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dimanche 15 mars 2015

ÉLECTIONS : LA PEAU DE L’OURS



ÉLECTIONS : LA PEAU DE L’OURS

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps

            

          En Israël, le parti arrivé en tête des élections est souvent chargé de constituer une coalition capable d’attirer sur son nom au moins 61 députés. Arriver premier est une condition nécessaire mais pas suffisante. En effet les mathématiques ne sont d’aucun secours en politique car il ne s’agit pas d’aligner une addition de députés, mais de résoudre le casse-tête des ego, des susceptibilités et d’échapper aux rivalités personnelles. Pour ces raisons, on ne peut exclure un échec de la gauche au bout du processus.



Pas d’union nationale

Dernière ligne droite

Israël a déjà vécu cette situation en 2009 lorsque Tsipi Livni, arrivée en tête avec un écart de un député sur Netanyahou, a renoncé au poste de premier ministre pour n’avoir pas réussi à conforter une majorité à la Knesset.  Si l’Union sioniste parvient à maintenir sa place de leader aux élections du 17 mars, sa victoire ne dépendra pas d’elle uniquement. Elle ne fera qu’illusion si sa victoire n’est pas accompagnée par une remontée notable des centristes, les seuls à pouvoir les rejoindre pour gouverner ensemble. Ceux qui rêvent d’une union nationale avec le Likoud seront pour leurs frais.
Lapid Kahlon

En effet Herzog ne peut parvenir au poste suprême que si les centristes Lapid et Kahlon crèvent les plafonds qui leur sont aujourd’hui attribués, et si Meretz échappe au désastre  du seuil électoral. Les marges d’erreur des sondages sont élevées pour vivre de certitudes. Il faut que les partis Yesh Atid et Kulanu obtiennent ensemble le même nombre de sièges que l’Union sioniste pour totaliser à eux trois au moins 48 députés. Les voix de Meretz et de Lieberman, qui a annoncé être prêt à prendre un maroquin dans un gouvernement de gauche, pourrait boucler la boucle. Or 15% des sondés, représentant 18 sièges, restent indécis et leurs voix sont volatiles. Rien n’est donc joué et il serait audacieux de vendre la peau de l’ours en raison des écarts très faibles entre les deux plus grandes listes. La droite dispose encore de relais solides et un sursaut de ses militants n’est jamais à exclure de sa part.
- Et maintenant après ce meeting pour qui as-tu décidé de voter?  - Attendons encore ce qu'ils vont nous donner au meeting de samedi prochain   

Ceux qui ne cessent de prôner le «vote utile» au profit de l’Union sioniste créent la difficulté du scrutin puisqu’ils affaiblissent les partenaires potentiels d’une coalition de centre-gauche. Les lendemains d’élections seront donc plus complexes et plus risqués pour les hommes politiques qui ont tendance à oublier l’intérêt du pays au profit du leur.

Les centristes en embuscade


Yaïr Lapid est l’homme clé de l’arrivée des travaillistes au pouvoir. Il lui est difficile d’oublier l’affront que lui a infligé Benjamin Netanyahou en le remerciant de son poste de ministre, sans aucun égard. Cela a d’ailleurs été à l’origine de la crise gouvernementale et des élections anticipées. Certes les sentiments interviennent peu en politique et la mémoire est souvent volontairement défaillante. Mais malgré ses annonces tactiques répétées qu’il n’aiderait pas Netanyahou, il peut s’allier à nouveau avec le Likoud sous prétexte d'éloigner l’extrême-droite de la gouvernance et de la neutraliser. Cependant ce cas de figure aurait du mal à être approuvé par ses électeurs qui justement lui ont donné leurs voix pour s’opposer à Netanyahou. Mais c’est sans compter sur l’esprit retors des politiques et sur les stratagèmes  qu’ils inventent pour parvenir à leurs fins. Il pourra toujours se justifier qu’il avait choisi cette tactique électorale pour attirer à lui les égarés du Likoud, déçus par la politique de la droite, et surtout pour les éloigner de Moshé Kahlon qui marche sur ses plates-bandes.
Les restes ? Pas pour notre eau

Il pourrait aussi jouer, par vengeance, la carte de l’Union sioniste étant certain qu’il pourrait mieux influer sur la politique d’un premier ministre moins omnipuissant. Il s’est déjà distingué de Moshé Kahlon qui hésite à jouer contre son ancien parti et qui ne se prononce pas  pour la gauche car il compte sur les voix du Likoud. Lapid a signifié ouvertement qu’il ne ferait pas à nouveau la courte échelle à Netanyahou. Il pourrait trouver une entente avec Kahlon pour siffler les voix de ceux qui, à droite, attendent une inflexion sociale de la politique d’un nouveau gouvernement.  Il sait que la gauche a évolué et qu’elle est à même de former une coalition stable et durable.   
Le problème des orthodoxes reste entier bien qu’une dynamique centriste ferait bouger les lignes d’autant plus qu’ils n’ont pas spécifiquement d’exigences politiques spéciales. Mais la cohabitation avec Lapid risque d’être explosive. Herzog pourrait alors faire le choix d’un gouvernement minoritaire de centre gauche de 52 députés sachant qu’il bénéficierait de la neutralité bienveillante des partis arabes qui n’auront aucun intérêt à joindre leurs voix à la droite pour le renverser.

Rien ne sert de courir…


Il est certain que, contre toute attente, le nouveau bloc de gauche est devenu un concurrent de taille pour la droite qui, assurée de sa victoire face à un adversaire jugé faible, s’était endormie sur ses lauriers comme le lièvre de la fable. Le Likoud a fait la course en tête pour se faire doubler sur la dernière ligne droite. D’ailleurs, durant ces derniers jours, le Likoud a sonné le rassemblement de ses troupes devant le danger qui guettait, confirmé par les sondages. Mais la droite a eu le tort de se déchirer au lieu de réserver ses coups à l’autre camp alors que, patiemment, Herzog tissait ses liens avec son électorat en mettant en avant son programme plutôt que les échanges de mots d’oiseaux contre ses adversaires.


Il a parlé des questions qui empoisonnent la vie quotidienne des Israéliens comme les problèmes de logement et le coût élevé de la vie. Il n’a pas hésité à affronter Netanyahou sur le terrain de la sécurité alors que ses adversaires le traitent de «mou».  Il fustige le langage stérile du premier ministre qui ne «cesse de parler de l’Iran. Mais le fait est que depuis un an, l'Iran s'est approché plus que jamais du seuil nucléaire».  Il semble avoir réussi à persuader les centristes que, lui, avait changé et qu’ils pouvaient faire un long chemin avec lui. Il pense qu’il partage avec Lapid et Kahlon l’avantage de la jeunesse qui permet de rassembler au-delà des vieux clivages. Les vrais problèmes commenceront le 18 mars.

2 commentaires:

Marianne ARNAUD a dit…

Je résume : Tsipi Livni, on oublie. Herzog peut gagner avec l'appui de Lapid et Kahlon. Mais Liberman est en embuscade pour obtenir un maroquin, et on ne peut exclure que Lapid ne vole finalement au secours de Netanyahou si d'aventure celui-ci était mieux placé que prévu.
Ne croyez-vous pas, cher monsieur Benillouche, que cet article aurait pu s'intituler : "Le pot au noir" ?

Très cordialement.

Jacques BENILLOUCHE a dit…

Chère Marianne,
Les Juifs sont un peuple de talmudistes donc rien ne doit être simple sinon il n’y aurait pas matière à discuter.

On reconnaît un talmudiste à sa manière de répondre à une question par une autre question.

Je me pose donc toujours des questions!

Amicalement