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lundi 6 avril 2015

ÉTAT DES LIEUX DANS LE NEUF-TROIS Par Jean CORCOS



ÉTAT DES LIEUX DANS LE NEUF-TROIS

Par Jean CORCOS



Pour mon émission du 22 mars dernier, je n'ai pas conduit mes auditeurs au Moyen-Orient ou au Maghreb, mais tout près de chez nous, en banlieue parisienne. Le titre choisi était : Education, laïcité, antisémitisme, un état des lieux dans le «Neuf-Trois». Par ségrégation sociale ou en raison de causes plus complexes, la Seine Saint-Denis compte maintenant plus de Musulmans que de Chrétiens, sans parler de la petite minorité juive qui diminue. Dès que l'on franchit le périphérique commence un «autre monde», dont nos medias commencent à se rendre compte, en particulier suite aux incidents en milieu scolaire qui ont marqué les minutes de silence au lendemain de l'attentat contre Charlie Hebdo.



Danielle Guerrier

J'avais choisi une invitée parfaitement qualifiée pour en parler, Danielle Guerrier, que j'étais particulièrement heureux de recevoir à Judaïques FM. D'abord en raison de sa proximité et de son amitié envers la communauté juive ; elle est en effet catholique, elle travaille au Diocèse de Saint-Denis en France, mais surtout elle est responsable du Service Diocésain pour les Relations avec le Judaïsme. Au-delà de cette amitié, c'est un observateur de terrain du dialogue inter-religieux. Mais surtout, elle est un témoin précieux, à la fois comme ancienne enseignante qui connait bien les problèmes dans certains établissements dont on commence à parler, et puis surtout, comme habitante du neuf-trois.
Pour ma première question, j'ai dit à mon invité que j'étais étonné à propos des relations judéo-chrétiennes qu'elles ne relèvent pas, pour la hiérarchie catholique, du dialogue interreligieux comme c'est le cas de l'islam. En réponse, Danielle Guerrier a rappelé que l'œcuménisme concernait certes les relations avec les autres églises chrétiennes, mais que le Conseil chargé de ce sujet au sein de l'épiscopat était la même structure en charge des relations avec le judaïsme, et cela était aussi le cas au niveau du Vatican. Il y a en effet une spécificité des relations avec les Juifs, le christianisme est né au sein du judaïsme, il y a donc une mission particulière de dialogue vu les sources communes des deux religions. Les relations avec l'islam ne sont donc pas du même ordre.

Dialogue à deux
 
Jean Mouttapa
J'ai ensuite évoqué les propos de Jean Mouttapa, éditeur, journaliste, très impliqué pour aider Juifs et Musulmans à se connaitre et à se respecter. Il s'était exprimé il y a quelques mois à l'occasion de la remise du Prix de l'Amitié Judéo-Chrétienne de France au Père Émile Shoufani, le curé de Nazareth, arabe, citoyen israélien qui a tant fait pour le rapprochement entre les communautés : il avait dit ce soir là, aux collège des Bernardins, que le dialogue simultané entre les trois fois monothéistes était préférable, selon lui, au dialogue à deux : en effet, on aurait parfois le syndrome du tiers absent dont on peut dire du mal, justement parce qu'il n'est  pas là.
Emile Shoufani

Mon invitée a répondu, prudemment, qu'il ne fallait pas opposer le dialogue à deux au dialogue à trois. Lorsqu'il y a un dialogue à trois, les objectifs ne sont pas forcément les mêmes : il y a ainsi des rencontres régulières entre Juifs, Chrétiens, Musulmans - et même avec un représentant bouddhiste - organisées par son Diocèse en Seine Saint-Denis, mais leur objet est essentiellement la connaissance réciproque et le vivre ensemble, d'abord pour vivre en paix. Par contre, le dialogue judéo-chrétien va plus en profondeur, sur des sujets bibliques ou théologiques.
Ma question suivante a porté sur les sentiments des habitants chrétiens de la Seine Saint-Denis. Bien sûr tous ne sont pas croyants ou pratiquants, tous ne se revendiquent pas d'une identité religieuse, mais tous ont constaté une évolution dans les populations qui les entourent. Quelle est leur réaction ? Est-ce que c'est un repli xénophobe, voire une fuite vers des résidences pavillonnaires loin de Paris ? Est-ce qu'au contraire, certains vivent la mixité comme une chance ? Danielle Guerrier a d'abord confirmé cette évolution qui est sans précédent, puisque 50 % de la population change tous les dix ans, ce qui est énorme. Dans la population, il y a ceux qui sont nés de parents français nés en France, mais aussi une multitude de cultures. Les originaires du Maghreb sont relativement anciens, puis sont venus les Africains, les Antillais, les Sri-Lankais, maintenant ce sont ceux d'Europe de l'Est qui arrivent : la coexistence se pose aussi entre eux. Les jeunes adultes d'origine française partent, en majorité, quand ils ont fini leurs études car la promiscuité est difficile. Par contre, les milieux catholiques engagés font le pari de rester, car ils estiment qu'il y a une richesse d'humanité dans laquelle il faut s'investir.


Question scolaire

J'ai ensuite abordé la question scolaire. On sait que l'écrasante majorité des enfants juifs ont été retirés des établissements de l'Education Nationale du département, les uns parce qu'ils étaient harcelés ou agressés, les autres parce que leurs parents ont fait un retour à la religion, ou alors simplement ont déménagé pour vivre ailleurs : qu'en est-il des autres enfants, est-ce que la ghettoïsation, qui empêche une laïcité au quotidien concerne aussi les enfants catholiques ?
Ecole juive Paris 19°

Danielle Guerrier a dit sa tristesse de cette fuite des enfants juifs, en soulignant aussi que beaucoup d'entre eux sont aussi allés dans des écoles catholiques et y sont heureux ; écoles où on voit aussi beaucoup d'enfants musulmans, tous les parents reconnaissant qu'il y a un meilleur projet d'accompagnement. Au final, et c'est bien triste, les écoles reflétant aujourd'hui le moins la diversité en Seine Saint-Denis sont celles de l'Education Nationale, qui ont en très grande majorité des élèves d'origine étrangère.
Autre problématique de l'enseignement public, celle des problèmes spécifiques des professeurs d'Histoire chahutés lorsqu'ils abordaient des sujets comme la Shoah, ou l'Histoire des religions. J'ai demandé à Danielle Guerrier si déjà, en 2003 lorsqu'est sorti le livre «Les Territoires perdus de la République», elle avait entendu parler de ces incidents, et quels sont les échos qu'elle a eus de collègues encore en activité sur ce qui s'est entendu au lendemain des attentats du mois du janvier.
Mon invité a évoqué son expérience personnelle, car elle a accompagné plusieurs voyages pédagogiques à Auschwitz ; elle a parlé aussi des propos terribles entendus par une ancienne déportée qui est son amie. Il y a eu, à son avis, des réactions en raison des amalgames faits par beaucoup d'élèves. J'ai cité alors des propos tirés d'un reportage hallucinant publié sur le site de l'Obs en janvier dernier, intitulé «En tramway dans le 93», en lui demandant si elle avait entendu de déclarations de nature complotiste et antisémite. Elle m'a répondu par la négative sur les dernières semaines. En dehors de ce contexte, des jeunes d'origine africaine catholiques et suivant une préparation religieuse, lui ont souvent sorti des propos citant l'esclavage et du type concurrence des mémoires ; mais elle a été surtout frappée par des propos très menaçants entendus au moment des manifestations pro-palestiniennes de l'été dernier : l'importation psychologique du conflit a un effet énorme sur une partie des jeunes.

Théories du complot

Notre dernier échange a porté sur les théories du complot. Dès le lendemain de l'attentat contre Charlie Hebdo, puis contre l'hypermarché casher de la Porte de Vincennes, on a vu se répandre sur Internet des rumeurs comme quoi c'était un coup des services secrets français, ou du Mossad, pour stigmatiser les Musulmans. La ministre de l'Éducation Nationale, Najat Valaud Belkacem, a poussé un cri d'alerte, en disant : «ces théories du complot qui sont en train, vraiment, de miner notre jeunesse. Un jeune sur cinq aujourd’hui adhère aux théories du complot.» Quels outils pour lutter contre ce complotisme ?
Danielle Guerrier a rappelé les outils généralement mentionnés : former les enseignants; apprendre à utiliser Internet; apprendre aux élèves à recouper les sources. Mais pour elle cela ne suffit pas : le temps des propos moralisateurs est déplacé, il faut maintenant rendre les jeunes actifs et responsables. Et elle a cité le cas d'un collège de troisième, dont les élèves sont en en majorité musulmans, où un groupe de jeunes en classe de troisième, ont eu eux-mêmes la démarche de mieux connaitre les religions en invitant un rabbin, un imam et un prêtre, pour faire un numéro spécial du journal de leur collège ; et c'est eux qui l'ont contactée. Danielle Guerrier pense aussi qu'il y a, enfin, une réelle évolution de la part de certains intellectuels musulmans, qui disent qu'il faut réfléchir sérieusement sur ce qui vient de se passer avec les attentats.

Lien pour réécouter l'émission :

http://www.judaiquesfm.com/animateurs/3/corcos-jean.html

1 commentaire:

Véronique ALLOUCHE a dit…

Votre émission me paraît bien angélique et politiquement correcte.
Pourquoi ne pas pas parler de la démission des pouvoirs publics qui depuis des décennies ont laissé s'installer des réseaux mafieux dont on prenait connaissance par les journalistes allant sur le terrain en caméra cachée? Comment s'étonner que dans ces conditions tous ceux qui le peuvent fuient ces quartiers où règne la terreur? Et ces intellectuels musulmans, plutôt que de réfléchir feraient mieux d'agir envers ces populations maghrébines qui s'octroie le droit de désobéissance envers le pays qui les a accueilli. S'ils avaient une influence quelconque, pourquoi ne sont-ils pas descendu dans les rues de Paris après les attentats de janvier en entraînant derrière eux les habitants du 9-3?? Bien peu de maghrébins étaient présents.
Cordialement
Véronique Allouche