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vendredi 21 août 2015

MOSHÉ KAHLON : LA DÉCEPTION



MOSHÉ KAHLON : LA DÉCEPTION

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps



Le nouveau parti Koulanou de Moshé Kahlon a été la révélation des élections de janvier 2015 ; il a décidé du contour de la nouvelle coalition. La liste comprenait des personnalités nouvelles, certes expérimentées dans leur domaine de prédilection, mais vierges de toute vie politique politicienne. Avec ses dix sièges, il avait dépassé le score de Naftali Bennett, le grand perdant de ces élections.



Virage à gauche

Durant sa campagne il avait préféré convaincre progressivement, pour attirer à la fois une partie de l’électorat du Likoud et ceux des électeurs de gauche qui n’ont pas été convaincus par le leadership de Herzog. Issu du Likoud où il a fait toute sa carrière, il avait tenté d’orienter son parti vers le centre gauche plutôt que vers la droite extrême. Le désaveu de Naftali Bennett et l’élimination des extrémistes de Yahad lui ont donné raison et les nombreux militants du Likoud, qui ont regretté son départ, ont été sensibles à sa dialectique mettant en premier plan les problèmes sociaux-économiques.
Kahlon-Elalouf

Koulanou avait obtenu le rôle de parti charnière, capable de ratisser large, parce qu’il se situait à la limite du Likoud historique, celui de Begin de 1977 qui avait fait la part belle aux séfarades et aux questions concernant les classes défavorisées. Il s’était adjoint un spécialiste, Elie Elalouf, francophone et prix d'Israël qui avait rédigé un rapport sur la pauvreté.
L’espoir avait changé de camp. Moshé Kahlon symbolisait le renouveau, l’homme qui devait réduire les inégalités, qui devait apporter aux classes moyennes un nouveau souffle et aux classes défavorisées le coup de pouce pour les sortir, non pas de la misère, mais d’une vie sans soleil. Mais ce qui choque c’est la disparition des radars médiatiques de celui qui avait tout fait pour drainer des voix parmi les francophones et les défavorisés. Troisième de la liste derrière le général Galant, Elie Elalouf n’a pas été récompensé par un poste de ministre et encore moins par la direction de la commission des finances alors que Moshé Kahlon avait fait de cette commission un casus belli. Cela fut sa première reculade face aux orthodoxes qui préfigurait toutes les autres couleuvres qu’il a dû avaler.  
En concentrant le regard de l’opinion publique vers l’Iran et en fustigeant le comportement des États-Unis dans leur quête de paix avec les mollahs, Netanyahou a détourné la vision des Israéliens sur la réalité de tous les jours. Ils pensaient, à tort, que l’existence du pays était en jeu. Les priorités sécuritaires ont donc pris le pas sur l’amélioration des conditions de vie des nécessiteux. 
Mais Kahlon a déçu. Il n’a pas pris son essor et il n’a pas réussi à se défaire du parrainage de Netanyahou qui l’a phagocyté. Avec lui, le pays s’est assis sur ses acquits sans voir que la situation économique prenait un tour nouveau. Le ministre des finances avait été élu pour briser les monopoles et il a préféré s’arranger avec eux. Il été peu entendu sur l’accord-cadre nébuleux sur le gaz naturel. Il ne s’est pas opposé mais il n’a pas pris part au vote du Conseil des ministres, préférant s’opposer sous prétexte de conflits d’intérêts.

Accord sur le gaz nébuleux


L’accord sur l’exploitation gazière en Israël a été bâclé parce qu’il n’a pas répondu aux promesses de la campagne électorale. Le monopole gazier n’a pas été démantelé. L’américain Noble Energy et l’israélien Delek se sont engagés à vendre, dans les six années à venir, une partie de leurs avoirs dans les puits Tamar et Tanin mais ils continuent à exercer leur contrôle total. Israël n’a pas suivi l’exemple de la Norvège qui, en tant que nouvel Etat pétrolier, avait financé l’exploitation gazière. Netanyahou a confié le soin de l’investissement à des entreprises privées qui bloquent toute entrée nouvelle de concurrents.
Le prix du gaz vendu aux producteurs d’électricité, plafonné à 4,7 dollars l’unité, a certes diminué de 16% mais il est supérieur au prix du gaz sur certains marchés mondiaux. La Compagnie d’électricité gagnerait à se servir auprès de la concurrence étrangère. Par ailleurs le prix est indexé au dollar ce qui le rendra dépendant des variations internationales alors qu'il s'agit d'une production israélienne dans un pays ou le shekel a gagné sa place de monnaie internationale.
Les compagnies de gaz devront impérativement investir 1,5 milliard de dollars d’ici 2017 mais rien n’est dit sur les conséquences si elles ne respectaient pas cet engagement. L’accord a été signé pour une période allant jusqu’en 2025, voire 2030, ce qui laisse une liberté totale aux compagnies de respecter ou non leurs engagements puisqu’aucune sanction n’a été prévue. Enfin aucun programme de construction d'un nouveau gazoduc n'a été planifié pour satisfaire les livraisons de gaz aux pays voisins, l’Égypte en particulier.

Croissance en berne


L’homme qui devait revitaliser l’économie par le développement de la construction de logements à des prix abordables en puisant sur les terres domaniales, n’a pas pu enrayer la chute de la croissance due à une baisse de la consommation des ménages. Le PIB (produit intérieur brut) n’a augmenté que de 0,3% durant le deuxième trimestre 2015 limitant ainsi la croissance annuelle à 3%, voire moins. L’économie stagne depuis la guerre de Gaza de 2014 et n’a pas repris sa vitesse de croisière antérieure. La Banque d’Israël, qui a laissé inchangé à 0,1% son taux directeur, pourrait réajuster sa position. Nous sommes loin d’un PIB à 6,6% pour le dernier trimestre 2014 et 2% pour le premier trimestre 2015.
Manifestations d'Israel Chemicals

Les exportations ont souffert d’un shekel fort et ont baissé au cours du deuxième trimestre. Il est vrai que l’économie mondiale est à l’avenant. Dans son rapport du 27 juillet, la Banque d’Israël pointe la grève de quatre mois qui a touché la société Israel Chemicals et qui avait pour motif la suppression de postes. Le ministre des Finances Moshe Kahlon vient de réclamer une réunion d'urgence suite à la faible croissance économique au deuxième trimestre 2015. Ou bien il découvre les faits à la suite d’une publication de presse et l’on peut se poser la question sur la fiabilité de ses services à son égard ; ou bien il joue la comédie du pyromane qui a mis le feu. Dans les deux cas il s'est discrédité.
Lapid - Kahlon


Israël semble souffrir de la malédiction des ministres des finances. Après le centriste Yaïr Lapid qui a subi un échec retentissant pour s’être fourvoyé dans un ministère qu’il n’avait pas choisi, Moshé Kahlon est sur les traces de son prédécesseur dans un ministère qu’il avait réclamé comme condition de son entrée dans la coalition. Il vient d'hypothéquer son avenir électoral à la grande satisfaction de Benjamin Netanyahou qui voit un autre de ses concurrents disparaître de la scène politique. 
Les partis centristes en Israël sont des étoiles filantes qui laissent rarement des traces. La gauche dispose à présent d'un boulevard devant elle à condition qu’elle se dote d’un dirigeant charismatique qui la fasse vibrer. Là est la question !  

10 commentaires:

Pascale CHATELUS a dit…

J ai pris un taxi cette semaine, et bien sûr le sujet de discussion, la politique du pays. Le chauffeur me disait "je n ose même plus dire que j ai voté Kahlon"... Ca m a fait plaisir !

David SILICE a dit…

Bibi à l'art de "tuer" ses adversaires politiques, quel qu'en soit le bord. C'en est presque génial. Quant au leader charismatique de la gauche, il n'y en a pas. C'est donc un boulevard pour Bibi pour les prochaines législatives.

Claude a dit…

Tout comme Pascale, j'ai voté Kahlon qui m'a profondément déçu ! Tout l'art d'un politicien qui promet mais ne tient pas !! Tout cela pour se maintenir, advienne que pourra, à son siège...
Décidément ! Il faut reconnaitre à Bibi l'art de savoir tirer les ficelles d'un manège de marionnettes prêtes à se mettre au garde à vous, et qu'il manipule depuis des années !!!
... Où sont donc les hommes capables de changer radicalement le cours des choses dans notre beau pays, hélas géré au jour le jour et en fonction des intérêts des seuls politiciens ?
Claude

Elizabeth GARREAULT a dit…

Je vais faire du mauvais esprit mais pour être déçu encore fallait-il en espérer quelque chose. J'ai assisté à un de des meetings de campagne et j'ai compris que ce type était trop likoudnik pour franchir le Rubicon. Ce n'est pourtant pas faute de l'avoir prévenu que Bibi utiliserait contre lui la technique du boa constrictor. Maintenant, il ne cherche plus qu'à se maintenir, calcul à courte vue et qui lui coûtera sa carrière...mais c'est son choix.

David SILICE a dit…

Lapid a essayé de franchir le Rubicon, Bibi l'a éparpillé aux 4 coins de la Knesset façon puzzle. Bibi est un redoutable "tueur" de politiciens. Le seul qui lui a tenu tête était Arik Sharon.

Moshe Bar Eli a dit…

La force d'attraction du POUVOIR est plus forte que tout. Je partage complètement l'avis exprimé par Elysabeth dans sa 1ére phrase.
Khalon s'est placé à égalité avec Lapid pour la suite qui ne saurait tarder.

Véronique ALLOUCHE a dit…

Tout comme personne ou presque sur ce blog, j'ai voté Bibi et ne le regrette pas.
Comme tous les hommes de gauche actuels,en Israël ou ailleurs, Kahlon a promis mais n'a pas tenu.
Il ne reste du rêve de gauche que la désillusion.
Fini la grande époque de la vraie gauche israélienne.
Ben Gourion au secours, reviens!
Cordialement
Véronique Allouche

Jacques BENILLOUCHE a dit…

@Véronique

Moshé Kahlon ne s’est jamais déclaré à gauche et a toujours revendiqué ses origines Likoud.

Il a certes chassé dans les terres de gauche et du centre mais on ne peut pas dire de lui qu’il est un homme de gauche. Il n’y a aucune déclaration dans ce sens.

On ne peut donc pas dire qu'il personnifie un échec de la gauche mais son propre échec.

Véronique ALLOUCHE a dit…

@ Jacques
Certes Koulanou est un parti centriste mais Kahlon avait plutôt une politique de gauche en mettant l'accent sur le coût de la vie et le problème du logement. Il a échoué faute d'une coalition qui ne lui laisse pas les coudées franches, autrement dit l'enveloppe financière nécessaire à ses promesses.
Et Bibi avec une majorité minimale à la Knesset, n'est pas le Dieu tout-puissant que je peux lire dans les commentaires.
En cause le système de vote à la proportionnel et les trop grandes disparités de cette coalition.
Véronique Allouche

Unknown a dit…

Dans tous les cas de figure gauche ou droite nous constatons un grand deficit professionnel d un ministre des finances et du deveoppement en israel face aux energies du gaz au chomage etc
Il nous des professionnels de l economie et des amoureux de l interet propre de l Etat et du peuple ayant une vision large longue du futur des générations et de ce qui se passe dans le monde
On constate que dans le monde les elus gouvernementaux sont devenus des marionnettes des sous et de pouvoir pour leurs intérêts ego ego