauter le pas en favorisant une guerre ouverte avec Tsahal. Il sait que ses forces ne sont pas de taille à résister à l’une des plus fortes armées du monde. Il est surtout convaincu qu’il laissera des plumes et qu’il sera éjecté du pouvoir par ceux qui n’attendent que cet instant pour agir. Même si, selon certains dirigeants palestiniens, «l’occupation militaire est reconnue comme humiliante et difficile», l’amélioration des conditions de vie est réelle tandis que, face à la politique de nuisance de l’Iran, le monde arabe se satisfait de cette situation de ni guerre ni paix.
            Contrairement aux autres Intifada, les actions sur le terrain n’ont pas de caractère spontané puisqu’elles sont l’œuvre de cellules organisées qui agissent avec l’accord tacite de la police palestinienne, censée collaborer avec les services de sécurité israéliens. Mahmoud Abbas est suffisamment machiavélique pour ne pas choisir le suicide politique en coordonnant lui-même depuis son bureau de la Mouquata, le soulèvement populaire. Sa direction étant déjà délégitimée, il risque de permettre à de nouveaux visages d’émerger pour une nouvelle stratégie palestinienne. Par ailleurs, il n’est pas tout à fait libre de ses décisions car trois pays arabes, la Jordanie, l’Arabie saoudite et l’Égypte, qui ont suivi l’expérience des révolutions arabes, ne sont pas prêts à soutenir des flambées de violence qui risquent de se propager à l’intérieur de leurs frontières.


Déception à l’ONU

Quand le président de l’Autorité palestinienne a prononcé son discours à l’ONU, il n'a pas divulgué de programme politique clair. Il voulait seulement secouer les consciences de son peuple pour masquer les extravagances de ses fonctionnaires qui créent, auprès de la population palestinienne, un désenchantement perceptible. Le problème de l'utilisation des fonds publics est une constante récurrente qui n'a jamais été résolue et qui hante les esprits. 
Les sommes mal utilisées sont légions et certains budgets spécifiques disparaissent entre les mains des ministres. Il n’y a pas de jour sans accusation de détournements de fonds. Des auditeurs experts ont constaté que 40% du budget a été gaspillé, poussant le procureur général de l’Autorité à engager une action contre des fonctionnaires qui avaient détourné 700 millions de dollars. Les Occidentaux sont conscients de ces débordements puisqu’à plusieurs reprises, ils ont menacé de suspendre leur aide qui couvre le 1/6 du budget de l’Autorité.

Corruption généralisée


            Ces affaires arrivées sur la place publique ont déconsidéré l’Autorité. L’Autorité palestinienne gère mal les centaines de millions d’aide. D’ailleurs les pays arabes, qui ne sont pas dupes, refusent de verser les sommes promises. Seuls les Occidentaux continuent à alimenter les caisses palestiniennes. Cette manne financière, provenant de financements de nombreux projets par des gouvernements ou des agences internationales, pousse à la gabegie. La corruption en Palestine est un système devenu autonome, faisant partie intégrante du corps politique palestinien. L’Autorité palestinienne en est le principal bénéficiaire.  

La direction de l’OLP a dilapidé les fonds destinés à soutenir les secteurs de l’éducation, de l’agriculture, de la santé et du logement en les redirigeant vers les gros propriétaires fonciers de la vallée du Jourdain, les industriels et certaines catégories professionnelles privilégiées. Mahmoud Abbas n’est donc pas prêt à renoncer à une manne financière, même s’il faut favoriser le statu quo et enterrer tout projet de création d’État palestinien. La gabegie peut encore perdurer aussi longtemps que des dirigeants corrompus sont au pouvoir en Cisjordanie. Mais pour cela, il ne doit pas trop miser sur la violence dans les territoires pour éviter de se trouver face à une révolution qu'il ne pourra pas contrôler. L’Intifada n’entre pas dans la stratégie de Mahmoud Abbas.

5 commentaires:

Nadine VERED a dit…

Mahmoud Abbas dit qu'il ne veut pas la violence, mais la violence est la, en plein Israel ,exemple Yafo. Israel doit reagir parce qu'il est deja alle trop loin, et que la violence terroriste peut s'etendre au coeur d'Israel, dans tous les villages et villes arabes.

Claude Perry a dit…

... Qu'y a-t-il de différent ?
Tous les "grands" de ce bas monde essaient de s'accrocher à leur siège plus ou moins éjectable, et à leurs privilèges !!
Monsieur Mamouth à "contre-basse" fait partie de ceux-là, tout comme Bobholland, Oh ! Bama, Merkel Angélica, sans parler de ces ministres français qui continuent de polluer la France depuis des années, au lieu d'être sous la "protection" d'une certaine ministre dont je tairai le nom pour ne pas l'empêcher de faire ce soir de jolis rêves, et non des cauchemars en pensant à moi !!
En fait, tout ce beau monde, que ce soit "Mamouth" ou les autres, continuent inlassablement de tondre les pauvres moutons qui votent encore pour eux et qui y croient...
Pardonnez-moi Mon Dieu, d'être aussi noir ce soir, sans aborder le cas Morano...
Il fut un temps où l'on ne voyait que des films en noir et blanc...
Qu'allons nous laisser à nos enfants ???
Claude

Claude Perry a dit…

J'ajoute sur une note "désuète",
Où sont les amoureux de Peynet...qui rêvaient, tout comme moi encore aujourd'hui, main dans la main, assis sur leur nuage !!!
Claude

Véronique ALLOUCHE a dit…

Tu termines ton article par ce que tu penses qu'il adviendra, à savoir "L’Intifada n’entre pas dans la stratégie de Mahmoud Abbas".
A mon sens "la rue" peut ne plus lui obéir, car c'est un homme politiquement affaibli. A-t-il encore suffisamment de pouvoir pour éteindre le feu de la violence qui sévit en ce moment, et jusqu'à Yaffo hier?
J'espère me tromper mais je pense que nous assisterons à une troisième intifada.
Bien cordialement
Véronique Allouche

Fernand COHEN-TANNOUDJI a dit…

L’ors de la première intifada 1987 Itsak Rabin zal avait donné l’ordre de « leur casser les os », en 2015 les arabes israéliens doivent choisir leur camp clairement,la double allégeance à un état palestinien ennemi d’Israël est définitivement insupportable, Israël est un Pays Juif dont la capitale est Jérusalem et dont mes ancêtres les Cohanim étaient propriétaires du Mont du Temple avant Jésus et Mohamed, et si leurs pulsions les empêchent de choisir clairement leur camp...alors il faudra que nous le faisions, afin de les convaincre que Jérusalem est UNE et ISRAEL UN.