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samedi 25 juillet 2015

LA FRANCE EST UN JARDIN par Marianne ARNAUD



LA FRANCE EST UN JARDIN

Par Marianne ARNAUD



J'avais été frappée, en son temps, de lire que le roi du Maroc, Hassan II, survolant la France, s'était exclamé : «La France est un jardin !» Depuis, et à chaque fois qu'il m'a été donné de voyager en France, contemplant ses paysages, je repensais à cette phrase du roi du Maroc. Or ce «jardin», cette France aux mille paysages, nous la devons au travail acharné de générations de paysans depuis la nuit des temps. 




Il est donc particulièrement injuste et choquant qu'après des siècles de labeur, leurs descendants, en ce début du XXIème siècle, soient sacrifiés sur l'autel de la productivité et de l'euro fort, au point d'en être réduits au désespoir, dans l'indifférence des politiques et des media.
Car c'est bien de cela qu'il s'agit. Les exploitations qui étaient encore 1 million il y a trente ans, ne sont plus que 500.000 aujourd'hui, et des milliers d'entre elles risquent de disparaître prochainement si rien n'est fait pour endiguer les menaces qui pèsent sur elles. Or les entreprises agricoles françaises, malgré les efforts considérables qu'elles ont fournis, voient inexorablement leurs prix baisser au fur et à mesure que leur production augmente, et que les prix de la concurrence étrangère, à laquelle elles sont soumises, baissent, les acculant à la faillite.

Le 1er avril 2015, le système des quotas laitiers, mis en place dans l'Union européenne, pour encadrer l'économie laitière depuis 1984, a été abandonné. Il s'agissait de droits à produire accordés à chaque pays de l'Union, assortis d'amendes en cas de dépassement de production. Avec l'abandon des quotas laitiers, le prix du lait se trouve indexé sur le cours mondial ce qui va lui donner une volatilité qui inquiète les élevages français qui déjà produisent le lait à perte. Les élevages français qui constituent un maillage d'entreprises de taille moyenne sur tout le territoire, sont incontestablement défavorisés par rapport aux «fermes-usines» d'Allemagne ou des Pays-Bas. On le comprend, en l'état, les éleveurs français ne pourront pas lutter contre la production à bas coût qui risque d'inonder le marché.
Ferme-usine

Comme l'écrivait Nicolas Dupont-Aignan, dès le 2 avril dernier dans Ouest-France : «L'agriculture ne peut se réduire à une seule bataille de prix. Elle doit remplir d'autres exigences que l'OMC ne lui reconnaît pas : assurer l'indépendance alimentaire, garantir la sécurité des aliments, valoriser les territoires et permettre à nos agriculteurs de vivre dignement des fruits de leur travail.»

Les éleveurs appelaient au secours, mais comme d'habitude, ils n'étaient que peu entendus. C'est alors qu'ils décidèrent de bloquer les routes et les sites touristiques de Normandie. Et là, nous avons assisté à ce week-end étrange où notre Président «audacieux» qui venait de «sauver» la Grèce était en déplacement sur le Tour de France, pendant que le Premier ministre était au Festival d'Avignon avec les intermittents du spectacle, tandis que le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, refusait de se rendre sur le terrain où les éleveurs et leurs responsables l'invitaient à la mairie de Caen. Il dut finalement céder, mais ce faux-pas fut vécu comme une humiliation par les éleveurs.

Où en sommes-nous aujourd'hui ? L'exécutif semble enfin avoir pris la mesure du conflit qui, entre temps, s'est élargi de la Normandie à la Bretagne, du Centre à l'Est et au Sud-Ouest, et c'est ainsi qu'on a pu voir des files de tracteurs jusque dans le centre de la ville de Lyon. François Hollande est intervenu depuis l'Élysée et a annoncé un plan d'urgence de 600 millions d'euros. Manuel Valls a aussi lancé un appel aux agriculteurs, ce jeudi 23 juillet : «La colère ne permet pas tout... Il ne faut pas pénaliser le pays, les gens qui partent en vacances, notre économie». Ils ont bien du mal à convaincre car pendant que le gouvernement propose des mesures d'allégement de charges, de report de charges sociales ou de report de l'impôt sur le revenu ou de la TVA, ainsi que la restructuration de la dette – qui devront, un jour ou l'autre être remboursés – l'agriculteur, lui, demande : «des prix, des prix, des prix», de la reconnaissance, une stratégie claire des pouvoirs publics, moins de zèle sur les normes, plus de transparence sur la répartition des marges entre éleveurs, industriels et distributeurs.
L'incertitude demeure, même si aujourd'hui la plupart des barrages sont levés. Stéphane Le Foll a contacté ses homologues pour un Conseil européen des ministres de l'Agriculture en septembre prochain, sur lequel il compte beaucoup pour dénouer la crise. Il faut espérer qu'il y sera question de l'harmonisation des normes sociales et fiscales entre pays européens, afin de bâtir une Europe solidaire et cohérente, ainsi que le souhaite la Confédération paysanne.

Car sinon...

6 commentaires:

Stéphanie IFRAH a dit…

De toute façon en France toutes les activités sont condamnées à terme. Les PME sont asphyxiées depuis trop longtemps. L'agriculture est évidemment un problème en soi mais si nous étions moins chargés nous pourrions chercher des solutions. Dans le cas actuel c'est la chute assurée.
Je le vois dans le bâtiment, j'ai l'impression que quelqu'un a poussé le premier domino et depuis c'est la réaction en chaine. Nos ingénieurs structure nous livrent des plans faux. Nos maçons nous réalisent des dalles bombées ou au mauvais niveau. Tout se fissure car nous avons tous dû nous adapter. Prendre trop de projets et finalement travailler mal.

Marianne ARNAUD a dit…

@ Stéphanie IFRAH

Pour se consoler, on peut écouter Mouloudji !

http://www.dailymotion.com/video/x9ja1p_tout-fout-le-camp-mouloudji_music

Merci pour votre commentaire.

Cordialement.

Véronique ALLOUCHE a dit…

Marianne, à choisir je préfère " ma France" de Jean Ferrat!
https://m.youtube.com/watch?v=qkO7_rhhCbA

Merci pour votre article et votre belle écriture.
Bien cordialement
Véronique Allouche

AMMONRUSQ a dit…

Ce que vous écrivez n'est pas faux mais il faut regarder ce qui se passe,les agriculteurs sont pousser à investir toujours plus pour un résultat qui est rarement au rendez-vous,certains d'entre eux veulent travailler à l'international, c'est bien mais ils ne regardent que rarement l'évolution dudit marché,ils bossent 7/7 jours mais ils ne s'en sortent pas pour autant.

Il faut laisser à ces gens de la terre pour cultiver,en fait elle est en jachère ça rapporte plus que de la faire produire,ils demande que lorsqu'il y a mévente qu'ils soient indemniser,vous connaissez beaucoup d'entreprises qui lorsqu'il a une baisse d'activité demande à être indemniser,moi pas.

Maintenant un nombre de plus en plus important pratique la vente directe et en vivent bien et dans tous les domaines,pourquoi ne pas tenter la même chose pour une meilleure qualité et un prix compétitif !

Marianne ARNAUD a dit…

@ AMONRUSQ

Le problème est complexe et je ne crois pas être assez qualifiée pour vous donner des réponses satisfaisantes. Cependant, connaissez-vous beaucoup de professions qui, après trente ans d'endettement, de gains de productivité et d'efforts en tout genre, sont confrontés à des prix de vente pratiquement inchangés, alors que leurs charges sociales, impôts et assurances ont explosé ? C'est ce qui arrive aux éleveurs français confrontés aux éleveurs allemands favorisés par l'euro fort et la main d'oeuvre polonaise employée à bas coût.
Je crois avoir compris que les éleveurs français ne demandent justement pas des subventions mais des prix de vente équitables qui leur permettent de vivre du fruit de leur travail.
Les Américains savent défendre leurs agriculteurs, il n'y a donc aucune raison - si ce n'est un manque d'audace - pour expliquer que l'agriculture française ne soit pas mieux défendue.

Très cordialement.

AMMONRUSQ a dit…

Oui bien sur mais cela ne suffit pas,l'Euro,la m/o,les éleveurs touchent des subventions,il y'a quelques agriculteurs qui ont du personnel mais pas beaucoup,leurs machines font le travail de plusieurs personnes.Depuis ma retraite je vis en Bretagne,Finistère et j'ai mis trois années à trouver des gens qui font de la vente directe et qui vivent bien,mon lait je vais à la ferme une fois par semaine,pareil pour la viande et les légumes ainsi que les fruits.Comment expliquer qu'en grande surface et en plein pays des artichauts on en trouve qui viennent du Brésil et autre lieux moins cher certes mais qui paye le transport,alors ils ont raisons de râler mais ils doivent mettre aussi de l'ordre dans leurs syndicats,car c'est en partie là le problème.Normal qu'ils se défendent mais casser comme ils font c'est inadmissible,même leur sièges de leurs assurances,c'est un comble !

Je ne défend personne en particulier mais là c'est un peu trop

Cordialement !