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jeudi 19 mars 2015

MOSHE KAHLON : LE FAISEUR DE ROI



MOSHE KAHLON : LE FAISEUR DE ROI

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps

Kahlon et Yoav Galant

Les sondages se sont à nouveau trompés alors qu’il s’agissait d’un scrutin à la proportionnelle intégrale qui élimine les aléas d’un vote majoritaire par circonscription, dépendant souvent d’une triangulaire au résultat imprévisible. En fait, comme en 2013, les listes secondaires  font la différence et décideront du contour de la nouvelle coalition.



Convaincre progressivement



Le nouveau parti Kulanu pourrait tirer les marrons du feu en jouant le rôle qu’avait joué Yesh Atid lors de la précédente législature. Moshé Kahlon et ses conseillers ont choisi de proposer une liste de personnalités nouvelles, certes expérimentées dans leur domaine de prédilection, mais vierges de toute vie politique politicienne. Crédité de 10 sièges il a dépassé de loin le score de Naftali Bennett, le grand perdant de ces élections. Il a préféré convaincre progressivement, pour attirer à la fois une partie de l’électorat du Likoud et ceux des électeurs de gauche qui n’ont pas été convaincus par le leadership de Herzog. Fort de l’aura que le scrutin lui a attribuée, il devient disponible pour rejoindre en temps voulu, en tant qu’ancien  homme du sérail, le Likoud qui pourrait songer à préparer la relève de Netanyahou.
La liste Yahad éliminée

            Moshé Kahlon a fait sa carrière au Likoud mais il n’avait pas réussi à orienter son parti vers le centre gauche plutôt que vers la droite extrême. Le désaveu de Naftali Bennett et l’élimination des extrémistes de Yahad lui donnent raison et les nombreux militants, qui ont regretté son départ, ont été sensibles à sa dialectique mettant en premier plan les problèmes sociaux-économiques. Les questions sérieuses ont échappé à la campagne électorale parce qu’elles ont été polluées par des sujets subalternes qui ont monopolisé le débat mais elles seront posées sur la table de la nouvelle coalition.
            Seule la liste Kulanu s’en sort bien pour avoir été à la limite des deux camps. Avigdor Lieberman a été cramé après les accusations de corruption contre des membres historiques de son parti. Yaïr Lapid n’a pas convaincu en raison de son incapacité au gouvernement à faire bouger les choses et à tenir ses promesses de campagne. Naftali Bennett a souffert des attaques en règle de Netanyahou et surtout de la concurrence de la liste d’extrême-droite Yahad qui lui a siphonné des voix.

Parti charnière

Liste Kahlon

Kulanu obtient le rôle de parti charnière, capable de ratisser large, parce qu’il se situe à la limite du Likoud historique, celui de Begin de 1977 qui avait fait la part belle aux séfarades et aux questions concernant les classes défavorisées. Sa liste a aligné des candidats prestigieux vierges de défauts politiques. Le général de réserve et ancien baroudeur Yoav Galant apporte sa caution sécuritaire. Le prix d’Israël Elie Elalouf a consacré sa vie à se battre contre la pauvreté et à aider les classes défavorisées. Michael Oren, l’ancien ambassadeur aux États-Unis,  pourrait se charger de rétablir le climat de confiance avec les Américains. Enfin Rachel Azaria, fille d’une mère américaine et d'un père d'origine tunisienne occupe le poste de maire-adjoint de Jérusalem. Diplômée et titulaire de plusieurs prix, elle apporte la caution religieuse moderne puisque son cursus scolaire s’est déroulé dans le système scolaire national religieux. Enfin il faut noter la présence de quatre femmes dans les dix première places.
Moshe Kahlon n’avait fermé aucune porte durant la campagne en précisant qu’il se joindrait à tout premier ministre désigné, de droite ou de gauche, qui lui permettrait d’être ministre des finances pour réaliser, dans les moindres détails, les solutions préconisées par Elie Elalouf dans son rapport sur la pauvreté. Il pourrait être certes bloqué par un premier ministre omnipuissant, comme Lapid au ministère des finances. Mais le modèle n’est pas comparable. Contrairement à lui, Kahlon a une longue expérience politique au Likoud et des années de pratique ministérielle qui lui ont fait connaître les rouages de la gestion de l’État. Il a affirmé qu’il n’acceptera aucun compromis si on ne réservait pas à son parti le ministère de la gestion des terres domaniales.

Vengeance froide

Il n’est pas sûr que l’attraction d’un portefeuille ministériel puisse prendre le dessus. Il a montré dans le passé qu’il pouvait refuser une place méritée acquise sur la liste du Likoud parce qu’il privilégiait ses convictions avant ses intérêts personnels. Il avait été patient et avait gravi, pas à pas, les échelons du Likoud jusqu’à atteindre la première place aux primaires de son parti en 2013.
Il se souviendra certainement qu’il avait quitté le Likoud sans que Netanyahou n’ait fait un geste pour le retenir parce qu’il devenait un concurrent potentiel après avoir réussi la réforme des services du téléphone cellulaire, là où personne n’avait voulu s’aventurer. Il exigera donc des garanties pour ne plus être dans la même situation difficile. Beaucoup pensaient qu’il mûrissait une vengeance froide pour refuser son concours politique indispensable. Il n’a pas oublié que par deux fois le premier ministre lui avait refusé le poste de ministre des finances et la direction des terres domaniales de l’État. Ces refus ont dû laisser des traces que Netanyahou devra dissipées. En fait sa vengeance sera d'imposer ses propres conditions.


En fait Kahlon n’a jamais quitté le camp de la droite et il voit loin car il lorgne vers le Likoud à qui il voudrait redonner l’idéologie de feu Begin qui avait su allier pragmatisme social et paix militaire. Il pourrait voir s’ouvrir les portes d’un retour en fanfare au sein d’un parti où il a fait ses premières armes politiques. Il voulait un retour victorieux et il pourrait à présent l’obtenir s’il pouvait infléchir la politique extrémiste prise par son ancien parti. 
Mais en son for intérieur, Kahlon veut surtout prendre sa revanche personnelle, sa revanche de séfarade fils d’immigrants de Libye, qui s’est vu bloqué dans son ascension politique en raison de ses origines sociales. Il croit en son étoile qui commence à briller. Il sait que ses dix députés sont indispensables à Netanyahou pour constituer une majorité à la Knesset. Il a acquis la certitude qu’il est véritablement le faiseur de roi.

3 commentaires:

Marianne ARNAUD a dit…

Cher monsieur Benillouche,

Le talmudiste en vous, est bien servi !
Vous attendiez Herzog, ce fut Netanyahou qui vint, avec dans son sillage, son ancien collaborateur, Moshe Kahlon.
Mais pourquoi lui faire un procès d'intention en écrivant qu'il "veut surtout prendre sa revanche personnelle" ? Pourquoi ne pas croire que c'est avant tout, l'intérêt général d'Israël et des Israéliens qui vont dicter ses choix, et essayer de les imposer à Netanyahou ? Peut-être que cela lui sera d'autant plus facile d' "infléchir la politique extrémiste de son ancien parti" que Netanyahou avait déjà commencé à infléchir la sienne (qu'il avait, il est vrai, durcie pour ces raisons électoralistes), et que Naftali Bennett, le chou-chou des colons de Cisjordanie, vient de prendre la gamelle que l'on sait.

Pour ma part, je souhaite que la coalition de Benjamin Netanyahou et de Moshe Kahlon, qui semble aller de soi, ouvre une ère politique nouvelle pour Israël.

Très cordialement.

Jacques BENILLOUCHE a dit…

Chère Marianne,

Maintenant que le scrutin est passé, je peux sortir de ma réserve. Je n’ai pas voté Herzog mais Kahlon. Certains s’en seraient doutés avec les différents articles que je lui ai consacrés. Donc je ne pleure pas la défaite de Herzog qui comme je l’ai écrit «est une erreur de casting».

Kahlon a l’originalité de venir de la droite, donc sans concessions sur les principes sécuritaires, mais avec un profond sens des intérêts sociaux de la population. Pour mieux l’illustrer, en France on pourrait le classer parmi les gaullistes de gauche chers à Philippe Seguin et François Fillon.

Il reste à espérer qu’il ne faillira pas à ses convictions et qu’il insufflera dans le gouvernement beaucoup de social pour venir en aide aux 1,6 million de défavorisés et à une classe moyenne matraquée par des impôts inadmissibles.
Cordialement.

Véronique ALLOUCHE a dit…

Et où trouvera-t-il le budget nécessaire à une politique sociale?
A moins d'amoindrir celui de l'armée et ainsi rendre le pays bien vulnérable!