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samedi 27 juin 2015

FABIUS: MISSION PRESQUE IMPOSSIBLE





FABIUS : MISSION PRESQUE IMPOSSIBLE

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps



Les 20 et 21 juin, le Ministre des Affaires étrangères et du Développement international, Laurent Fabius, a effectué un déplacement en Égypte, en Jordanie, dans les Territoires palestiniens et en Israël. Selon son cabinet, cette visite avait pour but de «discuter des propositions de la France sur les moyens de relancer un règlement du conflit israélo-palestinien, afin de favoriser la création d'un État palestinien viable et souverain, vivant dans la paix et la sécurité aux côtés d'Israël dans des frontières sûres et reconnues, en assurant la sécurité d'Israël. La priorité doit être de recréer rapidement les conditions pour une reprise de négociations crédibles entre les parties et pour leur aboutissement».

Fabius avec le président de l'Etat

Il a été reçu dimanche 21 juin par le président de l’État puis a eu un entretien avec le Premier ministre Benjamin Netanyahou. La visite s’inscrit dans la volonté du gouvernement français de reprendre pied au Proche-Orient à la suite de l’espace laissé libre par la brouille israélo-américaine. Il s’agit de discuter de la résolution que Paris souhaite présenter au Conseil de sécurité des Nations-Unies dans les prochains mois sur la question israélo-palestinienne pour réactiver un processus moribond. 
Le début du quinquennat de François Hollande s’était présenté sous un jour favorable à Israël puisque, au début de la guerre de Gaza, il s'était entretenu, le 9 juillet 2014, avec Benjamin Netanyahou auquel il lui avait exprimé la «solidarité de la France face aux tirs de roquettes en provenance de Gaza. Il lui a rappelé que la France condamne fermement ces agressions». Il avait surtout précisé qu’il «appartient au gouvernement israélien de prendre toutes les mesures pour protéger sa population face aux menaces».
Ces déclarations françaises s’inscrivaient dans la continuité de celles que faisait Nicolas Sarkozy mais en rupture avec un demi-siècle de diplomatie antérieure insufflée par le général de Gaulle. Le syndrome gaulliste a la peau dure car la presse israélienne accuse toujours la France de partialité. Pourtant le virage de la diplomatie française avait été entamé à la fin du mandat de Jacques Chirac mais il s’était accompagné d’un effacement de la position de la France car sa doctrine n'était pas élaborée. Les responsables français estiment aujourd’hui qu’ils doivent agir parce que la situation mondiale est devenue plus critique devant la menace du terrorisme et de l’islamisme qui sapent les fondements de la civilisation occidentale.
La France a infléchi sa doctrine puisqu’elle rejoint Israël dans son approche du monde islamique. Le terrorisme est une menace grandissante parce qu’il est relayé, à l’intérieur du pays, par des musulmans qui se radicalisent en renforçant le Front national. Elle rejoint Netanyahou dans sa critique contre Barack Obama qui est accusé de mollesse sur le nucléaire iranien et sur la guerre civile en Syrie et de passivité sur le conflit israélo-palestinien que la France voudrait à présent prendre en charge. La France a évolué et a modifié sa stratégie quand elle a constaté qu’Israël représentait un bastion avancé de l’Occident au Moyen-Orient et qu'il était toujours en première ligne pour combattre le radicalisme islamiste. Les forces politiques européennes d’extrême-droite ont, de leur côté, compris que l’antisémitisme était dépassé et qu'il devait être remplacé par une islamophobie militante.
Patrick Maisonnave

Durant la guerre de Gaza, l’ambassadeur de France en Israël, Patrick Maisonnave, avait enfourché une politique peu habituelle au Quai en visitant les populations israéliennes du sud, soumises aux tirs de missiles, pour les rassurer au nom de la France. Il en avait profité pour saluer «l’engagement courageux» de jeunes Français dans l’armée israélienne. L’arrivée au pouvoir de François Hollande a par ailleurs permis la nomination aux hauts postes du ministère des affaires étrangères de cinquantenaires moins sensibles aux thèses gaullistes, tous obsédés par la «guerre contre le terrorisme et contre l’islam».

Laurent Fabius avait cherché à atténuer la colère des autorités israéliennes après l'annonce d'un désengagement d'Israël par l'opérateur Orange : «S'il appartient au président du groupe Orange de définir la stratégie commerciale de son entreprise, la France est fermement opposée au boycott d'Israël». Cette déclaration intervenait dans un contexte sensible ; Israël est en butte à une intensification de la campagne mondiale non gouvernementale de boycottage (BDS) destinée à augmenter la pression économique et politique pour mettre fin à l'occupation des territoires palestiniens. 

          Mais Laurent Fabius reste toujours suspect de sympathie palestinienne parce qu’il estime, à l’instar de la communauté internationale, que la question des implantations constitue un obstacle majeur à la recherche de la paix entre Israéliens et Palestiniens. Il considère comme illégaux les blocs d’implantations juives de Cisjordanie. Il a rappelé que la France et l'Union européenne ont «une position constante et connue de tous sur la colonisation» que son ministère condamne régulièrement.
La mission que poursuit Laurent Fabius exige une stratégie renouvelée, fondée sur de nouveaux critères à savoir : une ingérence internationale impliquant les grands partenaires régionaux, un consensus sur des bases claires de discussions pour engager les négociations, et un calendrier agréé par les deux parties pour éviter les risques d’escalade. Le ministre français des Affaires étrangères s’est déplacé pour présenter son plan de règlement du conflit israélo-palestinien. 
Pour lui il s’agit de reprendre les négociations, d’obtenir un règlement définitif du conflit et de sauver la solution à deux États. Il relève à nouveau le défi six mois après une première initiative infructueuse sur la base d'un refus palestinien. Il s'agit, selon un diplomate, de «cristalliser l'énergie de la communauté internationale» autour de ce dossier que plus personne ne sait, ou ne veut,  débloquer.
Mais il n’est pas en phase avec les Américains qui ont fait savoir qu’il n’était pas question de discuter du conflit palestinien avant la fin des pourparlers sur le nucléaire iranien. Le Secrétaire d'État John Kerry avait demandé à Fabius de reporter sa démarche après l'accord nucléaire avec l'Iran qui devrait être signé avant le 30 Juin. Fabius envisage donc de mettre au vote sa proposition au Conseil de sécurité en Septembre, lors de l'Assemblée générale de l'ONU à New York.
La vice-ministre israélienne des affaires étrangères, Tsipi Hotovely, a rejeté le plan français en le qualifiant de «perte de temps». Selon elle : «L'initiative française est contre-productive, car elle donne l'illusion aux Palestiniens qu'ils vont obtenir quelque chose de la communauté internationale, sans avoir à faire des concessions». Elle a ajouté que seul le «dialogue direct» entre les deux parties pourrait résoudre le conflit. Quant au Palestiniens, ils maintiennent toujours leurs principales exigences figées, inacceptables par Israël. Netanyahou a surenchéri en déclarant qu'il «rejette farouchement toute tentative d'imposer des diktats internationaux sur le processus de paix».


La secrétaire américaine pour les affaires politiques rencontre Yossi Cohen

Le conseiller israélien à la sécurité nationale, Yossi Cohen, avait rencontré Fabius à Paris pour exprimer l'opposition d'Israël à tout projet de résolution au Conseil de sécurité. Netanyahou a réitéré ce message lors de sa rencontre avec Fabius. Mais, à la lumière de l’impasse politique, les Français sont convaincus que les pays européens doivent intervenir activement, en forçant la main aux deux parties par une résolution du Conseil de sécurité, bien qu’ils aient déjà subi un échec il y a quelques mois de la part des Palestiniens.
    L'initiative française comporte trois points : le premier est la reprise des négociations israélo-palestiniennes «sur la base des lignes du 4 Juin 1967, avec des échanges de territoires mutuellement convenus, Jérusalem comme capitale des deux pays». Le deuxième point est la convocation d'une conférence internationale avec des représentants des cinq membres permanents du Conseil de sécurité - les États-Unis, la Grande-Bretagne, France, Russie et Chine – en incluant éventuellement d’autres Etats arabes. Le troisième point est l'élément le plus controversé car il s'agit de l'adoption d'une résolution du Conseil de sécurité qui fixerait un calendrier précis pour la conclusion d'un accord de statut final. Lors de la conférence de presse, Netanyahou a été contraint de calmer ses partenaires de la coalition en précisant que la résolution est «un moyen, pas une fin ».
            Mais la menace française est claire. Le projet de résolution français appelle à une reprise immédiate des pourparlers entre Israël et les Palestiniens, et fixe un délai de 18 mois pour parvenir à un accord permanent. Si aucun accord permanent n’est atteint, le gouvernement français reconnaîtra alors un État palestinien.
    La mission de Fabius est vouée à l’échec car les Palestiniens privilégient toujours l’idéologie au pragmatisme en imposant des exigences dépassées par l’évolution de la situation sur le terrain.


3 commentaires:

Véronique ALLOUCHE a dit…

Une petite remarque concernant l'extrême droite:
Dans une Europe effrayée par la montée d'un islamisme radical, il va de soit pour l'extrême droite d'exacerber les peurs, de faire de l'islamophobie son fond de commerce du moment.
Mais l'antisémitisme EST dans l'ADN du Front national, et n'est donc JAMAIS dépassé, tout au plus en sommeil momentanément.
Je pense que cette évidence ne doit à aucun moment être écartée de nos esprits.
D'accord avec le reste de l'article.
Cordialement
Véronique Allouche

Anonyme a dit…

Cette mission n'avait qu'un seul but : convaincre les électeurs musulmans ou anti israéliens que François Hollande est le meilleur choix en 2017 ,
Laurent Fabius le savait et tout le monde le savait .

Benjamin a dit…

monsieur Fabius incarne un autre visage de la diplomatie française, avec une nuance plus positive à l’égard d’Israël. la France, longtemps pro-arabe, pour faire des échanges commerciaux significatifs, avait, par maladresse, oublié la seule démocratie de la région. la seule démocratie, qui avant les autres, connait le danger du terrorisme islamique radical à ses portes.

l'idée de défendre la position de deux peuples deux Etats, je partage cette vision avec le ministre des affaires étrangères. maintenant si la France veut donner un coup de main, elle pourrait commencer par le Hamas, obtenir qu'il annule sa charte et rentre dans le rang des Arabes modérés, qui en ont marre de voir des cadavres sous leurs fenêtres.

la France pourrait inciter les Palestiniens à se parler entre eux et à s'inviter mutuellement. cette action serait un bienfait pour l'Egypte, Israel, l'Arabie Saoudite, et la Palestine.

"on peut parler de resolution au conseil de securité, de date butoir, et de toutes les projections positives possibles," tout cela me semble un peu trop simple. la France connnait cette complexité, elle doit rester prudente dans son engagement.