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mercredi 25 mars 2015

UNION SIONISTE : L’ERREUR DE CASTING



UNION SIONISTE : L’ERREUR DE CASTING

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps

        

          Nous avons plusieurs fois écrit que le choix d’Isaac Herzog était une erreur de casting. L’évidence pour quelques journalistes n’a pas été perçue par les dirigeants travaillistes comme une anomalie à éviter. Aujourd’hui, au lendemain des élections, l’analyse à froid s’impose. L’échec était latent ; les résultats s’expliquent. Les têtes de liste du parti n’avaient pas le charisme nécessaire pour réveiller l’opinion publique acquise en majorité aux thèses de la droite. Alors les électeurs ont choisi Netanyahou, par défaut, en raison de l’absence d’une pointure politique à la tête de l’Union sioniste. On ne vote pas que pour des idées en Israël mais surtout pour un homme : Begin, Rabin, Sharon et à présent Netanyahou.  



Gauche laminée

La dynastie Herzog

Les citoyens de gauche l’avaient crié haut et fort mais ils n’ont pas été entendus. Il ne suffit pas d’être le fils de… et le petit-fils de… pour avoir le talent pour réussir. La gauche s’est progressivement laminée à chacune des élections depuis 2001 pour mener à la déconfiture aux élections de 2008 et 2013. Le parti travailliste est entré progressivement dans le coma programmé par la scission qui avait poussé Ehud Barak, ministre de la défense, à partir avec la moitié de ses députés pour fonder l'éphémère micro parti «Indépendance», entièrement inféodé au Likoud. Cet ancien responsable du parti avait concentré sur lui les haines de ceux qui lui refusaient le rôle de leader parce qu’ils l’assimilaient à un infiltré  de la droite.

Les jeunes rebelles du parti ont déçu par leur passivité à l’instar du député Daniel Bensimon, ancien journaliste à Haaretz, qui avait déclaré que «le parti travailliste est arrivé au département des soins intensifs, et qu'il fallait maintenant que quelqu'un vienne en urgence lui prodiguer le remède nécessaire à son rétablissement». Dans un coup d’éclat, il avait quitté la présidence du groupe travailliste à la Knesset parce qu’il estimait «qu’il faudrait une refondation totale du parti afin qu'il puisse encore attirer des électeurs». Mais il n’a rien fait et il a donné l’impression qu’il allait à la soupe comme les autres députés, une fois élus.
Les figures  montantes, représentant pour l’Occident les symboles du camp de la paix, ont aussi déserté le parti pour s’enfermer dans le silence. Le déclin de la gauche tend à expliquer l’érosion en Israël du camp de la paix qui s’étiole à la Knesset. Ceux qui ont cru à la paix ont été désabusés et, convaincus que les Palestiniens n’avaient pas de volonté affichée de cosigner un accord même imparfait, des bataillons d’électeurs de gauche ont paradoxalement rejoint en masse le camp nationaliste, le seul selon eux à garantir la sécurité si la guerre devait perdurer.

Parti d’appoint

Péres, Sharon, Olmert

            À partir de 2001, la déroute systématique du parti travailliste aux élections l’a marginalisé pour le transformer en parti d’appoint dans des coalitions de droite avec Ariel Sharon puis du centre avec Ehud Olmert. Le nombre de députés, réduit en peau de chagrin,  l’a disqualifié pour constituer une alternative politique crédible. La création de Kadima lui a donné le coup de grâce puisque des personnalités marquantes ou historiques l’ont déserté avec à leur tête Shimon Pérès. Le parti s’est rétracté alors sur lui-même, est revenu sur ses vieilles positions, s’est appuyé sur des dogmes périmés, n’a plus innové, n’a plus bougé, et ne s’est pas remis en cause. Au lieu d’analyser les vraies raisons de leur déclin, les travaillistes ont  attribué leur défaite à une dérive centriste, sinon droitière, de l’électorat israélien, ce qui n’est certes pas totalement inexact.
            Les dirigeants travaillistes n’ont jamais tiré les leçons de leurs échecs. Le parti, pourtant solide et bien implanté dans le paysage politique, est soutenu par des milliers de militants encartés et de cadres actifs expérimentés détenant le pouvoir dans plusieurs grandes villes. Pourtant le moral est bas parce que les socialistes avaient accusé leur secrétaire général de l’époque, Ehud Barak, d’avoir tardé à prendre les mesures pour assimiler la défaite, pour entamer le travail de rénovation et pour faire émerger de nouveaux leaders. Il en est ressorti une impression de chaos généralisé dont nul n’entrevoyait la fin.

Ambitions étouffées

           Le parti ne manquait pas de talents mais les ambitions ont été étouffées. Le premier ministre Netanyahou a exploité le désarroi des vaincus alors que les travaillistes se taisaient, temporisaient et fourbissaient des armes démodées. Ils vivent toujours dans le souvenir des victoires passées tandis qu’aucun leader charismatique n’arrive à faire vibrer la masse disciplinée de ceux qui, naguère, ont mené Rabin à la victoire. En l’absence de stratégie de reconquête, un boulevard a été ouvert à la droite. Faible et laminée, la gauche n’est plus crédible quand elle cherche à convaincre que le processus de paix n’est pas définitivement enterré. Le parti ne fédère plus et les clivages communautaires ont refait surface. Cette faiblesse politique des travaillistes permet au premier ministre de camper sur une position intransigeante sachant que le pouvoir ne risque pas de lui échapper.

L’élection du 17 mars a renforcé ses convictions consistant à ne rien faire et à ne rien tenter pour éviter tout échec éventuel. Sa dernière visite aux États-Unis, où il n’a rien proposé ni rien dit de nouveau, l’a conforté dans son bras de fer avec Barack Obama. Il n’a pas besoin de faire de propositions aux Palestiniens et encore moins d’expliquer la politique future qu’il compte suivre au Proche-Orient. Son électorat le suit les yeux fermés. Alors, le déclin des travaillistes risque de sonner le glas à un accord de paix avec les Palestiniens. La maladie socialiste, si elle se prolonge, risque aussi de contaminer la démocratie dont la vivacité fait l’originalité de l’État d’Israël. La pensée unique s’installera et les extrêmes imposeront leurs vues avec le risque de déstabiliser le pays, puis la région.

Réveil brutal

Général Amos Yadlin

            Le réveil du 18 mars a été brutal pour l’Union sioniste car elle avait tout misé sur ces élections pour faire revivre un parti à la déroute. Il s’agit bien d’un échec, étonnant certes puisque le parti était donné gagnant dans les sondages qui ne se sont pas trompés. C'était en effet compter sans les indécis évalués à 15%, soit 18 sièges, et sans la démagogie des trois derniers jours de la campagne consistant à promettre en vrac la multiplication des constructions dans les implantations, l’augmentation du salaire minimum et le renoncement au principe de création d’un État palestinien.
Général Shaoul Mofaz

Mais il ne fait aucun doute que de nombreuses autres erreurs ont été commises. Le parti est squatté par de nombreux jeunes inexpérimentés, aux tendances parfois gauchistes, issus de la révolution des tentes. Ils n’étaient pas crédibles et n’ont pas convaincu l’opinion  qu’ils étaient capables de prendre en main les rênes du pays. Ils auront besoin, à la Knesset, d’une expérience dans l’opposition pour s’affirmer et pour être efficaces aux prochaines élections. Le renouveau des candidats était certes une bonne carte à condition qu’il s’appuie sur les valeurs sûres pour guider et pour rassurer. Mais surtout, la représentation militaire était faible dans un pays où la sécurité prime sur l’économie. Le général Amos Yadlin a bien accepté le poste de ministre de la défense mais il n’a pas voulu figurer dans la liste de gauche. Des rivalités de personnes ont empêché Shaoul Mofaz d'apporter son expérience de ministre de la défense et de chef d'Etat-major pour apporter sa caution sécuritaire.  Enfin aucun représentant de la communauté francophone, évaluée à 120.000 personnes, ne figure sur la liste.
Moshé Kahlon et le général Yoav Galant

L’Union sioniste a payé l’erreur de casting de sa tête de liste qui n’avait rien de charismatique pour mener le combat contre Netanyahou, un peu trop sûr de lui. C’est ainsi que des sympathisants travaillistes ont déserté leur clan vers d’autres cieux, plus accueillants et plus toniques, vers Moshe Kahlon en particulier qui a insisté pour avoir le général Yoav Galant à ses côtés. Et puis les travaillistes continuent à donner l'impression qu’ils représentent l’élite ashkénaze par opposition au Likoud qui, depuis sa résurrection avec Begin en 1977, est présenté comme le parti des séfarades. L’exemple d’Amir Hetsroni, professeur agrégé de communications au Centre universitaire Ariel est flagrant. Il s’est illustré à la télévision en tenant des propos inadmissibles avant de se faire expulser du studio. Il a déversé son torrent de haine à l'encontre des Juifs marocains, responsables selon lui de l’échec électoral : «Si ces pauvres incultes n'avaient jamais quitté leur bled on en serait pas là». Moshé Kahlon a d’ailleurs enfourché ce cheval de bataille et a récupéré les voix venues de la gauche.
L’Union sioniste a peu investi sur le terrain et n’est pas partie à la rencontre des électeurs. Elle a choisi essentiellement les medias et la radio où elle se coupait de la base. À cause de cet éloignement, Herzog n’a pas réussi à convaincre l’électorat israélien que son parti était une force d’alternance capable de prendre la place du Likoud. Son programme était lui-même vieillot. Il n’a pas présenté de renouveau dans sa conception ; un renouveau qui aurait pu permettre à certains électeurs, qui s’étaient fourvoyés au Likoud, de rejoindre les travaillistes pour les options sociales.     
     
Pour les attirer il fallait du neuf, même avec une petite dose de démagogie. Netanyahou avait laissé un boulevard, non exploité par les travaillistes, sur la question palestinienne et sur les relations avec les États-Unis. Ces questions n’ont pas fait l’objet d’un matraquage électoral qui aurait pu permettre aux travaillistes de se distinguer dans la campagne. Le courage politique leur a manqué au profit d’un ronronnement de propositions éculées. Ils n’ont pas répondu à la colère sociale de la révolution des tentes de l’été 2011 dont les chefs, figurant sur la liste électorale, donnaient l’impression de devenir déjà des hommes politiques à la langue de bois. Ils n’ont pas envisagé un retournement de stratégie pour neutraliser la puissance du droitiste Naftali Bennett dont certaines thèses concernant les Palestiniens semblaient anachroniques. 
Itzik Shmuli

Mais le plus triste reste que les dirigeants n’ont rien vu venir. Eytan Cabel avait misé sur un score de 27-22 au profit de l’Union sioniste. La députée Merav Michaeli rêvait déjà : «Je suis très optimiste Nous pouvons certainement former un gouvernement, et le plus grand talent de Herzog est la capacité de rassembler les gens, il réussira». Le député Itzik Shmuli avait senti la victoire : «J’ai le sentiment d’évidence que les gens sont fatigués de Netanyahu ».  Il reconnaît après coup que la campagne n’a pas été suffisamment agressive : «Nous aurions dû être plus cannibales. Nous avons été absents de l’arène et nous avons commis l’erreur stratégique de ne pas lancer d’attaque énergique et continue contre Lapid. Nous aurions dû parler constamment des réformes dans lesquelles nous croyons».
Les travaillistes reconnaissent à présent qu’Herzog est apparu faible à la télévision face à Netanyahou. Avant même de parler, il avait été plombé par son apparence. Le député Micky Rosenthal a par ailleurs condamné la «campagne totalement fausse du début, concentrée sur la personnalité de Netanyahu et sur la conduite de sa femme, ce qui a déclenché une attitude négative envers nous. Nous aurions dû faire à Lapid ce que Netanyahou a fait à Bennett». D’autres militants s’interrogent à présent sur l’intérêt du tandem Herzog-Livni qui a peu rapporté de voix d'autant plus qu'il était difficile de modifier la campagne à deux  mois du scrutin.
L’explication que l’électorat penche dorénavant à droite n’est pas judicieuse. En n’évoquant pas les questions sociales et la répartition équitable des ressources, rien n’a été fait pour attirer les populations religieuses et défavorisées. Mais malgré l’échec, aucun militant ne semble prêt à sacrifier Herzog. Selon Michaeli : «Pour autant que je sois concernée, Herzog est le leader, et il est trop tôt pour commencer à penser à le remplacer. ». 

Une grande période d’incertitude s’ouvre en Israël sur les relations avec les États-Unis et avec les Palestiniens, durant laquelle les décisions importantes seront éludées pour maintenir une coalition hétéroclite. Seul Tsahal garde ses prérogatives pour défendre le pays. C’est le seul point rassurant.

3 commentaires:

Pascale CHATELUS a dit…

C est assez angoissant quelque part, votre article, Jacques. On a l impression que l on va se coltiner la droite durant encore de nombreuses années.

David SILICE a dit…

Le parti travailliste n'a pas compris non plus que les olim hadashim venus de France, Grande-Bretagne et Russie au cours de ces 20 dernières années votent majoritairement à droite. Les israeliens sont majoritairement de droite, c'est un fait et vous devrez vous y faire Pascale Chatelus. La gauche restera encore dans l'opposition pendant une vingtaine d'années encore. A mois que Lapid ne fasse exploser le parti en fondant un grand parti de gauche socio-démocrate. Que pensez-vous de cette dernière hypothèse Jacques?

Benjamin a dit…

la gauche israélienne s'est pris une bonne "raclée".
néanmoins elle a mieux réussi à concentrer ses militants, le score de l'union sioniste est en augmentation. maintenant, certains sont mauvais perdants, mais ceci est normal, il faut du temps pour digérer la défaite.

le point positif est que la démocratie continue, la gauche est encore debout. si elle n'existait pas, si Israël était entièrement à droite, il n'y aurait plus de démocratie. tous les feux seront au vert pour faire avancer le projet du grand Israël soutenu par les droites.

avec le likoud, nous partons pour quatre ans fermes de statut quo, quatre ans fermes de langue de bois, et quatre ans fermes d'avancement de leur projet de "grand Israël".
je reconnais la victoire de la droite, je l'accepte, c'est la démocratie qui a parlé. je souhaite de la pondération dans ce nouveau gouvernement, car il ne faut pas oublier, que chaque problème en Eretz a des conséquences en diaspora.