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lundi 14 septembre 2015

GESTICULATIONS PRÉ-ÉLECTORALES EN ISRAËL



GESTICULATIONS PRÉ-ÉLECTORALES EN ISRAËL

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps
            


          Les élections législatives viennent à peine de se terminer que déjà les préparatifs de la prochaine échéance sont entamés, à droite comme à gauche. À défaut de modifier le système électoral qui créé une véritable instabilité politique, Benjamin Netanyahou songe déjà à s’inspirer du système américain en créant un bipartisme permettant d’instaurer une majorité stable. Il organise son bloc de droite pour parvenir à ce qui existait du temps de la création de l’État avec deux grandes entités bien distinctes.




John McLaughlin

Le premier ministre est ainsi sensible aux arguments de son conseiller électoral, John McLaughlin, stratège politique qui conseille le parti républicain américain et qui a été à la manœuvre aux élections israéliennes du 17 mars 2015. Il songe ainsi à créer un parti républicain en fusionnant le Likoud, HaBayit Hayehudi de Naftali Bennett et Koulanou de Kahlon. Ces trois partis sont de même idéologie ; seuls les leaders se distinguent. Étrangement, il exclue du projet le parti Israël Beiteinou d’Avigdor Lieberman parce que la haine est tenace et qu’il veut des partenaires sans passé judiciaire. Les partis nationalistes, à l’instar de Tekouma d’Uri Ariel, ne seront pas invités car ils risquent d’effrayer l’électorat modéré.
Netanyahou s’y prend bien à l’avance alors qu’il n’y a aucune rumeur de rupture au sein de la coalition actuelle mais une crise non prévisible peut surgir à tout instant. Il est conscient que deux sensibilités majeures existent dans le pays et qu’il est temps à présent de les configurer. Il est aussi conscient que les partis orthodoxes ne sont pas solubles dans un parti laïc et que leurs Conseils des Sages s’opposeraient à toute tentative de les intégrer dans une grande entité politique.

            L’idée d'un parti Républicain est originale mais elle risque de buter sur les egos surdimensionnés des trois dirigeants actuels qui lorgnent vers le poste de premier ministre, en particulier celui de Moshé Kahlon qui se voit mal cohabiter avec des concurrents sérieux. Netanyahou veut frapper un grand coup. Cela pourrait expliquer son refus de s’adresser aux medias qu’il estime inféodés aux «gauchistes». Il veut donc réserver ses interviews et ses conférences de presse pour une annonce de première importance. Il veut aussi contrer les critiques non voilées du président de l’État, Réouven Rivlin, qui fustige son comportement provocateur avec les États-Unis et les accusations de la classe politique qui condamne l’isolationnisme dans lequel il a plongé le pays après son conflit avec les États-Unis et la victoire de Barack Obama au Congrès.

            Netanyahou veut innover aux prochaines élections en cherchant à mettre en orbite politique son fils Yaïr décrit par lui comme «le meilleur stratège politique dans le pays». Il pourrait lui réserver une place pour son entrée à la prochaine Knesset. Lui qui s’estime être le jumeau politique de Nicolas Sarkozy, il devrait méditer sur sa déconvenue à imposer son fils Jean dans le sérail des dirigeants politiques. En effet, Yaïr est de plus en plus aux côtés de son père dans les manifestations politiques. Il l’a accompagné lors de la traditionnelle rencontre avec les anciens du Likoud au Cercle Tagar et  à la réunion à la Grande Synagogue de Tel-Aviv en présence des membres du comité central du Likoud. C’était le bon moyen de lui donner son imprimatur.
            À gauche, les manœuvres vont aussi bon train. Il est de plus en plus évident qu’Yitzhak Herzog ne fait pas l’unanimité dans son parti. Il n’a pas été le leader charismatique capable de gagner les élections et il ne semble pas en position de gagner les prochaines. La gauche recherche donc celui qui pourra rassembler au-delà de la gauche. L’ancien général Gaby Ashkénazi n’a pas encore décidé vers quel parti il compte se diriger, le Likoud étant exclu. Mais une autre personnalité de poids semble vouloir participer à la course au leadership travailliste. Pendant longtemps, il a refusé tous les postes de ministre qui lui étaient proposés préférant son mandat local où il excellait. Il n’avait pas d’ambition nationale et s’estimait vieux, 71 ans, pour engager le fer avec les jeunots de la droite.
Ron Huldaï

Mais le feu couve à la maison travailliste et il semble convaincu à présent qu’il doit s’engager s’il ne veut pas que le Likoud consolide son implantation permanente au pouvoir en Israël. Le maire de Tel-Aviv Ron Huldaï dispose de toutes les qualités pour faire un bon premier ministre. Général de brigade diplômé du collège de l'US Air Force de Montgomery, Ron Huldaï a passé 26 années dans les forces aériennes d'Israël entre 1963 et 1989 et a participé à toutes les grandes guerres d'Israël. Membre du Parti travailliste, il a été élu maire de Tel Aviv en 1998 et depuis il est confortablement réélu avec une majorité de 62% des voix. Il dispose d’une bonne crédibilité de gestionnaire de la capitale économique d’Israël et est réputé pour être un bon rassembleur de talents sans distinction d’étiquette politique.
Les travaillistes ont perdu les élections de mars 2015 parce qu’aucun général ne figurait dans leur liste. Or les électeurs israéliens ont besoin d’être rassurés en cette période de tension internationale. Il pourrait donc être le tombeur de Netanyahou qui a mesuré le danger et qui veut se prémunir d’une défaite en créant son grand parti Républicain. Certains rêvent même d’un ticket du maire de Tel-Aviv avec Gaby Ashkénazi au poste de ministre de la défense. Mais les démêlés d'Ashkénazi avec la justice ne sont pas tout à fait clos. Sa candidature ne sera officielle que lorsque la justice aura définitivement prononcé son verdict. 

Huldaï semble prêt à sauter le pas puisqu’il a exigé, officiellement par lettre à Yitzhak Herzog, la tenue d’élections internes immédiates au sein du parti pour la désignation de son leader. Herzog est opposé à tout vote anticipé de leadership, prévu en 2017, au motif que «le parti a besoin de calme». Mais Huldaï doit contourner deux obstacles majeurs, d’abord son âge et une certaine santé fragile, ensuite l’absence d’une force personnelle organisée au sein du parti. Il doit tout constituer à zéro dans un parti de clans, réputé pour ses querelles intestines.
Shelly Yacimovitch

Mais en s’inspirant de la stratégie utilisée sans ses fonctions locales, il pourrait convaincre à gauche et surtout attirer des électeurs de droite sensibles au consensus déjà institué à la Mairie. Mais les blocages des militants pèsent sur son éventuelle élection à la tête des travaillistes. Herzog se battra jusqu’au bout car son intérêt prime sur l’intérêt du parti et du pays. Il doit aussi faire face au tandem Shelly Yacimovitch / Amir Peretz qui s’est reconstitué pour la reconquête du parti et à la capacité de nuisance de la Histadrout faiseuse de rois dont le président, paradoxalement, n’est pas membre du parti Avoda. La décision finale de Huldaï n’est pas acquise car il hésite à s’aventurer dans les eaux troubles de la politique politicienne. 
Cependant il pourrait être tenté après un documentaire sur Herzog diffusé par la chaîne-10 le présentant sous un jour peu favorable. La force de pesanteur des dirigeants de gauche qui protègent leur siège est telle que les personnalités charismatiques ne sont pas les bienvenues au parti. C’est d’ailleurs ce qui fait réfléchir Gaby Ashkénazi qui pourrait décider de s’allier au centriste Yaïr Lapid aux prochaines élections.
Nir Barkat
            La décision prévisible de Ron Huldaï à s’engager en politique a donné des idées au maire de Jérusalem, élu depuis le 11 novembre 2008, Nir Barkat, ancien membre du Likoud et de Kadima et ancien major dans la brigade de parachutistes. Il pense qu’il peut représenter le renouveau à droite après avoir montré ses compétences à gérer la Capitale en bonne entente avec les milieux religieux. Il a fait fortune dans la haute technologie et ses avoirs personnels sont évalués à 130 millions de dollars. En tant que laïc, il a réussi à se faire adopter dans sa ville par les orthodoxes et les sionistes religieux. Il ne fait aucun doute cependant, que fidèle à sa stratégie, Netanyahou fera tout son possible pour le broyer car il n’aime pas les jeunes têtes qui dépassent

La position de Barkat vis-à-vis de Netanyahou est ambiguë. Il a été longtemps son allié et il avait obtenu du premier ministre, avant les élections, la suppression du ministère des affaires de Jérusalem pour rester seul maître dans sa ville. Évidemment la promesse n’a pas été tenue puisque Zeev Elkin en a pris la charge. Il n’en fallait pas plus pour que la rupture soit consommée. La rivalité a pris des proportions qui n’étaient pas prévues alors que la popularité de Barkat est de plus en plus croissante au point d’apparaître comme son héritier potentiel. Mais le problème du maire de Jérusalem est que son positionnement politique n’est pas clair. Sauf à se réconcilier avec Netanyahou pour mieux le croquer, son avenir politique semble pour l’instant bloqué dans un parti entièrement dévoué au premier ministre.

Mais parallèlement au projet de changement de structure, Benjamin Netanyahou espère toujours se maintenir au pouvoir jusqu’à la fin de la législature. Il souhaite l’entrée des travaillistes au gouvernement en leur proposant des ministères-clefs : la défense, les Affaires étrangères pour Herzog et la Justice pour Shelly Yacimovitch, sous réserve d’un engagement ferme pour quatre ans. En échange, les sionistes religieux seraient exclus du gouvernement car leur président montrerait trop de velléité à être calife à la place du calife. Les deux leaders travaillistes, sachant leur position vacillante à la tête du parti, pourraient accepter un poste ministériel qui leur assurera un avenir politique jusqu'à la fin de la législature.  

Netanyahou hésiterait à rappeler aux urnes les Israéliens de si tôt mais ce qui est certain, c’est que, si elles ont lieu, les prochaines élections verront s’affronter des nouveaux visages qui auront soit une expérience militaire pour rassurer la population, soit une aura de gestionnaire des fonds publics. La vie politique israélienne n’est pas à l’abri de surprises.


2 commentaires:

Elizabeth GARREAULT a dit…

Si je peux mettre mon grain de sel en tant qu'encartée Avoda et si on ne prend que cet aspect de l'article, c'est clair qu'il faut virer Herzog. Shelly est bien pour l'économique mais pas d'envergure nationale et Amir, il tourne en boucle avec son dôme de fer, ça ne suffit pas. Ron Huldaï n'est pas populaire chez les militants ç juste raison. Bref...comme on est dans une société spartiate qui aime l'uniforme, il nous faut un militaire. Pas sûre qu'Askkénazy nous rejoigne....il faudra ronger son frein en attendant Benny Gantz. Quant à rejoindre une coalition, aucune raison d'aller servir la soupe à Bibi.

Paul ZAQUIN a dit…

Et l'avenir d'Israël est aux mains de ces politicards ,manipulateurs, conspirateurs,imbus de pouvoir et de renommée .
Leur idéologie change au gré de leurs intérêts personnels ....