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vendredi 13 mars 2015

BRUTALE DÉSAFFECTION À L’ÉGARD DE NETANYAHOU



BRUTALE DÉSAFFECTION À L’ÉGARD DE NETANYAHOU

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps

            

          Les sondages sont certes une image de l’opinion à un instant donné et ne peuvent statuer sur les résultats définitifs du scrutin. Mais une constance, décelée depuis quelques jours, établit un écart de trois ou quatre députés, selon les sondages, entre l’Union sioniste (24 sièges) et le Likoud (21). Même si les marges d’erreur peuvent être flagrantes à deux députés près, la tendance qui en découle semble indiquer que le Likoud ne mène plus la course en tête. L’écart en voix entre les deux plus grandes listes se situe entre 30.000 et 120.000 électeurs. 

Réouven Rivlin face aux francophones


         Or la pole position est importante pour prétendre diriger une coalition. Par tradition le président de l’État, Reouven Rivlin, choisit d’abord le chef de la liste arrivée en tête pour mener les négociations avec l’ensemble des partis. La panique s’est emparée des militants de droite qui sonnent l’alarme, qui ont perdu de leur assurance et qui sont réduits à diffuser de fausses informations. On n’affiche plus les programmes mais on fait peur, peur de voir la députée arabe Zoabi au gouvernement, peur de voir Ahmed Tibi aux côtés de Herzog, peur de voir la Cisjordanie entière bradée aux Palestiniens. De toutes parts s’élèvent des voix pour exiger des électeurs de droite le vote «utile» et pour faire cesser les attaques fratricides. Mais le mal fait pendant la campagne est profond.

Scénario d’une défaite

Victoire de Tsipi Livni en 2009

            L’analyse de cette désaffection peut s’expliquer et il faut préciser que le scénario d’une défaite du Likoud n’est pas inédit. Netanyahou avait été mis en échec aux élections par deux fois. En 2006, le Likoud a perdu 26 sièges pour se retrouver relégué en troisième position avec 12 députés. Dans les pays anglo-saxons, un leader battu est définitivement écarté de la politique pour donner un souffle nouveau à sa formation, mais pas en Israël. En 2009, il les a aussi perdues puisqu’il était arrivé second après Tsipi Livni qui, à tort, a renoncé à constituer un gouvernement minoritaire et lui a offert le poste de premier ministre lui permettant de faire entrer en masse les nationalistes dans la coalition. Une troisième défaite en 2015, si elle est prévisible, ne serait donc pas une exception ni un drame catastrophique.
Netanyahou et David Levy le 26.12.1997

            L’usure du pouvoir après une présence de près de vingt ans dans les travées de la Knesset reste une raison importante. Netanyahou a été en effet nommé premier ministre pour la première fois en 1996.  Une certaine lassitude de l’électorat se fait sentir parce qu’il veut voir des têtes nouvelles et de véritables talents comme dans la finance israélienne. Le manque de femmes dans la liste Likoud, six femmes sur 30, peut avoir découragé celles qui estiment ne pas avoir la place qu’elles méritent parmi les machos de droite. L’omnipuissance de Bibi au parti a entraîné le départ des étoiles montantes qui constituaient le sang nouveau. La formation s’est appauvrie autour de militants béni-oui-oui  sans envergure qui n’osaient pas affronter le «leader maximo» ni s’opposer à une politique souvent hésitante ou orientée vers une catégorie restreinte de la population.

Par intérêt politique, Netanyahou a laissé les mains libres aux nationalistes qui ont déversé des budgets importants vers les territoires alors que les régions du sud, le Néguev et la Galilée souffraient d’un manque d’investissements. Par ailleurs, pour prêcher pour notre petite chapelle, l’absence de représentant  du monde francophone sur sa liste a choqué, même s’il s’agit d’un électorat négligeable et subalterne, a fortiori au même moment où on appelle les Français à faire leur alyah.  Le symbole du vote francophone était fondamental. Moshé Kahlon n’est pas tombé dans ce piège puisqu’il a attribué la troisième place à Elie Elalouf, prix d’Israël originaire du Maroc.

Guerres intestines
 
            Netanyahou a aussi souffert de la stratégie de Bennett qui, en fonction de ses sondages en berne, a décidé de cibler le Likoud au lieu d’attaquer la gauche. Le chef de HaBayit Hayehudi  a plusieurs fois menacé de quitter la coalition. Ses déclarations ont mené à un vif accrochage avec le premier ministre  sur le sort des habitants des implantations si ces derniers étaient amenés à vivre dans un futur État palestinien. Cette dispute avait conduit Netanyahou à exiger des excuses publiques de Bennett sous peine de le congédier du gouvernement. Ces querelles intestines en plein jour, sous l’œil de Washington, ont laissé des traces qui ont du mal à se cicatriser auprès des militants des deux partis. Netanyahou s’est donc trouvé abandonné par tous ses anciens soutiens qui veulent être calife à la place du califat et qui attendent qu’il ait un genou à terre pour l’estocade finale avec l’aide des banderilleros, les petits partis d’extrême-droite.

            Il ne fait aucun doute que les Israéliens aspirent au changement et qu’ils voient les alliances autour de Netanyahou se briser. Les militants du Likoud sont à l’unisson, exceptés les inconditionnels, lorsqu'ils pensent ouvertement que Bibi  est devenu un fardeau pour le parti et non plus un atout électoral. De son côté, Yaïr Lapid a définitivement décidé d’empêcher Netanyahou de devenir premier ministre. Sa charge est féroce contre son ancien partenaire : «Benjamin Netanyahu ne sera plus premier ministre, c’est fini. Regardez le public israélien ; les gens veulent élire des dirigeants qui se soucient de leur vie, de leur panier au supermarché, du coût de la vie, et de leur logement. Il y a un mur de verre pare-balles entre Netanyahou et la réalité».

Les problèmes sociaux






            Moshe Kahlon, l’ancienne étoile du Likoud détecte une très légère embellie pour son parti qui grignote des voix à droite. Il estime que les sondeurs sont en dessous de la réalité d’autant plus que 18 sièges des 15% d’indécis ne sont pas encore pourvus Son programme purement social lui assure un matelas de protestataires lassés par la politique ultra libérale du gouvernement. Certes le chômage baisse mais grâce aux officines d’intérim qui offrent de faibles salaires à des employés qui n’ont pas le choix. Certes la croissance est présente mais elle ne bénéficie qu’aux classes déjà favorisées. Certes l’économie est florissante mais la pauvreté augmente et Israël perd petit à petit ses tissus industriels bradés pour des raisons de rentabilité boursière. 
Manifestation des ouvriers d'Israël Chemicals

          Le Likoud de Begin avait ratissé large auprès des ouvriers mais les usines ferment à Arad, à Kyriat Chemona et hier encore dans les usines d’Israël Chemicals de la mer Morte. Alors ces délaissés du gouvernement, qui ne veulent pas faire le grand saut à gauche, rejoignent Yesh Atid et Kulanu, au centre droit. Ils pourraient donner leurs voix à Avigdor Lieberman qui s’entendrait bien avec la gauche pour une coalition où il pourrait apporter sa caution nationaliste. 
            L’opinion publique n’a pas apprécié que Lapid ait été démis de ses fonctions alors qu’il prônait une politique plus sociale. Elle n’a pas apprécié que Netanyahou ne laisse pas travailler ses ministres afin de faire avancer les réformes indispensables pour insuffler plus de mesures pour améliorer le sort des classes moyennes et défavorisées.
            Lorsque Lapid et Kahlon ont compris que les électeurs avaient décidé de bouder Netanyahou, ils se sont engagés ouvertement vers une participation gouvernementale avec la gauche alors qu’ils avaient laissé se propager le doute. Mais les électeurs leur ont fait comprendre qu’ils voulaient savoir à qui ils donnaient finalement leur voix sachant qu’ils ne voulaient pas qu’elles finissent entre les mains du Likoud.
            Kahlon et Lapid joueront le rôle de supplétifs auprès de Herzog pour donner plus de consistance centriste à un gouvernement de gauche. Ils bénéficient de la jeunesse et à présent de l’expérience ministérielle et leurs domaines de compétences sont suffisamment complémentaires pour ne pas les opposer. Lapid a compris que le ministère des finances était un poste piège pour lui alors que Kahlon s’y sentirait très à l’aise.

Moi ou le chaos

Shabtai Shavit

            Enfin, l’armée n’est plus la muette que l’on a connue. Benjamin Netanyahou est en butte à la critique exprimée ouvertement par la haute hiérarchie militaire : Shabtai Shavit,  ancien chef du Mossad, Amnon Reshef ancien chef des commandos spéciaux et général de réserve, Giora Inbar ancien commandant de Tsahal au Liban et général de réserve, Asher Levy ancien chef du commandement sud et général de division de réserve et enfin Arie Felman, ancien chef du Shin Bet. Les critiques ne sont pas voilées : «Netanyahou, vous êtes à la tête de la pyramide et vous ne pouvez jeter le blâme sur les autres. D’autres ne sont pas coupables de l’échec avec le Hamas, ou sur la question du nucléaire iranien, personne d’autre n’a retourné les États-Unis contre nous. Pourquoi avez-vous relâché 1.200 terroristes ? Les résidents proches de la bande de Gaza ont peur de rentrer chez eux. Où est la sécurité que vous avez personnellement promise ? Des discours sans actes n’apportent pas la sécurité». Cette prise de position des militaires enlève au Likoud l’argument que contrairement à la gauche, Netanyahou est le seul garant de la sécurité d’Israël.

            Alors dans cette panique ambiante, le Likoud sort son joker pour réclamer ce qu’il n’a pas appliqué après sa large victoire de 2013 : un gouvernement d’union nationale. En fait ce serait un gouvernement d’inertie nationale. Certes l’opinion publique souhaite confier la sécurité à la droite et les affaires financières à la gauche. Mais tout est imbriqué et il est peu probable, face aux ego surdimensionnés de Herzog et de Netanyahou, de les voir assis à une même table. L’idéal pour la population n’est pas forcément une preuve d’efficacité pour le pays.
            Netanyahou dispose encore de quelques jours pour rameuter ses troupes et ramener à lui les égarés. C’est l’objet des appels au danger de la part de ses militants qui, au lieu d’opposer des arguments palpables et un programme concret, jouent la stratégie de la peur et manient l’intoxication en laissant entendre que les partis arabes ont déjà signé des accords avec Herzog. Ils ignorent en fait le principe des vases communicants qui transfèrent les voix perdues par le Likoud  au profit de Yesh Atid et de Kulanu qui avec Lieberman suffiraient à obtenir une majorité à la Knesset, sans même l’apport des orthodoxes sachant que le Shass est toujours prêt à se vendre pour quelques subventions au profit de ses écoles religieuses. 
            Cependant, Benjamin Netanyahou rejette l’union nationale et a exprimé ses réelles préoccupations au journal Makor Rishon, sans esquiver le principe d’une éventuelle défaite mais en agitant le chiffon rouge du chaos : «Je crains la révolution, si les gens ne sortent pas et ne votent pas pour le Likoud, alors la réponse est oui, elle pourrait arriver. Dans le cas d'un gouvernement Herzog, le Likoud ne se joindrait pas à un gouvernement d'union». Rien de moins qu'une révolution ! Bref pour Netanyahou, c’est moi ou le chaos.   


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