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mardi 28 juillet 2015

POLLARD : UNE MONNAIE D’ÉCHANGE POUR OBAMA



POLLARD : UNE MONNAIE D’ÉCHANGE POUR OBAMA

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps



L’aspect jésuite de la position américaine n’est plus à démontrer. La notion de deux poids et deux mesures ne s’est jamais si bien appliquée qu’à l’occasion de l’affaire Pollard. Tous les présidents américains, depuis 30 ans, utilisent le même argument pour justifier le refus de l’élargissement de l’israélo-américain. Il a espionné un pays allié et ce sont des méthodes qui ne peuvent pas être tolérées entre amis.



Officier américain du renseignement

Rafi Eitan

Citoyen américain né en 1954, il travaillait depuis novembre 1979 pour la marine américaine, en tant qu’officier de renseignement et communiquait de nombreux documents classifiés. Découvert par le FBI, il tenta alors de fuir en réclamant, auprès de l'ambassade israélienne, un asile politique qui ne lui a pas été accordé. L'espion, manipulé par le Mossad, ne disposait que de la nationalité américaine mais, dès son incarcération, l’État d’Israël lui a octroyé en 1995 la nationalité israélienne à titre de reconnaissance tardive. La timidité des interventions israéliennes en faveur de leur espion n’a jamais cessé d’étonner car la responsabilité du gouvernement israélien est totale puisque l’opération a été couverte, en son nom, par un officier du Mossad en mission officielle aux États-Unis.
Les Américains refusent les règles tacites appliquées par les services de renseignements pour l’élargissement des «honorables correspondants». Ils semblent qu’ils veuillent faire payer l’indélicatesse, sinon la provocation, des Israéliens qui ont nommé l’officier traitant de Pollard, Rafi Eitan, à un poste ministériel alors qu’il est interdit de séjour aux États-Unis et qu’il refuse, encore aujourd’hui, de dévoiler le contenu de sa mission relevant, selon lui, du secret-défense. Les citoyens israéliens estiment que cette affaire ne rehausse pas l’honneur du Mossad qui a préféré sacrifier son agent plutôt que de reconnaître son erreur auprès de l’administration américaine.
Combien de temps reste t-il pour l'hypocrisie américaine ?

La vindicte à son égard  a duré parce que les Juifs américains, les faiseurs de rois, ou plutôt de présidents, n’ont jamais voulu taper sur la table pour signifier qu’un quart de siècle d’emprisonnement était suffisant pour payer une dette... entre amis. Mais aujourd’hui le comble de la position américaine est fondé sur l’espionnage électronique par le NSA de la France, un allié historique. La France détient pour cela des preuves tangibles qui prouvent que, contrairement à Pollard, cet espionnage portait atteinte à la vie privée des citoyens français, à la diplomatie française et surtout aux dirigeants français. Washington tente évidemment de relativiser ces actes. Barack Obama a soulevé «les récentes révélations dans la presse, dont certaines ont déformé nos activités et d'autres soulèvent des questions légitimes pour nos amis et alliés sur la façon dont ces capacités de surveillance sont employées».

Monnaie d’échange
 
Anna Chapman

Les États-Unis ont toujours refusé de libérer l’espion israélien Jonathan Pollard, un américain condamné en 1987 pour espionnage au profit d'Israël. D'autres prisonniers, responsables de crimes de sang, ont subi un élargissement beaucoup plus rapide. Pollard n'a tué personne. Le scientifique russe Igor Soutiaguine avait été échangé, le 8 juillet 2010 à Vienne contre la jeune espionne moscovite de 28 ans, Anna Chapman, née Anna Kouchtchenko, après avoir été condamné à de la prison ferme en Russie. Il avait été convaincu d’espionnage pour le compte des États-Unis. Anna Chapman faisait partie des dix personnes qui ont été arrêtées lors d’un coup de filet spectaculaire aux États-Unis, en juin 2010, et qui ont été relâchées après un échange russo-américain.
          Et pourtant l’affaire Pollard est autrement moindre que l’affaire de la NSA car Jonathan Pollard a certes failli, mais il n’a transmis que des informations à un pays ami qui se bat pour sa survie. L’acharnement américain contre ce prisonnier est inexplicable puisque le gouvernement israélien s’est engagé, à plusieurs reprises, à interdire dorénavant à ses agents toute activité d’espionnage sur le sol américain. En fait, les Américains voulaient l’utiliser comme monnaie d’échange. Hier pour imposer aux Israéliens un accord avec les Palestiniens face à un processus de paix. Mais ils n’ont pas réussi.
Aujourd’hui les Américains veulent sauver le vote au Congrès sur l’accord nucléaire iranien. Ils mettent sur la balance la libération de Pollard. Les Israéliens, aidés de leurs lobbies aux États-Unis, sont très actifs parmi les membres du Congrès. Le vote des Républicains contre l’accord nucléaire iranien est pratiquement acquis. Le gouvernement israélien intervient ouvertement auprès des membres démocrates pour rejeter l’accord iranien et mettre en minorité Barack Obama.
L'accord nucléaire, bonne ou mauvaise nouvelle ?

L'administration américaine est furieuse de la position de Netanyahou allant jusqu’à dire que «personne ne prend les déclarations de Netanyahu en compte. Les détracteurs de ce plan ne proposent aucune alternative réaliste alors que Netanyahou a été pleinement informé des détails de l’accord». Les frictions avec les États-Unis s’enveniment donc. Le Cabinet israélien de sécurité a rejeté de manière unanime l’accord avec l’Iran et a confirmé qu’«Israël n’est pas lié par l'accord». Benjamin Netanyahou a exprimé ses préoccupations à Barack Obama : «l'examen de l'accord soulève deux dangers principaux. Il permettra à l'Iran de se doter d'armes nucléaires. Des attentats terroristes pourraient augmenter à la suite de l'accord car des milliards de dollars seraient désormais injectés dans la terreur tandis que la machine de guerre iranienne menace Israël et le monde entier».
Barack Obama a déjà averti : «Je vais donc opposer mon veto à toute législation qui empêche la mise en œuvre réussie de cette affaire. Nous ne devons pas accepter une spirale inévitable en conflit précisément parce que les enjeux sont élevés». Le président américain semble avoir suffisamment de sénateurs démocrates de son côté pour maintenir son droit de veto mais le risque est grand d’un échec au Congrès. Une gifle israélienne aurait des répercussions sérieuses sur les relations bilatérales.  
Il lui reste donc la dernière carte de Jonathan Pollard à opposer aux Israéliens qui devront faire preuve de retenue s’ils veulent que leur espion soit libéré. D'ailleurs la libération n'est prévue que dans quelques mois, le temps de s'assurer que les Israéliens ont bien assimilé les conditions implicites de l'élargissement de leur espion.

Mise à jour du 28 juillet 2015

La ministre israélienne de la justice, Ayelet Shaked, a annoncé officiellement le 28 juillet que Pollard sera libéré le 20 novembre 2015. Il n'aura pas le droit de quitter le territoire américain pendant cinq ans.

3 commentaires:

Marianne ARNAUD a dit…


"Les frictions avec les Etats-Unis s'enveniment donc." Mais, en dépit des apparences, Pollard a bien de la chance d'avoir été promu au rang de"monnaie d'échange". Pour s'en convaincre, qu'il se souvienne du sort qui avait été réservé aux époux Rosenberg.

Très cordialement.

Saulnier a dit…

Pollard occupait un poste important. Il a trahi son serment " de défendre et protéger la Constitution des États Unis d'Amérique "
Il a été condamné. Et c'est justice. Et Wanunu ?

Agathe DUBOIS a dit…

Très Bon article Jacques, tu réussis malgré tout à me surprendre Alexandre Adler a évoqué le fait que la CIA Faisait payait à Pollard le rapprochement d'Israël avec la Chine pendant les années 60, dans le cadre de la guerre froide.