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samedi 3 octobre 2015

MAHMOUD ABBAS À L’ONU, UN NON-ÉVÉNEMENT



MAHMOUD ABBAS À L’ONU, UN NON-ÉVÉNEMENT

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps


           
          On attendait beaucoup du discours de Mahmoud Abbas à l’ONU. Il avait prévenu qu’il ferait une déclaration importante touchant à l’avenir de l’Autorité palestinienne. Mais la montagne a accouché d’une souris et il s’est bien gardé de mettre ses menaces à exécution. Son départ aurait pu clarifier la situation et ouvrir de nouveaux horizons politiques dans une situation palestinienne bloquée. De nombreux candidats, et non des moindres, sont prêts à prendre la relève et ils patientent depuis plusieurs années tandis que la situation continue à se dégrader. Son discours prévisible a été un pétard mouillé car aucune innovation n’a été apportée à sa position figée dans le déni d’une stratégie pragmatique. Il aurait pu faire des annonces originales mais, fidèle à son habitude, il a prononcé un discours d’une platitude désespérante.


           
Oslo
          Le discours prononcé à la 70ème Assemblée des Nations-Unies à l’occasion du déploiement du drapeau palestinien devait être, selon Mahmoud Abbas lui-même, une «bombe».  On spéculait sur sa démission, sur le démantèlement de l’Autorité palestinienne, sur son exil même du territoire palestinien pour ne pas cautionner une politique sans ouverture, sur la résiliation des accords d’Oslo dont il avait été le promoteur. Il n’en a rien été et son discours manquant de courage politique et bourré d’ambiguïté a été suffisamment vague pour ne pas être contraint à une décision quelconque.
            Il a annoncé que l’Autorité palestinienne ne serait plus liée par les accords «précédemment signés» mais il n’a pas précisé à quels textes il faisait allusion : «Tant qu’Israël refuse d’appliquer les accords signés avec nous ... et tant qu’Israël refusera de cesser les activités de colonisation et de libérer le quatrième groupe de prisonniers palestiniens, conformément à nos accords, il ne nous laissera aucun autre choix que d’insister sur le fait nous ne resterons pas les seuls engagés dans la mise en œuvre de ces accords». De nombreux accords ont été en effet signés depuis 22 ans. Or le mot d'Oslo n'a jamais été prononcé.
En fait, ses paroles étaient plutôt apaisantes pour ne pas brusquer l’opinion internationale, tellement apaisantes que la presse internationale en a peu fait l’écho. Il a bien sûr maintenu ses attaques habituelles contre Israël et s’est glorifié de la levée du drapeau à l’ONU. Mais il n’a pas défini sa nouvelle vision pour la Palestine, ni sa nouvelle stratégie pour sortir les Palestiniens de l’impasse. Il n’a pas présenté un projet concret pour contraindre Netanyahou à se prononcer sur ses nouvelles propositions. Il est resté terne, fidèle à lui-même et totalement prévisible. Il ne s’est engagé sur rien et sa menace est restée vague pour ne pas hypothéquer ses marges de manœuvres.

En fait Mahmoud Abbas a raté le coche. Il avait l’occasion de compléter sa victoire du drapeau à l’ONU pour s’adresser aux représentants des Nations Unis en faisant preuve d’innovation dans l’intérêt de son peuple ; il a profondément déçu. On s’attendait à ce qu’il mette en difficulté les Israéliens en annonçant le démantèlement de l’Autorité palestinienne ce qui aurait eu pour effet de transférer ses pouvoirs administratifs à l’armée avec toutes les complications qui en découlent. Mais il n’a pas eu le courage de renoncer à une sinécure bien rémunérée. 
Conseil palestinien

          Et pourtant le Conseil palestinien réuni en mars 2015 avait déjà fait un pas vers la rupture en exigeant la fin de la coordination sécuritaire avec Israël, l'organisation du boycott de «tous les produits israéliens et non seulement ceux en provenance des colonies israéliennes» et la planification d’élections présidentielles et législatives. Aucune de ces décisions n’a été reprise dans son discours face au monde politique international.
Mohamed Dahlan

Sa démission annoncée aurait pu faire l’effet de sa «bombe» car le peuple palestinien, selon un sondage, la réclame à 65% pour laisser place à un dirigeant plus jeune et plus charismatique. Il est vrai qu’il a écarté tous les concurrents potentiels comme Mohamed Dahlan, Yasser Abed Rabbo ou Salem Fayyad. Mais le nouveau secrétaire général de l’OLP, Saeb Erekat, est le dauphin désigné par Mahmoud Abbas alors que le peuple palestinien réclame Marwan Barghouti, le dirigeant du Fatah emprisonné en Israël depuis 13 ans, après avoir été condamné à la réclusion perpétuelle pour sa part dans des assassinats et des attentats ayant fait des dizaines de victimes. Par son passé de combattant, il serait le seul capable d’effacer les divisions entre clans palestiniens.
Sami Abou Zouhri

Le Hamas a violemment critiqué le discours du président palestinien à l’Onu. Le porte-parole du Hamas, Sami Abou Zouhri, a qualifié le discours d'Abbas de «sentimental. Ses propos seront jugés au respect de l'engagement qu'il a pris à ne plus honorer les accords avec l'occupant israélien».  Pour la majorité des habitants du Hamas, le discours a été décevant parce qu’il n’a pas «répondu aux attentes du peuple palestinien qui attendait un discours plus fort».
Nul n’entrevoit une ouverture sur la base du principe, pourtant rabâché, de deux États pour deux peuples. Mahmoud Abbas aura été le fossoyeur de l’avenir palestinien.



2 commentaires:

Elizabeth GARREAULT a dit…

Il faut dire que les positions officielles de notre gouvernement actuel décourageraient même les meilleures volontés. Bah! faisons confiance à ceux qui vont encore s'écrier que c'est Abbas qui ne veut pas alors que Bibi veut immédiatement reprendre les négociations. - Négocier sur quoi, au fait?

«Rétrocéder des morceaux de la Judée-Samarie aux Palestiniens, n’est même pas sur la liste des options que nous [leur] offrons. » vient de proclamer Tzipi Hotovely, ministre adjointe aux Affaires étrangères (Haaretz du 29 septembre).

Avraham NATAF a dit…

Abbas s'attend à ce que les européens/américains fassent des pressions sur Israël pour toutes concessions sans qu'il ait à s'engager à quoique ce soit. Il a des alliés naturels, Il réussit assez bien.