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mardi 27 octobre 2015

Le défi de l'Iran après les sanctions



LE DÉFI DE L’IRAN APRÈS LES SANCTIONS

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps

            
          La négociation pour un accord nucléaire était la partie la plus simple à régler. À présent commence la bataille pour son application avec pour corollaire le véritable choix de la voie choisie par l’Iran pour être admis dans le concert des Nations. Les deux structures politiques du pays ont adopté l’accord : le Majlis, le Parlement, par 161 voix contre 59 et 13 abstentions ainsi que le Conseil des Gardiens de la Révolution, le plus puissant du pays, qui vérifie toutes les lois votées au Parlement pour qu'elles respectent les articles de la Constitution et les règles de la charia.



Khamenei et Rohani

Cet accord a été obtenu malgré la forte colère des parlementaires conservateurs.  La presse réformatrice a salué «cette étape vers le calme et demandé à l’État de s’occuper désormais de l’économie». La presse conservatrice a, pour sa part, réitéré ses critiques contre le gouvernement de Hassan Rohani et mis en garde contre «l'ingérence des États-Unis dans le pays». Mais cela n’a pas calmé les esprits puisque, en séance publique, le député ultra conservateur Rouhollah Hosseinian a menacé le chef de l'Agence iranienne à l’énergie atomique, Ali Akbar Salehi, de l'enterrer dans une dalle de ciment à l’intérieur de la centrale nucléaire d'Arak. Dès lors que le Guide suprême a affiché la volonté des hautes autorités iraniennes d’appliquer l'accord nucléaire, l’échec de la ligne dure du pays est acté.
Ali Salehi

            La mise en œuvre de l’accord prendra plusieurs mois durant lesquels régnera l’incertitude. L’Iran doit démanteler une grande partie de son programme nucléaire, mettre à l’arrêt les deux tiers de ses centrifugeuses et vendre son stock d’uranium enrichi. Les Réformistes voient dans cet accord, s'il est respecté, le moyen de transformer en profondeur leur économie à l’agonie, vers plus de libéralisme Ils comptent sur les investisseurs étrangers, européens et asiatiques, et sur le retour du tourisme pour gonfler leurs réserves en devises. Mais nombreux sont ceux qui sont sceptiques sur un éventuel changement car le régime a peur des conséquences.
Les mollahs craignent surtout l’invasion de la culture américaine dans un pays révolutionnaire avec le risque de modifier les esprits et d’occidentaliser la jeunesse. Mais les Iraniens sont plus préoccupés par leurs intérêts économiques et financiers que par un changement d’idéologie. La levée des sanctions va toucher économiquement ceux qui  profitaient de la situation d'exception à l’instar des contrebandiers qui se sont enrichis avec l’importation de denrées alimentaires interdites.
Les Gardiens de la révolution redoutent de leur côté une perte de leur influence idéologique à cause d’une «interférence de l’Amérique dans les affaires intérieures de l’Iran» et sont persuadés que les sanctions ne seront jamais totalement levées par les États-Unis. Mais ils sont forcés de se plier aux injonctions d’Ali Khamenei qui a accepté, contre son gré, de signer l’accord parce qu’il craint que la situation économique désespérée ne pousse les jeunes, ayant perdu tout sentiment révolutionnaire, à se lancer dans une aventure contre le régime pour imposer un changement. 

En effet, les opposants sont de plus en plus nombreux à prendre des risques, forçant les mollahs à une plus grande sévérité. L'Iran a reconnu officiellement 369 exécutions en 2013, 704 selon des sources fiables. On compte plus de 852 exécutions en 2014 et déjà 700 personnes ont déjà été éliminées durant cette année 2015.
            Sur le plan politique, les Iraniens vont à présent s’intéresser aux élections pour le parlement, le Majlis, prévues en février 2016. L’Assemblée des Experts aura de son côté à statuer sur la nomination du prochain Guide suprême, certainement encore Ali Khamenei, sauf s’il est emporté par son cancer. Le régime, échaudé par les élections de 2009, risque de ne pas être aussi souple après l’élection de nombreux réformateurs. Il poussera certainement le Conseil des Gardiens à rayer sur les listes électorales les noms de nombreux candidats à l’élection déjà considérées comme persona non grata.
Conseil des mollahs

            La fin des sanctions internationales contre l’Iran influera sur la monnaie nationale iranienne, le Rial, qui a perdu près de 80% de sa valeur depuis 2011. La libération des 130 milliards de dollars iraniens, bloqués à l’étranger, aura un  effet direct sur l’économie iranienne. La Banque centrale iranienne s’était concentrée, pendant ces derniers 18 mois, sur le contrôle de l’inflation, avec une conséquence sur le taux de change de la monnaie nationale par rapport au dollar américain. Le taux d’inflation, qui avait atteint à 40% s’est stabilisé à 15%, à mettre au crédit du gouvernement du président Hassan Rohani.
Rials

Une nouvelle page économique s’ouvre donc avec la levée des sanctions devant permettre à l’Iran de regagner son rang de puissance économique régionale et mondiale. Sa richesse pétrolière inquiète cependant le marché de l’or noir en pleine déconfiture. L’OPEP a immédiatement annoncé que le marché pétrolier ne serait pas affecté à court terme. Il est vrai que plusieurs mois sont nécessaires à l’Iran pour réorganiser son circuit de distribution. L’accord permet à l’Iran  d’augmenter sa production pétrolière de plus de 1 million de barils par jour ce qui mettrait les cours de l’or noir sous pression.

Cependant le problème fondamental pour les Iraniens consistera à récupérer leur crédibilité vis-à-vis des Occidentaux. Téhéran ne pourra regagner la confiance de ses partenaires que s’il remplit ses engagements vis-à-vis de son programme nucléaire. Le choix reste entre la voie de la paix et de la raison dans l’intérêt de la population iranienne, ou la voie de l’aventure avec le financement d’opérations terroristes pour déstabiliser le Moyen-Orient. Là est le défi qui déterminera l’avenir du pays des mollahs. Dans un prochain article, nous constaterons que les derniers développements démontrent que l’aventure militaire semble être dans les gênes des Iraniens.

1 commentaire:

parolevolée a dit…

"Téhéran ne pourra regagner la confiance de ses partenaires que s’il remplit ses engagements vis-à-vis de son programme nucléaire."
Le besoin de nouveaux marchés et débouchés des Occidentaux relativise la portée de cette phrase si l'on en juge la précipitation avec laquelle les Etats ont encouragé l'envoi de représentants de sociétés sur le sol des Mollah juste aprés la signature des accords et avant leur mise en oeuvre.
Morale et grandes affaires ne font pas bon ménage.