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vendredi 3 juillet 2015

GUERRE FEUTRÉE AU SEIN DU POUVOIR IRANIEN


GUERRE FEUTRÉE AU SEIN DU POUVOIR IRANIEN

Par Jacques BENILLOUCHE

copyright © Temps et Contretemps

Les négociateurs iraniens


          Alors que les pourparlers nucléaires s’intensifient à Vienne, la date limite a été repoussée jusqu’au 7 juillet 2015.  Le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif, qui était en consultations à Téhéran, est retourné à Vienne en compagnie  du chef iranien à l'énergie atomique, Ali Akbar Salehi, et du frère du président iranien Hassan Rohani, Hossein Fereydoun. Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a également fait le voyage pour rencontrer le secrétaire d'État américain John Kerry. La présence de Salehi a pour but d’accélérer l'obtention de solutions sur certaines questions «délicates» laissées en suspens.





Les grandes puissances et la République islamique surmontent progressivement leurs difficultés et des solutions sont trouvées. Elles auraient réglé l’un des principaux points de blocage lié à l’inspection de certains sites militaires iraniens. Ce point était considéré comme une ligne rouge par Téhéran. Mais à mesure que les négociations évoluent, des compromis sont échangés. Les Occidentaux sont les plus ouverts aux concessions. L’intransigeant ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a amendé sa position en n’exigeant plus l’inspection de tous les sites militaires iraniens mais seulement des sites suspects. Progressivement  les négociateurs font sauter les verrous, laissant entrevoir les contours d’un accord. Mais la délicate question de la levée des sanctions n’est pas encore réglée. Pour les uns, elle doit être progressive mais pour les Iraniens elle doit être immédiate.
Cependant, il n’existe pas de consensus général parmi les dirigeants iraniens au sujet du nucléaire. Des tiraillements persistent au sein des différents clans des mollahs, au fur et à mesure de l’approche de la date fatidique du 7 juillet. Le président Rohani pousse les négociateurs à concrétiser un accord a minima. C’est une constante chez lui, depuis son élection il y a deux ans, d’améliorer ses relations avec l’Occident en adoptant un ton conciliant. Il est un des rares dans son pays à avoir compris que les Iraniens étaient las des sanctions internationales qui ont assommé l’économie en générant chômage et inflation. Des informations lui parviennent que les jeunes sont prêts à nouveau à manifester dans la rue leur ras-le-bol.  

Rohani joue gros car ses adversaires souhaitent son échec alors qu’il veut se présenter comme le dirigeant capable de résoudre le problème nucléaire. C’était ce qu’il avait promis aux élections de 2013 face à l’ayatollah Ali Khamenei, sceptique sur ses possibilités de réussite dans ses réformes. Le guide suprême l’avait mis sous liberté surveillée, sous contrôle des durs du régime, car il rechignait à accepter les conditions occidentales. L’inspection des sites militaires iraniens représentait un casus belli, une affaire de souveraineté nationale. Le guide suprême s’y est opposé catégoriquement, sans surprise puisqu’il incarne, avec les conservateurs iraniens, la ligne dure du régime. Il ne fait confiance ni à l’Occident ni a fortiori aux États-Unis. Il craint qu’avec l’ouverture des frontières, de nombreux espions soient introduits dans les sites sensibles du pays.
Alors les conservateurs, les détracteurs de Rohani, commencent à réagir en suscitant la grogne parmi la population. La police a ainsi empêché des femmes d’assister à deux matches  de volley-ball contre les États-Unis. Des dizaines de concerts, pourtant autorisés par le ministère de la culture, ont été purement annulés sous prétexte que leur contenu était anti islamique. Cette guérilla a pour but de monter l’opinion contre le président en le rendant responsable des nouvelles mesures.
Khatami

Par ailleurs, les alliés de Rohani sont inquiétés pour les dissuader de le soutenir. Ainsi l’ancien président réformateur Mohamad Khatami, qui avait aidé à la campagne de Rohani, n’a plus le droit à la parole. Pire, le procureur de Téhéran a interdit aux medias, non seulement de couper le son, mais de diffuser son image. Pour intimider Akbar Hashemi Rafsandjani, ancien président et compagnon de route de Khomeiny, son fils a été emprisonné pour corruption. Il ne peut s’agir de coïncidence troublante mais d’une volonté d’intimidation à destination des amis de Rohani.
Rafsandjani et Khaménei

Les conservateurs sont par ailleurs inquiets des nouvelles relations qui se sont établies entre le président et plusieurs partis réformistes en vue des prochaines élections législatives de février 2016. Cette nouvelle alliance est une nécessité pour Rohani pour faire adopter ses nouvelles réformes et pour préparer l’élection de la nouvelle assemblée des experts dans la perspective du départ du vieux Khamenei. En fait la réussite de sa grande bataille contre les idéologues dépend d’un accord signé sur le nucléaire, la seule façon de soulager la pression économique sur sa population et de présenter au peuple au moins une victoire diplomatique.
On sent alors la patte américaine consistant à persuader les Israéliens qu’il est dans leur intérêt de cautionner un accord sur le nucléaire iranien. Les États-Unis pensent que cela  pourrait ouvrir une nouvelle ère de collaboration entre l’Occident et l’Iran modéré de Rohani, tout en créant un barrage contre l’expansion de Daesh. Israël ne se laisse pas impressionner par de belles paroles et attend les actes qui permettraient de crédibiliser la volonté pacifique du président Rohani qui, jusqu’à présent, n’a fait aucun geste en direction des Israéliens.
L’État-major israélien reste en dehors de ces supputations politiques. Il considère toujours l’Iran comme un réel danger. Il vient de prendre des mesures en créant une structure, sous le commandement du général de division Yaïr Golan, pour préparer éventuellement une frappe sur les installations nucléaires iraniennes. Il a organisé des exercices pour préparer son aviation. En effet, la signature d’un accord ne rassure pas Israël dès lors que les installations militaires nucléaires échapperont au contrôle des Occidentaux. La levée des sanctions pourraient par ailleurs relancer le programme nucléaire et forcer Israël à réévaluer sérieusement la situation régionale, et par là-même sa défense.

L’hypothèse d’une frappe reste toujours d’actualité bien qu'elle soit improbable dans l'immédiat. Pour mener seul une telle opération, Israël a besoin d'un soutien politique et logistique qui ne lui sont pas acquis pour l'instant. Mais il est bon de montrer que Tsahal veille toujours. D’ailleurs des manœuvres conjointes avec la Grèce ont eu lieu, il y a deux mois, mettant en jeu une centaine de pilotes et des dizaines d’équipages d’escadrons F-16i.  L’aviation s’est entraînée en territoire inconnu, de jour comme de nuit, et a simulé une réaction militaire contre les systèmes russes S-300 dont seront dotés les Iraniens. 
Les États-Unis cherchent à rassurer leur allié israélien sur l’efficacité de cet accord. Plus le temps passe et plus Israël s’estime mieux préparé pour mener sa mission d’éradication du danger iranien. Tsahal prend l’affaire au sérieux mais certains y voient de la part d’Israël une simple mise en garde voire une action psychologique.
Pour de nombreux diplomates, cette annonce de structuration militaire entre dans le cadre des mesures appropriées que prend Tsahal pour garantir la sécurité du pays. Pour d’autres, il s’agirait d’une action strictement psychologique à destination des Iraniens, bien à propos pour aider Rohani à contrecarrer l’opposition des conservateurs qui verraient  dans la menace israélienne une raison de renoncer à leur intransigeance et de parapher d'urgence l’accord avec les Américains. 

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