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lundi 18 mai 2015

UN GOUVERNEMENT CONÇU DANS L’URGENCE



UN GOUVERNEMENT CONÇU DANS L’URGENCE

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps


Le nouveau gouvernement

Le 34ème gouvernement israélien est enfin constitué après de multiples péripéties et de nombreuses frictions au sein même du Likoud. Tout a été fait dans l’urgence imposée par les délais. D’abord les derniers accords de coalition n’ont été signés qu’une heure avant la fin de la période se terminant le 30 avril et ensuite la composition définitive du gouvernement a été repoussée par deux fois pour être divulguée à une heure tardive le 14 mai. Cette pression du temps n’a pas permis de fignoler les contours d’une coalition exigeante parce que les partenaires ont évalué le poids de leur participation.




Erdan, Netanyahou, Shalom

Une certaine dramatisation a accompagné la désignation des membres du Likoud convaincus que les meilleurs postes avaient été attribués aux autres partis. D’ailleurs  Guilad Erdan, numéro-2 du Likoud, a renoncé à son poste de ministre car il ne trouvait pas que le ministère proposé était à la mesure de sa fidélité au parti et de ses compétences. Sylvain Shalom n'était pas satisfait du ministère de l'intérieur et avait décidé de rester en dehors du gouvernement. Sa nomination comme vice-premier ministre l'a convaincu à la dernière minute. Miri Regev, agitatrice d'idées dans le parti, n’a pas été reçue par le premier ministre qui savait que son lot de consolation ne lui conviendrait certainement pas. La bataille pour les portefeuilles s’est poursuivie jusqu’aux dernières minutes avant la présentation du gouvernement à la Knesset. Pour satisfaire toutes les ambitions et réduire le pouvoir de certaines pointures politiques, Netanyahou a été contraint de couper certains ministères en deux entités faisant ainsi chevaucher certaines responsabilités.
Que pensez-vous du ministère des affaires climatiques ?

Et pourtant le gouvernement est incomplet. Plusieurs ministres n’ont pas eu de portefeuille. Le premier ministre a concentré dans ses mains plusieurs fonctions dans l’attente des négociations en coulisses. Par expérience, il sait qu’une voix de majorité le met sous la coupe de la mauvaise humeur d’un parti et il doit élargir sa base. 
Selon des indiscrétions au sein du parti travailliste, d’intenses négociations ont eu lieu pour l’entrée de la gauche au gouvernement, jusqu’à la dernière limite. L’aile centriste était favorable à entrer dans la gouvernance. L’aile gauche menée par Shelly Yacimovitch s’y opposait fermement. Mais la direction du parti a choisi l’union car elle avait encore dans l’esprit le précédent d’Ehud Barak, qui avait fracturé le parti. Pour se maintenir au poste de ministre de la défense, il avait rejoint Netanyahou en démissionnant du parti travailliste le 17 janvier 2011, avec quatre autres personnalités (Matan Vilnai, Einat Wilf, Orit Noked and Shalom Simchon) pour former le nouveau parti «centriste, sioniste et démocratique» Hatzmaout, indépendance, qui a eu une durée éphémère.
Salim Joubran

Les difficultés se sont amassées. Au Shass, le Conseil des Sages de la Torah, l’organe directeur du parti des orthodoxes séfarades a dû hausser le ton car personne ne voulait prendre le ministère des cultes. Le juge Salim Joubran de la Cour Suprême, a critiqué la nomination d’Ayelet Shaked et son attitude envers la Cour au cours d’une conférence à l’Université hébraïque de Jérusalem : «si elle est bien confirmée à ce poste, qu’elle réduit les pouvoirs et limite la capacité de la Cour suprême à annuler les lois, alors nous aurons tous un problème et pas seulement le Tribunal».
Certains membres du Likoud se sont élevés contre la méthode qui consistait à les humilier. Un par un au milieu de la nuit, ils ont attendu dans le couloir menant au bureau du premier ministre pour se voir attribuer leurs portefeuilles, loin des regards de la presse pour éviter de diffuser les mauvaises humeurs. Cette procédure leur a paru dégradante. 
Yéhouda Weinstein

Le Procureur général Yehouda Weinstein, dans un rapport écrit, a mis en garde Netanyahou contre la nomination d’Arie Dhery à un ministère, soulignant que le passe criminel de celui-ci nuirait à la confiance du public.  Le Procureur général, se plaçant sur un terrain moral, a précisé qu’il n’existait aucun obstacle juridique à la nomination du leader du Shass mais la décision serait difficile à défendre. Cette nomination, selon lui, «évoque des difficultés compte tenu du passé criminel qui pèse sur Arie Dhery, la violation de la confiance du public, et la vertu et de l’intégrité de ses opérations».
Dans son discours d’investiture très modéré, le premier ministre a insisté sur la nécessité d’étendre la coalition et a invité les travaillistes à le rejoindre. Cela explique ainsi les nombreux ministères, dont les affaires étrangères, qui n’ont pas été attribués et qui restent en attente d’une décision qui ne viendra certainement pas, au moins dans les proches semaines. 
Je vous rappelle que chaque heure pour vous fait 59 minutes et que la coalition dispose de 61 minutes

De son côté, le chef de l’opposition a prononcé un discours musclé qui laisse peu de place à la négociation. Isaac Herzog n’a pas ménagé ses mots : «aujourd’hui n’est pas un jour de fête pour la démocratie parce que ce gouvernement ne reflète pas la volonté du peuple. Netanyahou a acheté ces élections avec des mensonges et a insulté 20% des citoyens, les Arabes israéliens». Il a totalement exclu d’entrer dans la coalition qui ne prévoit pas de modifier sa stratégie internationale : «il n’y a aucune initiative diplomatique ni aucun espoir diplomatique. Nous sommes pris à partie par le monde: l’ONU, la Cour pénale internationale et même la FIFA». Il a ménagé l’avenir en s’adressant à Moshé Kahlon qui, selon lui s’est fourvoyé dans cette coalition : «Vous avez préparé des programmes de réformes sociales et économiques qui ne verront jamais le jour. Il faut mettre fin à ce cirque».
L’insistance de Netanyahou à inviter les travaillistes répond à sa volonté de «gauchir» son gouvernement inspiré par les nationalistes de HaBayit Hayehudi qui cherchent à faire la part belle aux habitants des implantations. Dès les premiers mots il avait affirmé que son gouvernement tentera de faire la paix ce qui avait provoqué la réaction violente de trois députés arabes qui ont été temporairement expulsés de la Knesset. Nul ne croit qu’avec un gouvernement le plus à droite de l’histoire israélienne, le processus de paix avec les Palestiniens sera encore au menu, ni d’ailleurs la création d’un État palestinien.
Guila Gamliel

Enfin les grandes perdantes de ce gouvernement sont les femmes qui obtiennent la portion congrue après avoir été éliminées des places éligibles dans les listes électorales des élections législatives du 17 mars 2015. Quatre femmes ont été nommées sur 20 ministres et  5 vice-ministres. La nouvelle ministre de la Parité, Guila Gamliel, aura beaucoup de mal pour redresser cette anomalie d’un gouvernement macho.
Reste à découvrir la liste des ministres faisant partie du saint des saints, le cabinet de sécurité, où sont discutés et décidés les projets gouvernementaux et où sont prises, à l’abri des regards et des medias, les principales décisions sécuritaires. Ce qui est certain c'est que ce gouvernement comporte de nombreuses erreurs de casting, pour les plus flagrantes la général Miri regev à la culture et Ayelet Shaked, diplômée hightech, au ministère de la justice, et d'autres encore. L'urgence et la nécessité d'assouvir les appétits n'ont pas permis de placer  les bonnes personnes au bons postes.  


4 commentaires:

Marianne ARNAUD a dit…

Cher monsieur Benillouche,

Et dire que les Français ne se rendent pas compte de leur bonheur d'avoir des femmes ministres occupant des postes régaliens,
issues de la minorité visible, qui donc, quoi qu'elles disent ou quoi qu'elles fassent, sont inattaquables !

M.A.

Bernard ALLOUCHE a dit…

Une situation très compliquée et un gouvernement sans autres ouvertures nous obligera à voter de nouveau. Le pays n'a peut être pas besoin de ces ratés. En politique chaque jour apporte son lot de surprises.
Bernard Allouche

Benjamin a dit…

le bibi est bien dans l'embarras.
lui qui n'aime pas partager, qui ne souhaite aucune ombre, se dirige avec motivation droit dans une impasse.
la fragilité de son gouvernement représente sa propre fragilité. il aimerait associer les contraires, mais c'est comme en chimie, des produits ne sont pas compatibles entre eux, et sont parfois explosifs.
il souhaite en bon politicien, et non en chef d'Etat, manipuler l'opposition et son propre parti. à ce jeu, sans vision ni stratégie, il va faire ce qu'il fait le mieux, le libéralisme économique sans pitié, le statut quo, et la provocation plus que douteuse, devant l'allié américain.
cette 34 ème Knesset a peu d'avenir, vive la 35 ème Knesset.

Robert FELDMANN a dit…

Sans critique il n'y a pas de democratie qui vaille . Je suis un liberal et Je vote a droite ; il est indeniable que ce gouvernement a ete forme dans la precipitation avec une methode toute florentine digne d'un Sforza . J'espere que Nethanahou pourra faire fonctionner cette usine a gaz ..