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samedi 29 août 2015

LE GÉNÉRAL HIRSCH ET LE TRAUMATISME LIBANAIS



LE GÉNÉRAL HIRSCH ET LE TRAUMATISME LIBANAIS

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps
     

         
          Les Américains subissent encore le traumatisme vietnamien qui conditionne leur comportement sur les nouveaux théâtres d’opération. Les Français ont eu celui de Dien Bien Phu. Les Israéliens souffrent du traumatisme de la guerre du Liban de 2006. Après un long silence, les langues se délient, en particulier depuis la nomination du général de brigade Gal Hirsch à la tête de la police. Et après un silence total de près de neuf ans, on reparle de cette guerre gagnée, mais à moitié ratée.



Défaite stratégique
Bint-Jbail Liban

            Certains hauts gradés militaires de l’époque s’expriment à la radio militaire pour admettre, à présent, que si la guerre du Liban fut sans aucun doute une victoire militaire, ce fut une défaite stratégique. Ceux qui y ont participé se plaisent à dire aujourd’hui que si les troupes au sol étaient intervenues dès le début du conflit, la durée de la guerre aurait été plus courte et les pertes nettement moins sévères. Le Hezbollah ne se serait pas glorifié d’avoir tenu tête à l’une des plus fortes armées du monde en lui faisant de grosses pertes. 
          Seulement le chef d’État-major de l’époque, ancien pilote, était pour le tout aviation sans toutefois donner l’ordre de détruire massivement les infrastructures du Liban afin de pousser le Hezbollah à réfléchir sur l’intérêt de poursuivre une guerre perdue d’avance. Il a agi seul, sans tenir compte des réserves des généraux aux pieds recouverts de boue qui l’entouraient, ce qui fait dire à certains qu’il faudrait créer une structure militaire qui puisse contrôler le chef suprême des armées, somme toute faillible, et ne pas recourir à des commissions d’enquêtes a posteriori.
Blessés à Bint Jbail

En 2006, le pays a dû subir la chute de missiles sur le nord du pays, et sur Haïfa en particulier, mettant en berne le moral de la population. Ce fut l’échec le plus flagrant de la stratégie du moment. L’État-major avaient trouvé des boucs émissaires pour camoufler ses lacunes. À la mi-septembre 2006, le général Udi Adam, responsable du front nord d’Israël, avait quitté son commandement en raison de l’embarras où se trouvait l’armée du fait que près de 4.000 roquettes avaient été tirées sur le territoire israélien durant la guerre contre le Liban. 
Général Udi Adam

          Gal Hirsch avait été le deuxième général à démissionner à la suite de ce conflit de 34 jours dont la conduite par les responsables militaires israéliens avait suscité de vives critiques dans l’opinion du pays.  Une enquête militaire l’accusait de ne pas avoir respecté des mesures de sécurité de nature à empêcher l’enlèvement des soldats Ehud Goldwasser et Eldad Rege, dont le kidnapping a été l’élément déclencheur du conflit. L’armée avait perdu un grand théoricien qui était l’une des étoiles montantes de Tsahal et il a été descendu en flèche. Il avait osé donner son avis mais avait été critiqué pour avoir diffusé un plaidoyer pour une autre stratégie utilisant une force de combat basée sur la technologie, les renseignements et les commandos. 
Il avait préconisé que des structures spéciales soient formées pour utiliser de nouvelles tactiques. Il estimait que, face à une guerre non conventionnelle, des divisions nouvelles devraient être composées uniquement d’agents des renseignements et de forces spéciales qui auraient le droit d’agir à la limite des règles habituelles de la guerre.

Nouvelle force

Le général Hirsch s’y connaît en stratégie puisqu’il a été commandant de l’unité Shaldag des forces spéciales de l’armée de l’air et commandant de la division Galilée au cours de la seconde guerre du Liban. Selon lui, puisque l’ennemi opère au sein des populations civiles en s’exonérant des règles du droit, Tsahal devrait lui aussi concevoir un nouveau modèle conceptuel loin de l’armement standard et d’un code rigide : «La nouvelle force de combat devrait fonctionner entre les lignes, opérer loin de l'autoroute, pas en ligne avec ce qui peut être attendu d'une force militaire et même pas dans le cadre». Il n’appelle pas les soldats à fonctionner en violation de la loi mais à l’égal d’«agents de la police israélienne en Cisjordanie, qui opèrent comme s’ils étaient des soldats sous le feu».
Gantz et Hirsch

Le général Benny Gantz, qui avait été un chaud partisan de Hirsch et qui avait tout fait pour le convaincre de ne pas quitter l’armée, avait compris que son protégé avait été trahi par le chef d’État-major de l’époque, Dan Haloutz, critiqué alors parce qu’il n’avait pas sauvegardé les vies humaines sur le terrain. 121 soldats et officiers sont tombés au champ d’honneur durant cette guerre, dont près d'un tiers dans les dernières minutes du conflit. La stratégie préconisée par Hirsch aurait pu réduire ce nombre. Beaucoup de choses ont été dites sur la guerre ratée du Liban en 2006 pour ne pas que l’on ait à s’étendre sur le sujet : les Katiouchas qui pleuvaient jusqu'au dernier jour, l’impréparation flagrante des réservistes, la vulnérabilité des tanks Merkava devant les missiles antichars du Hezbollah et l'utilisation désordonnée des fantassins.
Entre le vendredi 11 et le dimanche 13 août 2006, trente-trois soldats sont tombés lors de l'ultime offensive de Tsahal contre le Hezbollah. Avec le temps et après la froideur des comptes rendus, on découvre peu à peu que la cause du décès de ces derniers soldats était étrangère à toute stratégie militaire. Alors que la plupart des tués du Liban se comptait parmi les fantassins tombés pour la prise de Bint-Jbail ou les tankistes dont la machine de guerre avait été percée par des missiles, ces quelques dizaines faisaient partie d’une exception, une exception politique.

33 morts pour une résolution
Etat-major

   En effet, la mort des trente-trois soldats du dernier week-end de la guerre soulève un problème moral même s’il est difficile de parler de moralité dans le cadre d’une guerre. Les témoins militaires démontrent que les tactiques prévues étaient en fait étalées dans la presse et sur Internet avant même que les opérations qui ont conduit au décès de ces soldats n’aient été lancées. Pendant que les commentateurs professionnels débattaient au grand jour de la tactique à suivre grâce aux données qui leur avaient été communiquées, le Hezbollah n’avait plus qu’à découvrir dans la presse les informations sur l’offensive terrestre qui se préparait avec des détails qui ont dû faire pâlir le chef israélien des opérations. On ne pouvait pas mieux faire si l’on voulait aboyer pour prévenir.
Mobilisation

La suite ne pouvait être écrite que dans l’Histoire. Les miliciens de Nasrallah attendaient tranquillement Tsahal en embuscade pour faucher les soldats par dizaine. Pour une armée réputée pour ses attaques surprises durant la Guerre des Six Jours ou la traversée du canal de Suez en 1973, cela faisait désordre. Le commandement militaire n’avait pas hésité à héliporter des soldats dans la gueule du loup, vers une mort prévisible et certaine.
Une question taraude les commentateurs : pourquoi a-t-on envoyé ces soldats là-bas et si tard ? L’histoire d’Israël est certes jalonnée d’offensives sanglantes et meurtrières imposées par la nécessité du moment : Latroun, Mitla, la Colline des Munitions, Beaufort, pour ne citer que les plus tragiques. La réponse a été fournie par le premier ministre Ehud Olmert lors de son témoignage devant la commission d'enquête Winograd. Selon ses termes, cette offensive était indispensable pour des raisons de «politique étrangère afin de faire pression sur le Conseil de sécurité de l'ONU qui délibérait sur la résolution de cessez-le-feu ce même jour. Cette offensive nous a permis d'obtenir une résolution plus favorable à Israël». La chronologie est effectivement sans faille. L'ONU a émis le 11 août sa résolution, le gouvernement libanais l’a acceptée le 12 et Israël le 13 tandis que la seconde guerre du Liban prenait fin le 14 août.


          Les trente-trois soldats morts entre le 11 et le 12 août ont donc été sacrifiés pour l’obtention d’une résolution «favorable» à Israël. Un gouvernement a pris l’initiative de lancer une offensive terrestre aux risques prévisibles et à grands renforts médiatiques, non pas pour conquérir une position stratégique ou éradiquer une unité ennemie, mais pour que «l'ONU émette une résolution favorable à Israël». Des jeunes ont été envoyés à une boucherie pour le prix d’un parchemin.


          Hirsch n’avait pas été d’accord sur la stratégie mais il avait obéi en soldat responsable. Il aurait pu devenir celui qui aurait changé l’armée, comme Gaby Ashkénazi l’a fait ensuite. Il est contre les machines lourdes de combat mais pour des opérations de commandos, avec des forces plus réduites, plus efficaces parce qu’Israël a affaire à des ennemis rapides devenus sophistiqués. Il prône «une révolution conceptuelle et organisationnelle nationale, combinée avec la technologie et des forces pouvant opérer sous leur propre législation». Pour Hirsch, il faut «briser la symétrie et changer les règles du jeu. Israël doit se développer avec de nouveaux joueurs et de nouvelles planches de jeu».
Le traumatisme libanais resurgit aujourd’hui à l’occasion de l’entrée en scène de Gal Hirsch comme directeur de la police. Ceux qui s’opposent à lui feront la même erreur qu’en 2006 lorsqu’ils n’avaient pas voulu exploiter les compétences d'un véritable héros militaire et surtout stratège hors-pair.


      

3 commentaires:

David SILICE a dit…

Olmert a prouvé, durant cette sinistre année 206, qu'il était bien le pire Premier Ministre de l'histoire d'Israel.

Marianne ARNAUD a dit…

Cher monsieur Benillouche,

Vous écrivez : "Hirsch n'avait pas été d'accord sur la stratégie mais avait obéi en soldat responsable."
Le mot "responsable" peut se discuter. Vous auriez écrit : "en soldat irresponsable", je me demande si vous n'auriez pas été plus près de la vérité ?
En régime démocratique, les donneurs d'ordre ne risquent pas leur peau, ce privilège échoit à ceux qui leur doivent obéissance.

Très cordialement.

Avraham NATAF a dit…

Les rumeurs disent que quand la situation était bien en main, les ordres du haut (Olmert) arrêtaient l'offensive.