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mercredi 22 avril 2015

L'AUTORITARISME : DERNIÈRE ARME D'UN POUVOIR À L'AGONIE Par Marianne ARNAUD



L'AUTORITARISME : DERNIÈRE ARME D'UN POUVOIR À L'AGONIE

Par Marianne ARNAUD



Les élections municipales, européennes, sénatoriales et départementales ayant tourné au fiasco pour le Parti socialiste au pouvoir, on a vu la montée inexorable du Front National et la persistance d'une abstention record. Jour après jour, un fossé de plus en plus profond se creuse entre le peuple français et ses élites, que rien ne semble pouvoir endiguer.
La cote de confiance de François Hollande est au plus bas (79 % de mécontents) et cependant paradoxalement, la préparation du congrès du Parti socialiste, semble se passer plutôt bien pour lui. 



Les frondeurs

Le «frondeur mou», Christian Paul, qui ne fait peur à personne, a été mis à la tête de la motion réunissant «Maintenant la gauche» de l'eurodéputé Emmanuel Morel, et «Un monde d'avance» de l'ex-ministre Benoît Hamon. L'important étant que Martine Aubry ait rejoint la motion majoritaire de Jean-Christophe Cambadélis, soutenue par Manuel Valls, et qu'elle ait ainsi fait «le choix de l'unité et de la responsabilité» même si on nous dit que ce fut après «d'âpres négociations» dont on ne nous dit rien sur leur contenu.
La question du congrès de Poitiers étant réglée, voilà que Le Figaro sort son «rapport explosif» de la Cour des Comptes – dont on a déjà parlé ici – qui présente la loi sur le droit d'asile comme «la fabrique à clandestins». Inutile de dire que c'est du plus mauvais effet et que cela ne pouvait pas tomber plus mal, Bernard Cazeneuve, s'étant persuadé que son texte passerait sans trop de difficultés, le 15 avril. Mais les choses se corsent car précisément ce 15 avril, la Commission des lois du Sénat demande le report de cette réforme pour se donner le temps d'auditionner la Cour des Comptes qui a fait un «véritable travail d'impact» et Jean-Marc Leclerc du Figaro, s'étonne de ce que l'exécutif n'a «pas songé à irriguer la représentation nationale d'une analyse aussi pertinente, alors que celle-ci doit se prononcer, de façon éclairée, sur une réforme d'importance.»
Véra Jourova

C'est le moment que choisit la commissaire européenne à la Justice, Vera Jourova, pour déclarer : «Près de 6.000 Européens sont partis faire le djihad», et elle annonce «un agenda européen de la sécurité» pour fin avril. En attendant c'est Manuel Valls qui monte en première ligne à l'Assemblée Nationale, présenter devant un hémicycle clairsemé, sa loi sur le renseignement, censée donner un cadre légal à nos services de renseignements comme en ont tous nos voisins européens.
Comment alors expliquer ces tirs de barrage contre cette loi vue comme une «surveillance de masse généralisée» ? Comment expliquer que cette surveillance acceptée par 57 % des Français, mobilise plusieurs associations, parmi lesquelles le Syndicat de la magistrature, le Syndicat des avocats de France, Amnesty International, Attac, ou la Ligue des droits de l'homme ? Pourquoi le président du Syndicat des avocats de France, déclare-t-il : «Ce projet de loi passe complétement à côté de l'objectif : les attentats de janvier ont montré qu'on avait besoin de discernement et de surveillance ciblée là où on a une surveillance de masse, généralisée et sans contrôle effectif» ? Nous cacherait-on quelque chose ? Quoiqu'il en soit le gouvernement veut faire passer sa loi en procédure accélérée et espère qu'elle sera votée avant la fin juin.

Et puis il convient aussi de parler de cette «loi de modernisation du système de santé» présentée par Marisol Touraine, «résolument conçue pour imposer la volonté de l'État aux acteurs du système», écrit Damien Mascret du Figaro. Pour l'instant, l'article 18 de la loi – concernant le tiers payant généralisé – a déjà fait descendre dans la rue une bonne partie de ce que le pays compte de personnel soignant, plus de 40.000 personnes à Paris. Que croyez-vous qu'il advint ? L'article 18 sur le tiers payant a été adopté à la majorité de 23 voix contre 12, en première instance. 

La droite a eu beau critiquer cette mesure qu'elle considère comme une «déresponsabilisation des patients», elle n'a pas su trouver plus de 9 députés de l'UMP et 2 députés de l'UDI pour aller voter contre cet article 18. Il ne manquait que 218 députés de droite dans l'hémicycle au moment du vote, alors que seulement 10 députés supplémentaires auraient pu faire échouer ce vote, qualifié par la droite comme important !
Alors que nous voyons que les députés ne se déplacent même plus jusqu'à l'hémicycle pour aller voter les lois, c'est le moment que choisit Claude Bartolone pour relancer le débat sur le vote obligatoire. Ainsi, après quatre échecs électoraux cuisants où on a vu les électeurs se détourner des partis dits «de gouvernement» pour plébisciter le FN ou se réfugier dans l'abstention, le politique, plutôt que de se remettre en question, préfère reporter la responsabilité de ses échecs sur l'électeur, et instaurer un délit de non-vote pour tous ceux qui ne se présenteraient plus aux urnes. Et peu importe si, ce faisant, on transforme une liberté en contrainte.

Et, pour finir, voilà qu'on nous apprend qu'un «vent de colère» souffle contre la réforme des collèges de Najat Vallaud-Belkacem. «Depuis 2012, l'entreprise de démolition tourne à plein régime», écrit YvesThréard. «La rééducation par le bas est en marche», et il en veut pour preuve cette suppression des classes européennes, des options de latin et grec, des notes et du redoublement. Jack Lang, lui-même, «ne comprend pas que l'on veuille supprimer les classes européennes qui sont un succès et étouffer l'enseignement du grec et du latin». Jean-Marc Ayrault aussi, est monté au créneau, ainsi que 59 députés du groupe d'amitié France-Allemagne qui craignent pour l'enseignement de l'allemand dans les écoles françaises. Chez les enseignants la colère monte aussi. Déjà le Snes a rejoint une intersyndicale qui appelle à la grève le 19 mai prochain.

Étonnez-vous, après cela, que certains parlant de notre démocratie, évoquent une «démocrature» ?

4 commentaires:

AMMONRUSQ a dit…

Un bel article et j'ajouterais pas partisan,c'est bien agréable !

Bernard ALLOUCHE a dit…

Les députés de l'opposition ne se déplacent plus depuis bien longtemps. Le vote étant bouclé par les différents régimes au pouvoir.
Le problème vient bien du système établi par la 5ème République. Ce régime donnant les pleins pouvoirs à une majorité immuable pendant le temps de son mandat.

La démocratie ne sera applicable que le jour où la proportionnelle sera appliquée dans son entier.
Bernard Allouche

Marianne ARNAUD a dit…

@ Bernard Allouche

Dans n'importe quelle démocratie au monde vous auriez raison, mais pas en France.
Les institutions de la Vème République étant ce qu'elles sont, il n'y a vraiment qu'une élection vraiment importante, ce sont les élections présidentielles.
Alors qu'importe la perte des villes, des départements ou des régions. L'essentiel c'est de tenir l'Elysée, et pour cela tous les moyens sont bons.

Cordialement.

Bernard ALLOUCHE a dit…

@ Marianne Arnaud
Entièrement d'accord avec vous. Le pouvoir encore et toujours le pouvoir et de surcroît en France dans le faste du Palais de l'Elysée.
Revenons à une présidence inaugurant les chrysanthèmes et peut être verrons nous les députés sur les bancs de l'assemblée et les citoyens revenir aux urnes
Cordialement