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mardi 20 octobre 2015

La question de Palestine d'Henry Laurens Par Arie AVIDOR



LA QUESTION DE PALESTINE D’HENRY LAURENS

Par Arie AVIDOR, ancien Ambassadeur d’Israël



Une question soulevée sur un autre fil de discussion à propos d'une interview au Point d'Henry Laurens, professeur au Collège de France, chef de file incontesté de l'école orientaliste de France et sans doute l'historien qui a eu le plus d'influence ces vingt dernières années sur la formation des opinions des intellectuels, des journalistes et des diplomates français sur la question du conflit israélo-arabe, m'amène à évoquer succinctement son œuvre, essentiellement les cinq volumes de «La Question de Palestine».


Henry Laurens

La recherche chez Henry Laurens est en général très fouillée et minutieuse, appuyée sur une certaine connaissance de la langue arabe, mais fondée dès ses origines et sur toute la ligne sur des a priori qui sont toujours au détriment du mouvement sioniste qu'il définit comme «un phénomène de colonisation de peuplement». Pour les États arabes, selon lui, «reconnaître la légitimité d'Israël serait reconnaître la légitimité de la dépossession (des Palestiniens)».
Henry Laurens méconnaît profondément Israël : dans son analyse, le mouvement sioniste puis l'État d'Israël de 1948 à nos jours sont un monolithe, un bloc idéologique à la perception unique du conflit qui confond depuis toujours la sacralisation religieuse avec la sacralisation nationale. Il décrit le conflit, dès le départ, comme un jeu à somme nulle et fait fi d'ignorer la volonté des leaders sionistes d'une solution de compromis avant et après 1948.

Laurens va jusqu'à innover en créant une «novlangue» de l'histoire du conflit. Par exemple, ce que tous les historiens désignent comme «la révolte arabe de 1936-1939» devient sous sa plume «la grève arabe contre la colonisation juive». En outre, il soutient que c'est l'expulsion des populations arabes qui a forcé l'intervention des États arabes en 1948.
Il va même jusqu'à justifier, ce qu'aucun autre historien de renom n'a jamais osé faire à mon avis, le blocus du golfe d'Aqaba par l'Égypte en 1967 sous le prétexte que l'occupation des rives de la Mer Rouge (Eilat) par Israël en 1949 est intervenue après la signature des accords d'armistice de Rhodes et donc, ne pouvait pas être comprise dans ces accords !
Henry Laurens est beaucoup moins comminatoire pour ce qui concerne son analyse des autres pays de la région. À propos du Liban, par exemple, il a la modestie (et l'humour) de déclarer: «si vous avez compris quelque chose au Liban, c'est qu'on a vous a mal expliqué !».
En conclusion, la critique des distorsions et des misperceptions (NDLR : perceptions de manière incorrecte) dans l'œuvre de Laurens pourrait être un excellent sujet pour un mémoire de maîtrise, voire d'une thèse de doctorat.

En attendant, La Question de Palestine restera le livre de chevet de tous les «experts» de notre région, posé bien en évidence sur l'étagère dans les bureaux de nos «interlocuteurs privilégiés» au Quai d'Orsay et ailleurs.

1 commentaire:

Pierre Georlette a dit…

Merci pour cet analyse de l'oeuvre du Prof. Laurens qui m'évitera de le lire tant son principe de départ est éloigné de ma compréhension de l'histoire du peuple Juif et de ce qu'il est convenu de nommer les Enfants d'Israël qui englobent très largement le peuple Juif.
Dans une interview très récent du Prof. Laurens au sujet de la destruction par le feu du soi-disant tombeau de Joseph, j'ai dans le même ordre d'idée été très surpris de son postulat comparable à une bulle infaillible d'un pape que Joseph est un mythe et que le personnage n'a jamais existé. Bien des éléments historiques prouvent le contraire et même une conclusion erronée du Président déchu Mubarak au sujet de la découverte de la momie du pharaon mort très âgé de l'époque de Moïse prouve une fois encore la véracité des écrits bibliques montrant que le pharaon père et très âgé régnait en même temps que son fils premier-né appelé à mourir lors de la nuit de la Pâque, celui à qui Moïse a dit qu'effectivement il ne verrait plus son visage. Excusez-moi de ce rappel historique qui sort peut-être de notre contexte mais j'inviterais le Profeseur Laurens à être moins dogmatique et plus homme de sciences.