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mardi 10 mars 2015

KBIBECH, PROCHAIN PRÉSIDENT DU CFCM Par Jean CORCOS



KBIBECH, PROCHAIN PRÉSIDENT DU CFCM

Par Jean CORCOS



Mon émission du 22 février était marquante à plusieurs titres. Tout d'abord en raison de la qualité de mon invité, Anouar Kbibech, vice-président du CFCM (Conseil Français du Culte Musulman. Il doit succéder, au mois de juin prochain, au Recteur de la Grande Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur. Natif de Meknès, au Maroc, sa carrière a été à la fois celle d'un cadre supérieur de l'industrie, et celle d'un gestionnaire du culte musulman.  Il préside le RMF (Rassemblement des Musulmans de France), qui fédère environ 550 mosquées en France, dont les fidèles sont en grande majorité des originaires du Maroc.



CFCM

Mon émission était également marquante parce que, pour la première fois, s'exprimait sur nos ondes un important dirigeant du CFCM au lendemain des attentats de Paris et au moment où l'islam de France doit répondre à plusieurs défis : s'affirmer dans la République tout en respectant le cadre de la laïcité ; répondre aux besoins des fidèles tout en rassurant une majorité de Français qui voient avec inquiétude sa montée en puissance ; et surmonter ses propres divisions historiques.

J’ai d’abord évoqué les mots assez durs du Président de la République vis à vis du CFCM. François Hollande avait affirmé que cette instance n’a «pas la capacité suffisante de faire prévaloir un certain nombre de règles, de principes, partout sur le territoire». Puis j’ai soulevé la question de sa représentativité alors que les élus du Conseil d'Administration, au plan national comme dans les instances des Conseils Régionaux du Culte Musulman, ne représentaient, en juin 2013, que 901 mosquées affiliées aux différentes fédérations nationales, sur un total de 2.300 lieux de culte. Mon invité  a d'abord mis en avant le manque de moyens humains et matériels pour avancer sur certains dossiers - formation des imams et aumôniers, construction de mosquées, abattage rituel. Il a aussi estimé que le CFCM n'avait pas l'ambition de représenter tous les Musulmans, mais simplement de s'occuper des besoins religieux. Le Conseil, selon lui, n'a pas émis de «fatwas» et ne s'est pas occupé de théologie parce que ce n'était ni le souhait des pouvoirs publics, ni celui de plusieurs de ses composantes.
On peut cependant noter que mon émission a été diffusée trop tôt - à quelques jours près -, puisque le 25 février Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur, présentait un plan pour revoir toute l'organisation du culte musulman : selon lui : «le Conseil français du culte musulman ne suffit plus, il ne représente pas tous les musulmans»; d'où le projet d'une nouvelle instance consultative qui se réunirait une ou deux fois par an pour parler des enjeux de l'islam de France, instance réunissant des personnalités indépendantes des Fédérations constitutives du CFCM.

Chantier prioritaire

Chantier prioritaire, la formation des imams. D'abord, il semble bien que dans beaucoup de lieux de cultes, il n'y ait pas d'imams permanents, et qu’on risque donc d'avoir des prédicateurs «auto-proclamés» et itinérants, avec le risque bien sûr de propagande salafiste. D'après ce que l'on sait, également, les imams rémunérés de manière très modeste par leur communauté doivent avoir en théorie beaucoup de qualifications : être bilingue français-arabe ; avoir des compétences en matières coraniques, mais aussi connaitre les lois de la République ; avoir des qualités humaines liées à leurs responsabilités, enfin beaucoup de choses pour un salaire très modeste ce qui limite les vocations. Quelles solutions envisager, alors qu'il y a très peu d'instituts de formation en France, trois au total ?
Anouar Kbibech a reconnu que seule une minorité des 500 à 600 imams sont affiliés à une des fédérations rattachées au CFCM. Il a parlé de l'idée d'une certification décernée par le Conseil et noté que cette formation serait totalement de son ressort pour les matières religieuses, alors qu'il est ouvert à l'assistance de l'Etat pour les matières profanes. Il rejoint là-encore les propos de Bernard Cazeneuve quelques jours après, disant que «les pouvoirs publics voulaient favoriser leur formation en éducation civique, en histoire religieuse, en droit, dans les universités à travers la France avec de vrais diplômes». Mon invité a également évoqué deux pistes : utiliser  la Fondation des œuvres de l'islam, créé en 2005, mais qui est restée une coquille vide ; et la mise en place d'une université de formation à Strasbourg, tirant partie des facilités du Concordat.
La question de la représentativité du CFCM par rapport à ses composantes a été soulevée.  D'abord en ce qui concerne le retrait de l'UOIF du processus des élections en 2013, il a indiqué qu'il était préférable de les voir à l'intérieur qu'à l'extérieur, tout en indiquant qu'au final c'était une direction collégiale qui aurait le dessus sur l'ensemble des fédérations membres. À propos de la  Fédération des associations islamiques d'Afrique, des Comores et des Antilles, alors que l'islam africain en France représente peut-être la moitié de la population musulmane, je lui ai demandé s'il jugeait normal qu'ils soient sous-représentés dans votre direction ; il m'a répondu que le rapport des forces était le résultat des élections, et donc ne pouvait être remis en question. Enfin la Conférence des imams, présidée par Hassen Chalghoumi, n'était pas absente par le fait du CFCM ; tout candidat au processus des élections pouvait y participer.

Horreurs de Daesh
Imams de France en Israël

Nous avons ensuite évoqué l'actualité plus brûlante des horreurs du Daesh, alors que tout le monde réalise que le conflit est planétaire. En gros, la vision d'une grande partie du public est que l'islam est une religion qui s'adapte difficilement avec le cadre républicain. Or le CFCM avait présenté en juin 2014 la Convention citoyenne des Musulmans de France qui rappelle toutes les obligations à respecter dans l'exercice du culte, qu'il s'agisse en particulier du respect de la laïcité, du respect de lois de la République (égalité des femmes, tenues vestimentaires), et de l'impératif de respect des autres religions monothéistes, tel qu'il est mentionné dans le Coran. Comment se fait-il que ce travail soit si peu médiatisé ?
Anouar Kbibech a rappelé que cette charte avait été mise en chantier au lendemain de la réforme de 2013, et résultait d'une réflexion à froid : mais l'actualité dramatique dès le printemps dernier avec l'attentat de Bruxelles a effacé sa médiatisation. Ceci étant, les journaux ont tendance à ne pas parler des trains qui arrivent à l'heure. La convention citoyenne a été traduite en arabe, diffusée dans tous les lieux de culte, et il est question d'en afficher un résumé sous forme d'un document simple en format A3.
J'ai évoqué ensuite le combat contre la radicalisation, en mentionnant la déclaration commune de dix grandes associations représentant le culte musulman en France - y compris l'UOIF -, condamnant de façon absolue les atrocités que commettent les djihadistes du soit disant Califat islamique, ainsi que les très nombreux communiqués après les attentats en France, dont ceux du RMF qu'il préside et qui étaient particulièrement clairs. Et pourtant, cela n'empêche pas des milliers de jeunes Français musulmans, nés dans une famille musulmane ou pour le quart d'entre eux fraichement convertis, d'être partis en Syrie ou d'envisager de partir. Quels sont les chantiers à lancer contre la radicalisation après les attentats ?
Anouar Kbibech a évoqué plusieurs pistes : prévention et éducation ; série de colloques régionaux sur la radicalisation du Rassemblement des Musulmans de France ; création par le CFCM d'une association dédiée à la prévention de la violence et de la radicalisation, qui organisera un rassemblement à Paris, au mois d'avril ; demande aux théologiens musulmans de s'exprimer ; création d'un "numéro vert" pour aider les familles dont des jeunes dérivent dangereusement.
J'ai enfin évoqué à la fois l'explosion des actes antisémites en 2014, et celle des actes islamophobes qui ont aussi très fortement augmenté suite aux attentats de janvier. Mon invité a bien dit que le sentiment du deux poids et deux mesures ne venait pas de l'attitude des pouvoirs publics, qui protégeaient pareillement Juifs et Musulmans en France. Il pense qu'il s'agissait d'un ressenti par rapport à la mobilisation des médias et des politiques, mais il a bien insisté sur la nécessaire solidarité entre les deux minorités : pas de «concurrence victimaire», et plein accord pour que, au contraire, soit affirmée une pleine solidarité ; mon invité a même évoqué en conclusion la voix de la fraternité judéo-musulmane qu'il souhaitait incarner.

Pour réécouter l'émission, cliquer sur le lien :

http://www.judaiquesfm.com/animateurs/3/corcos-jean.html

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