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lundi 13 juillet 2015

UN GOUVERNEMENT ISRAÉLIEN FRAGILISÉ



UN GOUVERNEMENT ISRAÉLIEN FRAGILISÉ

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps



Le problème du gaz et les questions budgétaires de 2016 fragilisent le gouvernement Netanyahou qui souffre d’une majorité trop étroite qui lui laisse peu de marges de manœuvre. Les exigences de certains partis sont au-dessus de leur réelle influence dans le pays. Le responsable de Yesh Atid, Yaïr Lapid, est persuadé que le quatrième gouvernement de Netanyahou ne durera pas longtemps et que le pays sera encore contraint à des élections législatives anticipées en 2016.



Après le fiasco du plan sur le gaz, dont le vote à la Knesset a dû être retardé en raison d’une absence probable de majorité, les discussions sur le budget  2016 s’enlisent face aux des exigences des partis orthodoxes. La bataille sur la future répartition du produit de l'exploitation des ressources de gaz naturel au large des côtes d'Israël s’est intensifiée car les politiques estiment qu’il faut sauvegarder les intérêts publics contre ceux des compagnies de gaz. Il fallait trouver un juste équilibre entre la distribution locale du gaz et l’exportation du produit. Le Cabinet n’a pas suivi les recommandations du premier ministre à la suite d’une action de guérilla du parti Shass. Le ministre de l’économie, Arie Dhery s’est défaussé, le 25 juin, sur le gouvernement de ses responsabilités. Pourtant, selon la loi, il avait qualité pour assurer les pouvoirs du régulateur anti-trust puisqu’il s’agissait d’une question de sécurité nationale permettant de contourner les décisions du commissaire anti-trust. La décision a donc été donc transférée à l’approbation de la Knesset.
Mais le premier ministre qui ne dispose à la Knesset que d’une voix de majorité a constaté que plusieurs voix allaient lui manquer. Le ministre de l’économie Arie Dhery, le ministre des finances Moshe Kahlon, le ministre du logement Yoav Galant et le ministre de la protection sociale Haïm Katz ont fait part de leur intention de ne pas prendre part au vote. Les menaces de Netanyahou n’ont pas eu d’effet sur les rebelles. Le décompte des opposants a été aggravé par la décision d’Avigdor Lieberman de refuser de servir de tremplin politique pour sauver la coalition.

En fait, dans les coulisses s’est organisé un axe Lapid-Lieberman pour entériner l’agonie d’un gouvernement fragilisé. Ces deux dirigeants escomptent même amener à eux la voix de Kahlon, pratiquement acquise, et misent en secret sur la chute du gouvernement pour être calife à la place du calife. De son côté Netanyahou constate qu‘il ne disposait plus de force de dissuasion auprès de ses ministres parce qu’il a perdu son ascendant sur ses partenaires de la coalition. Malgré ses trente sièges à la Knesset, la solidarité gouvernementale n’est plus un argument fédérateur.
 C’est dans cette atmosphère délétère que s’est incrustée la bombe à retardement de  l'approbation du budget des deux ans à venir. Le premier ministre donne l’impression qu’il n’a plus la capacité de gouverner depuis son échec pour élargir sa coalition. Il a perdu le seul moyen de plus être soumis au diktat de l’un de ses membres. La gauche sioniste est en proie de son côté à des luttes intestines pour un changement de gouvernance au sein du parti et n’envisage nullement de rejoindre un gouvernement fait de bric et de broc.  Le parti souffre du manque d’expérience des jeunes membres à l’origine de la révolution sociale de 2011 qui persistent à agir en idéologues plutôt qu’en hommes politiques. Cela fait l'affaire de Yaïr Lapid qui apparaît de plus en plus comme le vrai chef de l’opposition face à un Itzhak Herzog, inaudible et  dépassé par ses jeunes militants.

C’est dans cette ambiance de fin de règne politique que les partis Shass et Yaadouth Ha torah menacent de quitter la coalition si les promesses budgétaires électorales ne leur étaient pas allouées. Netanyahou paie ainsi son choix de constituer un gouvernement avec des "branquignols" barbus. Les deux partis ultra-orthodoxes, qui ont obtenu des résultats mitigés à la Knesset, n’ont pas peur d’affronter de nouvelles élections et tentent ainsi de caresser leur électorat dans le sens du poil. Forts de leur présence indispensable au sein de la coalition, ils exigent un milliard de shekels pour leurs étudiants des écoles talmudique ainsi que le vote de la «loi tva zéro» pour supprimer la tva sur les produits de première nécessité. 
Mais, malgré une augmentation du budget de 14 milliards de dollars, Netanyahou est incapable de satisfaire les demandes des orthodoxes et celles du ministère de la défense. Il est donc contraint à des révisions déchirantes  sur les budgets sociaux et sécuritaires qui ont fait l’objet d’accords électoraux. Les allocations «religieuses» ont donc subi une coupe tout autant que les allocations de 420 millions de shekels versées aux députés pour des projets de leur choix.
Yaacov Litzman

Le chef des orthodoxes ashkénazes, Yaacov Liztman, n’a pas ménagé ses menaces : «Les accords qui nous ont été promis doivent être respectés. Si les dirigeants de la coalition veulent un gouvernement alternatif, ne cherchez pas d’accord avec nous. Nous défendrons ce qui a été convenu dans son intégralité. Nous nous opposerons à toute modification de ce qui a été signé, et nous ne reculerons pas». Il se trouve donc en opposition frontale avec le ministre  des Finances Moshe Kahlon qui veut abroger certains de ces engagements et qui s’est engagé à réduire de 1% à 3 %  les budgets de tous les ministères pour maintenir son objectif d’un déficit inférieur à 3 % pour l’année fiscale à venir. Il doit par ailleurs tenter de satisfaire la demande de la Knesset pour un budget de la défense de 2016, maintenu à 59 milliards de shekels.
La guérilla budgétaire va donc s’organiser à l’occasion de la première mouture du budget présentée à la Knesset le 31 août avec un vote en première lecture le 2 septembre. Les votes en deuxième et troisième lectures auront lieu le 19 novembre. Compte tenu des positions actuelles des différents partis, il est improbable que ces dates soient respectées. La position du ministre Kahlon est claire en ce qui le concerne ; il n’a jamais été partie prenante dans les accords électoraux entre les orthodoxes et le Likoud : «il s’agissait d’accords politiques auxquels nous n’avons pas pris part». Le parti Kulanu a ses propres impératifs de promesses électorales. Il veut planifier une augmentation des soldes des soldats, des pensions et des allocations-chômage. De son côté Gilad Erdan du Likoud exige 800 millions pour la police, tandis que le ministre du Bien-être et des Services sociaux Haïm Katz songe à une augmentation de 3 milliards de shekels.
Kahlon et son N°3 Elalouf

Il va être difficile de satisfaire tous les ministres. Les noms d’oiseau fusent à présent au sein de la coalition : «Kahlon oublie qu'il est le ministre des Finances mais il ne sait pas comment gérer le budget». La première véritable crise se profile au sein du gouvernement car le ministre des finances refuse les exigences des orthodoxes dont le montant s’élève à 3,5 milliards de shekels (environ un milliard de dollars). Kahlon ne peut satisfaire à la fois un «budget ultra-orthodoxe» et un «budget social».  
Mais il est fort probable que Netanyahou trouvera un accord avec ses partenaires car le recours à de nouvelles élections signera la fin de sa vie politique. Cependant, cela sera difficile puisqu'une proposition de compromis pour la distribution des allocations budgétaires sur deux ans a été rejetée par Yaadouth Ha torah. Les orthodoxes sont conscients qu’ils n’ont aucun intérêt à des élections dans l’immédiat. Leurs demandes de 4 milliards de shekels, comprenant une augmentation rétroactive des allocations familiales et de la restauration du budget des Yeshiva annulé par le gouvernement précédent,  sont excessives.
Moshe Gafni


De son côté, le président de la commission des finances de la Knesset, l’orthodoxe, Moshe Gafni, s’oppose à toute baisse budgétaire confirmant ainsi la volonté son satisfaite de Moshé Kahlon de contrôler la direction de cette commission pour avancer dans ses projets. Le gouvernement israélien est fragilisé mais il est temps qu’Israël sorte de la malédiction d’élections anticipées qui ne règlent rien puisque le système électoral interdit l’émergence d’une majorité politique stable.

4 commentaires:

Emmanuel DOUBCHAK a dit…

Le plus incroyable c'est le discours d'un gouvernement où le Likoud s'associe avec des minorités politiques suffisamment puissantes pour clamer qu'il a la majorité et réprimer de nombreux aspects des droits de minorités plus importantes en Israël. 30 députés c'est bien, mais ça ne donne pas un chèque en blanc pour réduire le pays à une seule couleur.

chalom a dit…

je ne suis plus fan de BIBI...pas assez radical...mais je ne vois personne d'autre de sa stature pour naviguer dans les marécages politiques israéliens

Georges HAYMANN a dit…

La problématique tactique politicienne actuelle, cache un défaut de structure même du mode opératoire politique israélien.
La multiplicité de petites structures politiques dont le seul horizon est la prochaine échéance électorale, et le mode de scrutin favorisant l'émergence et le pouvoir de ces partis minoritaires, sont totalement inadaptés à la mise en place d'une véritable force politique dont le pays a besoin.
Israël a besoin d' hommes d'état responsables, capables de s'emparer des dossiers stratégiques et de les gérer sur le moyen et le long termes, et non d'un animal politique dont le seul mérite est de savoir nager en eau trouble.

Benjamin a dit…

nous sommes un grand nombre à le penser, le temps n'est-il pas venu pour l'Etat d'Israel, de prendre la main, pour reformer la logique "non positive" des procedures d'élections? Israel, met en avant, "une problematique intérieur", par ce mode de srutin. c'est un symbole de non maturité politique. cela fragilise tous les gouvernements successifs. Israel peut-il avoir un peu d'audace et se réformer?
ne vaut-il pas montrer au monde un gouvernement stable?
si le gouvernement tombe dès l'année prochaine, cela ne donne t-il une image de précarité? les politiciens, aux petites vues, adorent jouer et pratiquer les menaces de dissolution.
nous parlons dans le vide comme l'a dit avant moi, Georges Haymann.